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Les 50 marocains les plus influents (Arts et culture)

Certains ont l’art et le mérite d’ouvrir des voies jusque-là inaccessibles aux artistes. Les plus audacieux réussissent à s’imposer en brisant les tabous. Les plus chanceux sont vite starisés, au point de devenir des icônes. Les comiques ont le ton populiste qu’il faut pour ne jamais passer inaperçus.


Momo & Hicham (La résistance par la culture)

Hicham Bahou (à g.) et Mohamed
Merhari, lors de la dernière édition
du Boulevard des jeunes musiciens
Ces deux joyeux lurons sont à l’origine de l’événement musical le plus éclectique, le plus moderne et le plus représentatif de la créativité musicale des jeunes au Maroc. Casablanca leur doit le Boulevard des jeunes musiciens et beaucoup de jeunes musiciens leur doivent la reconnaissance et l’estime qu’ils ont acquis aujourd’hui. Le Boulevard, c’était lors de la dernière édition 300 musiciens qui se relayaient sur scène et 60.000 spectateurs en trois jours. Autant dire un travail de titan fourni par les deux compères et leur équipe. Mohamed Merhari et Hicham Bahou, de leurs vrais noms, sont deux militants de la musique en tous genres (rock, fusion, metal, hard rock…) et
comptent bien le rester. Pour eux, musique rime avec résistance et liberté. Le Boulevard des jeunes musiciens, aujourd’hui seul événement digne de Casablanca, ils le pensent et l’exécutent depuis six ans, à deux, voire plus si affinités. Les artistes en herbe, qu’ils viennent de Rabat ou de Zhiliga, ils les poussent à répéter, à s’améliorer, à enregistrer avec les moyens du bord. Leur pari, mettre à fond la lumière sur la scène underground. Pari tenu. Les chanteurs, percussionnistes et gratteurs de guitare sortis de l’anonymat grâce à eux ne se comptent plus. Momo et Hicham sont les pionniers d’un nouveau métier : fournisseurs de talents. Passés conseillers ès- jeunes groupes de musique, c’est à eux que les organisateurs de concerts font appel. Intelligents et militants en plus d’être sympathiques, que demander de plus à la jeunesse marocaine ?


Awdellil (Le chevalier de l’ombre)

Tout ce qu’on sait de lui tient en une phrase. Noureddine, 22 ans, étudiant en ingénierie informatique en France. Le jeune homme cultive un goût certain pour l’anonymat et on n’est pas près de voir son visage. Avec un maigre répertoire de trois tubes diffusés anonymement sur Internet, Raw Daw, Messaoud et Samia we L'ghalia, il est plus célèbre et que n’importe quel autre artiste de sa génération. Et il n’est pas faux ni exagéré de le dire, il est sans doute aussi le plus talentueux dans son genre. Son secret, de la créativité à revendre, des mots crus, de l’humour corrosif et un sens inné de la narration. Des ingrédients qui en ont fait l’idole de milliers de jeunes. Mais ce
qui lui vaut son aura par-dessus tout, c’est le désintéressement qu’il affiche à l’égard de la célébrité. "Je veux rester libre", se contente-t-il de répondre à tout ceux qui tentent de résoudre son énigme. Une énigme qu’il s’apprête à entretenir avec la sortie prochaine d’un nouveau tube de l’ombre.


André Azoulay & Neila Tazi (Les parrains des festivals)

"Elle m’a donné cette capacité d’être curieux de l’autre et de l’accepter comme il est, sans avoir à lui demander de me ressembler pour être mon ami", dit André Azoulay d’Essaouira, sa ville natale. L’homme croit dur comme fer au développement par la culture. Voilà plus de cinq ans, sa conviction a inspiré l'initiatrice du festival gnaoua, Neïla Tazi. Elle orchestre le gros du travail : l'organisation. La Marocaine native des États-Unis est une battante qui ne demande qu’à relever des défis. À eux deux, ils ont trouvé les ingrédients du pari gagnant. Le Festival gnaoua et musiques du monde est plus qu’un hommage à la ville du vent. Rapidement, il volera de ses propres ailes et ses
parrains récidiveront ailleurs. Azoulay lancera deux autres festivals sur la même ville. Neïla, la femme de communication, penchera naturellement vers l’édition presse. En mars 2003, elle donne naissance à Exit. Le magazine est le point de jonction entre le public et la vie culturelle. Aujourd’hui, et même si leurs chemins ne se croisent qu’à l’occasion, on s’attend toujours, à chaque apparition de Neïla, à voir surgir André Azoulay de l’ombre.


