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Les 50 marocains les plus influents (Business)

Plus que jamais au Maroc, c'est le privé qui bouge. La plupart des hommes-clés de l'économie doivent leur ascension à un coup de pouce du Palais, à qui ils le rendent bien. Les autres sont des self-made men qui, à force de gravir les échelons, sont devenus inévitables.


Mounir Majidi (Le portefeuille royal)

Depuis Fouad Filali, ancien tout-puissant patron de l'ONA, aucun Marocain n'avait concentré autant de pouvoir économique que Mohammed Mounir Majidi. Mais "3M", comme on l'appelle, a ceci de différent qu'il abhorre la publicité. Ses photos se comptent sur les doigts d'une main et il n'a jamais accordé d'interview. On sait peu de choses sur son passé. Quadragénaire, titulaire d'un Master de business aux États-Unis, il a été cadre à l'ONA et à la CDG avant d'intégrer le très fermé "premier cercle" de l'entourage royal. Aujourd'hui, il dirige à la fois le secrétariat particulier de Mohammed VI et la holding Siger, qui regroupe les intérêts économiques de la famille
régnante et contrôle plus d'une dizaine de grosses compagnies, dont et surtout l'ONA. La proximité de Majidi avec le roi reste, bien sûr, la clé de son insolente réussite. C'est aussi un sauf-conduit, et l'explication de son appétit gargantuesque, que beaucoup assimilent à de la voracité. Surtout depuis le rachat de Wafabank par la BCM, une opération discrètement drivée par "3M".
Depuis que ce dernier la dirige, Siger a changé de visage. Ce qui était, sous la direction du taciturne Abdelfettah Frej, une caisse noire opaque et poussiéreuse, est devenu un groupe (presque) transparent, professionnel et structuré, qui attire les plus talentueux des jeunes managers marocains, issus des plus grandes écoles de business européennes et américaines. C'est sous sa direction que la position de Siger à l'ONA est passée de la domination protocolaire à la domination capitalistique, avec plus de 34 % du capital. Ce dont la monarchie n'avait nullement besoin pour imposer ses choix. Alors, avidité ? à l'argument classique déjà servi sous Hassan II ("la monarchie donne l'exemple aux entrepreneurs marocains"), l'équipe Majidi ajoute un nouveau : "la mondialisation menace, et pour contrer les multinationales qui risquent de racheter le Maroc, il faut leur opposer des champions nationaux". Ça se défend...


Othmane Benjelloun (Le multinational made in Morocco)

Jusqu’à une date récente, aucun groupe financier de la place n’osait s’attaquer ouvertement à l’ONA. Le monopole du groupe royal était de fait. Othmane Benjelloun a cassé cette croyance en le gênant sur le marché financier. L’homme en a tiré une grande renommée et surtout, a permis de redéfinir les contours du grand capitalisme marocain. Au point que le récent relifting du portefeuille royal a été dicté par la sécurisation des participations de la SNI et de l’ONA. Une façon de couper l’herbe sous le pied d’un autre Othmane Benjelloun potentiel. Les bruits de bottes à la veille de l’ouverture du capital de la BMCE Bank ont laissé croire que Benjelloun était dans le collimateur du
Makhzen. Mais, le financier s’y connaît. Il a côtoyé les courtisans et a démontré qu’il avait sept vies. Cette longévité, il la doit à sa puissance financière, mais surtout à son réseau international. Pour preuve, quand Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al Maghrib, a brandi son veto contre le rapprochement BMCE-Crédit agricole (de France), Benjelloun lui en a présenté une autre, avec le Crédit industriel et commercial (de France aussi). Personne d'autre ne peut prétendre à autant de facilité pour séduire des investisseurs étrangers. Pas facile, d'abattre un Othmane Benjelloun...


Aziz Akhennouch (Le puissant discret )

T imide de nature, Aziz Akhennouch travaille dans l’ombre tout en gardant le bras long. Il a pris les rênes du groupe d'hydrocarbures Afriquia au milieu des années 90, alors que celui-ci ne contrôlait que des filiales se comptant sur le bout des doigts. Actuellement, le groupe gère un portefeuille de plus de 40 entreprises. Son influence a grandi au même rythme que son patrimoine. Réputé proche du Palais, surtout depuis qu’il a fait partie du G14, groupe de conseillers spéciaux de Hassan II, Akhennouch est un ardent défenseur de la politique des "champions nationaux". C’est d’ailleurs cette stratégie qui lui a permis de faire pression et de damer le pion à la Samir : le
développement des champions de la distribution passe par la redéfinition de la stratégie d’approvisionnement en produits énergétiques. Depuis les récentes élections locales, Akhennouch est à la tête de la région de Sous-Massa Draâ. Il est le premier président de région à avoir mis en place un plan stratégique, forçant le respect de Rabat qui a accepté d’entériner le projet de l’autoroute Marrakech/Agadir, censée être abandonné après l’échec de l’organisation de la Coupe du monde de football.


Abdesslam Ahizoune (Le tacticien de l’ombre)

"I sait soutirer aux autres ce qu’il veut", c’est ainsi qu’un membre de l’agence de réglementation (l’ANRT) le définit. Abdessalam Ahizoune a gagné en influence depuis l’ouverture du marché des télécommunications. Non seulement, il a prouvé qu’une entreprise publique pouvait suivre la tendance, mais il a forcé le respect de son partenaire stratégique Vivendi, qui le garde toujours à la tête de l’opérationnel. Et il a raison. L’homme défend son gâteau férocement, mais non sans un certain doigté. Il s’est toujours arrangé pour que le rythme de la libéralisation lui laisse le temps de renforcer sa position tout en présentant du cash à l’État. Un actionnaire ne peut pas déloger
un homme qui lui rapporte 4 milliards de dirhams en bénéfice. Maroc Telecom est une entreprise de l’État, Oualalou ayant le cœur fragile face aux pécules, Ahizoune sait exploiter cette faiblesse et agir sur le devenir de tout un secteur. Sa longue carrière publique lui a appris comment avancer ses pions, lui évitant les conséquences d’un dommage collatéral. Son grand défaut : il ne supporte pas la critique et sévit souvent, obligeant ses détracteurs à lui faire allégeance. À trop côtoyer le Makhzen...


Bouchaïb Rami (Le zmagri qui dérange)

L'homme est partout. Traînant la réputation d’une grande gueule, Bouchaïb Rami est le défenseur des investisseurs marocains de l’étranger. Cette étiquette lui ouvre bien des portes, celles du Palais notamment. Et il sait tirer profit de ses introductions. Une fois, on lui a demandé de saluer Hassan II sans lui adresser la parole. Sa bonne étoile en a décidé autrement. Le défunt roi le provoque comme lui seul savait le faire. Rami ne rate pas l’occasion et lui déballe tout ce qui lui pesait sur le cœur. Et c’est ce qui dérange chez Rami. Il bouscule les habitudes bien établies, propose des idées, organise des évènements. Les officiels n’ont pas le choix, ils
suivent. Prochainement, il projette d’organiser une rencontre entre chômeurs et patrons, de quoi gêner la CGEM qui le boude, en partie à cause de son comportement "beldi". Et attention, il s’attaquera, dans la foulée, à l'épineux dossier des agréments de transport. C’est dire qu’il n’a pas froid aux yeux, et c’est ce qui fait sa force.