Saïd Naciri (Showman reconverti)

Ce banquier reconverti dans le One man Show et (depuis peu) dans le cinéma, en irrite plus d’un. Avec son dernier opus sur grand écran (Les bandits), il a pulvérisé tous les records d’entrée en salle jamais réalisés au Maroc. Adoptant un style léger, volontairement populiste (il préfère dire "proche des gens simples"), il séduit les masses. Sa démarche a poussé plus d’un producteur et metteur en scène à repenser sa vision du cinéma au Maroc. Sa recette ? Un scénario léger, des clichés drôles et une petite dose d’effets spéciaux série B. "Un film qui ne prend pas la tête", comme il se plaît à le répéter. Pour lui, c’est assez simple : "On fait un film pour un public ou on ne le fait pas, ou alors, on le fait ailleurs".


Sofia Essaïdi (Star et inspiratrice)

Quand elle était encore au château de la Star Academy, on l’a souvent vue apprendre des mots en marocain à ses petits camarades, allant jusqu’à brandir parfois le drapeau de son pays. À ce moment-là, Sofia Essaïdi ne se doutait pas qu’au Maroc, elle avait déjà des centaines de fans, et qu’elle était devenue l’idole de teenagers qui suivaient, rien que pour elle, l’émission de télé-réalité de TFI. Quand elle s’échappe le temps d’un week-end à Casablanca, c’est l’émeute, partout où elle met les pieds. Jeune, belle et talentueuse, c’est à elle que des centaines de jeunes filles - disons-le, pour la plupart francophones - se sont identifiées, reléguant les Britney Spears
et consorts aux oubliettes. Une voix sans faille et l’assurance d’une star, c’est probablement son succès au Maroc qui a inspiré à la deuxième chaîne l’idée de Studio 2M, ce Star Academy à la sauce marocaine. Elle a chanté - certes, grâce à TF1 - en duo avec les plus grands artistes internationaux, dont Sting. Quel autre Marocain pourrait s’en vanter ?


Ahmed Snoussi (Bziz) (Populiste et toujours populaire)

La légende dit qu'il est toujours interdit de télévision. Ceux qui le connaissent savent que c'est lui qui ne veut pas y aller, préférant entretenir le mythe (vendeur) de "l'humoriste martyr". Mégalomane et manipulateur, populiste à l'excès, Ahmed Snoussi, dit Bziz, est aussi irrémédiablement populaire, le jeu de mots qui tue toujours au bord des lèvres. Le fameux "Sa Majetski", c'est lui. Peu de Marocains ont eu droit, comme lui, à une pleine page du Monde et de Libération (France). Quand Bziz se produit dans des universités, les salles sont toujours pleines à craquer - et les cassettes audio de ses spectacles s'arrachent comme des petits pains. Ami des journalistes (il
était le co-auteur de la plupart des caricatures de feu Demain), il est aussi proche du prince Moulay Hicham. Opposant ? Voire… Il n'a jamais démenti avoir bénéficié de faveurs du Makhzen, comme des agréments de transport. Il a aussi cette manie de donner ses rendez-vous dans des palaces… et de payer la note. Et quand on lui rappelle qu'il est supposé être fauché, il esquive : "Au moins, ici, on n'est pas surveillé"...


Marie-Louise Belarbi & Bichr Bennani (Les révolutionnaires de l'édition)

Depuis que ces deux libraires, l’une éprise de littérature, l’autre de politique, ont atterri dans l’édition, le livre marocain n’est plus ce qu’il était. Tazmamart, Cellule 10 (Ahmed Marzouki), Héros sans gloire (Mehdi Bennouna), puis les deux derniers témoignages sur le putsch de 1972 (Ahmed El Ouafi et Saleh Hachad) ont non seulement gagné l’adhésion massive des lecteurs, mais aussi le soutien éditorial de la presse. La recette ? Des sujets tabous abordés avec courage par des témoins de première main, avec un apport d’écriture de plus en plus affiné (Abdelhak Serhane et Jean François Trottet sur l’affaire du Boeing). Résultat, Tarik Editions, grâce au duo gagnant, B.
Bennani et M.L Belarbi, passe pour une maison militante qui sait faire des affaires. Tant mieux pour le livre.


Noureddine Saïl (Monsieur cinéma)

Avec lui, la légitimité n'est pas une vaine expression. Noureddine Saïl a été patron de 2M après avoir maîtrisé les métiers de la télévision, notamment à Canal +. Il dirige aujourd'hui le cinéma marocain, à travers le CCM, après avoir fondé la fédération des ciné-clubs, et animé sur trois décennies des émissions à la radio comme à la télé, des débats et des journaux consacrés au cinéma. Saïl est aussi un ancien gauchiste qui a fourbi ses armes en enseignant la philosophie. Et il compte, aujourd'hui, sur des appuis solidement installés dans l'entourage immédiat du roi. C'est bien le diable si, avec tous ces atouts, Noureddine Saïl ne parvient pas à emballer son
affaire. À 2M, son passage aura été, quoi qu'on en dise, un succès. Le passage à la diffusion non-stop, la production nationale, le recyclage des cinéastes et techniciens marocains dans des téléfilms de facture globalement honnête, tout cela fut une réussite. Au Centre cinématographique marocain, on attend surtout de Saïl qu'il efface le souvenir du long règne de Souheil Ben Barka, marqué par la course aux productions étrangères sans retentissement réel, ni investissement dans le cinéma local. Contrairement à son prédécesseur, Saïl n'est ni réalisateur, ni producteur, ni exploitant, ni prestataire de services : cela devrait lui faciliter la tâche pour séparer le bon grain de l'ivraie qui sévit encore dans le cinéma marocain.


Faouzi Sqalli (Le marketeur du sacré)

Ce n’est pas grâce à son appartenance à une tariqa soufie ni à sa production intellectuelle sur le soufisme qu’il est devenu aussi célèbre. Non, si Faouzi Sqalli est un élément aussi incontournable dans la production culturelle au Maroc, c’est parce qu’il est, depuis le début, le concepteur et le programmateur en chef du Festival des musiques sacrées de Fès. Si cette messe annuelle, plutôt élitiste, a fini par recevoir le sceau de reconnaissance de l’ONU, c’est grâce à la ténacité et à la rigueur de Faouzi Sqalli. Si le festival de Fès a finalement daigné s’ouvrir à un public plus large, c’est, dit-on dans son entourage, grâce au sens de l’écoute de ce fondateur discret. Et
si les hôtels de Fès commencent à recevoir des visiteurs pour une moyenne de 4 nuitées (contre une il y a dix ans), c’est finalement grâce à cet événement rendu précieux par ce bon "marketeur" du sacré.


Arts et culture. La movida !

Les cinq dernières années ont vu émerger de nouvelles formes d’art et de culture. Et naître des courants incroyablement créatifs, aussi bien dans la mode que dans la musique et le cinéma. C’est grâce à l’événement "Caftan", à l'initiative de nos consœurs de Femmes du Maroc, que cet habit traditionnel est désormais sorti du folklore, qu’il tend vers la haute couture, et qu’il est traité comme tel par des stylistes de plus en plus imaginatifs et modernes. La musique marocaine peut dorénavant compter dans ses rangs des rappeurs talentueux et des pros de la fusion qui dépoussièrent le patrimoine marocain en le mariant à des rythmes d’ailleurs. Quant au cinéma, depuis trois ans, des films se baladent dans des festivals internationaux et des réalisateurs marocains font parler d’eux sur des pages entières de Première ou du Monde. Qu’ils s’appellent Narjiss Nejjar, Faouzi Bensaïdi ou Hakim Belabbès, ils seront probablement les pionniers d'un nouveau cinéma marocain.
Tout cela ne doit évidemment rien aux institutions offcielles en charge de la culture, dont on n’attend plus rien depuis longtemps.

M.D

 
 
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