Miloud Chaâbi (Le pionnier de l’africanisation)

Enfin une reconnaissance ! Miloud Chaâbi a pendant longtemps été désigné comme l’homme à casser. Les tentatives n’ont pas manqué, notamment à l’occasion de la campagne d’assainissement. L’homme en est sorti indemne. Mieux encore, royalement décoré récemment pour services rendus à la nation, Miloud Chaâbi triomphe face à ses adversaires. Il semble même que l’homme ait l’oreille du roi. Et comment ! Ynna Holding est l’un des rares groupes ayant la capacité d’aligner en cash un investissement de deux milliards de dirhams. Sa force réside dans son déploiement à l’international. Alors que le toute puissante Managem le fait doucement et un
peu en retard, le groupe Chaâbi a ouvert la voie de l’africanisation de l’économie nationale. C’est un bras politique que le Maroc exploite actuellement dans sa politique de rapprochement avec les voisins du Sud. D’autres ont compris que l’Afrique peut nous rapporter gros. "Chaâbi y a gagné, pourquoi pas nous, c'est ce que disent des opérateurs", confie un fin connaisseur des milieux d’affaires. C’est dire que même traqué par les vautours du pouvoir, Chaâbi a toujours constitué un exemple à suivre.


Hassan Chami (La perche de la Primature)

Hassan Chami sait se refaire une santé. Après avoir arraché difficilement un deuxième mandat à la tête du patronat, il a entamé une campagne de séduction pour rallier ses détracteurs. Sa cible actuelle est les grands groupes. Son arme est à la fois politique et économique. L’homme siège sur le fauteuil patronal le plus convoité du pays. Cette position lui permet de consolider son réseau dont le point nodal se trouve à Rabat. La relation qui le lie à Driss Jettou n’est plus à prouver. Les deux hommes savent entretenir une connivence à la fois fructueuse et puissante. Aucun patron des patrons n’a eu une oreille aussi attentive auprès de la Primature que Chami. Et c’est de là qu’il
tire sa puissance. Son poids en tant que lobbyiste se trouve renforcé. Avec l’organisation du forum entreprises/associations de quartiers, il a ouvert une autre brèche. Cela lui a permis de prendre pied dans un domaine jusque-là sous la coupe de la Fondation Mohammed V. Une façon de dire qu’il n’y a pas que le Palais qui fait du social. L’absence de la fondation le jour du forum a été remarquée et la présence du Premier ministre fut très significative.


Khalid Oudghiri (La force discrète)

La course à la taille critique dans le secteur bancaire a un nom : Khalid Oudghiri. Le patron de Attijariwafa Bank savait, dès son retour au Maroc après un bref séjour au sein de BNP-Paribas, que sa mission serait de faire de la BCM un conglomérat financier. La tâche n’était pas facile, mais possible. Ayant l’appui des jeunes timoniers du patrimoine royal, Ouadghiri n’avait pas droit à l’erreur. Personne ne badine avec l’argent du roi. Cela pouvait et peut toujours lui coûter sa carrière. L’opération est désormais consommée, il lui reste à réaliser son déploiement à l’international, notamment au Maghreb. Il aura besoin de beaucoup d’énergie, mais surtout de flair. Le jeune
banquier n’en manque pas. Sa force réside dans la maîtrise de la stratégie, chose qui fait défaut à un grand nombre de patrons marocains. Ce qui ne manque pas d’influer sur les orientations de ses patrons à lui, à Rabat.


Capitalisme. L’exception marocaine

Le capitalisme marocain a longtemps souffert de son manque de structuration. Les grandes fortunes étaient, et elles le sont toujours dans certains cas, pilotées par des hommes n’ayant pas la mesure de la puissance de leur patrimoine. L’émergence de jeunes héritiers a changé la donne. Une tendance à la restructuration en holding a vu le jour. Du coup, les forces d’attraction ont permuté. La course à la taille et aux bonnes affaires ne sont plus l’apanage de la seule ONA. Tout le monde peut y prétendre si les conditions du marché le permettent. La politique des "champions nationaux" conforte cette tendance. Il reste cependant à assurer l’égalité des chances. La transparence des marchés publics en est le point nodal. L’information également. Cette dernière était, et reste à faible mesure, la chasse gardée des proches du pouvoir. Les initiés se servent en premier. Le jeu s’en trouve ainsi biaisé. L’égalité des chances, c’est avant tout l’égalité devant l’information
économique et politique. L’avenir du capitalisme marocain peut en dépendre.

K.T

 
 
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