Les 50 marocains les plus influents (Idées)
Lun a été visionnaire et continue dêtre incontournable quoi qu'en retrait. Lautre a le vent en poupe, parce que lidéologie quil défend est très populaire. Le plus jeune cumule le profil de lintellectuel, de lexpert et de lhomme du terrain. Et les plus vieux ont celui de "sages" ou de "démagos", qui leur donne toujours du poids.
Mohamed Chafik ("Amghar nnegh")
| Cela fait bientôt un an qu'il n'est plus recteur de l'IRCAM (Institut royal de la culture amazighe). À 80 ans, on aspire au repos. Pourtant, les militants de la cause amazighe continuent à lui rendre visite dans sa maison de Rabat, à recueillir ses conseils, réclamer ses arbitrages
Dès qu'une question d'envergure se pose sur le sujet de la berbérité, c'est vers lui et nul autre que se tourne le Palais. Même s'il s'en défend, Mohamed Chafik, que les militants appellent affectueusement "Amghar nnegh" ("notre sage"), est une incontestable autorité morale. Académicien du royaume, auteur - entre autres - d'un magistral dictionnaire arabe-berbère en 3 volumes, son uvre |
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| la plus célèbre reste le fameux "manifeste amazighe". C'est à partir de ce document rédigé en 2000 que s'est construite la plus sérieuse offensive des défenseurs de "la cause". Depuis, l'IRCAM a été créé, le berbère est enseigné à l'école
Fatima Mernissi, qui fut son élève, dit du Pr. Chafik qu'il lui a donné "des racines et des ailes". Tous les Berbères du Maroc peuvent en dire autant. |
Ahmed Raïssouni (Lagitateur public)
C e fqih cinquentenaire, originaire de Ksar Lekbir, a commencé par défrayer la chronique au lendemain dune (très officielle) causerie ramadanienne quil avait donnée en présence du roi. Quelques semaines plus tard, dans une interview accordée à un quotidien francophone de la place, il déclare en substance que "Mohammed VI nest pas assez outillé pour être commandeur des croyants", provoquant un petit séisme politique.
Il a beau se justifier, crier à lerreur de traduction, il sera quand même poussé à la démission (lisez évincé) de la présidence du Mouvement unicité et réforme (MUR), véritable matrice idéologique et base arrière du PJD. Ce qui fera finalement son |
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| affaire. Car depuis, il a les coudées franches. Et depuis, il multiplie les sorties médiatiques. Le fqih est devenu un bon client des médias à sensations. Une véritable machine à déclarations. Dans sa dernière interview, il affirme, par exemple, que "le roi nest pas sacré", "quil est prêt à dialoguer avec les pontes de la Salafia Jihadia si lÉtat lui présente les garanties nécessaires, etc.". Si on ajoute à cela ses sorties concernant les festivals et "les débauches de lété", on se rend compte que lhomme a été (du moins en grande partie) à lorigine des principaux débats qui ont traversé notre société ces derniers mois. Sa relation avec le PJD ? Il est "tout juste membre du conseil national", comme il se plaît à le rappeler. Mais lhomme est aussi (surtout ?), le véritable patron dAttajdid, journal officiel du MUR, porte-voix officieux du PJD (du moins de ses bases). En privé, Raïssouni tient toujours à rappeler que, dune part, "cest sa position de fqih" qui loblige à prendre des positons aussi tranchées, mais laisse entendre de lautre, ses avis sont "largement partagés par les bases de son mouvement et même au sein du parti". Son principal point fort, sa constance. Lhomme revient rarement sur ses positions et montre une disponibilité et une agilité étonnantes au débat. Ses objectifs restent pour le moment flous. Le fqih "na pas dappétit politique particulier. Il se focalise sur une sorte dislamisation graduelle de la société à travers un discours moralisateur populiste, mais populaire". Comprenez quil balise le terrain et que le PJD nest pas si loin derrière. |
Sidi Hamza (Le gourou de Madagh)
| A voir lengouement massif, local et international, pour la tariqa Boutchichia Kadiria, le gourou Sidi Hamza, fils de son père, Sidi Al Haj Abbès, passe depuis quelques années pour un théologien soufi de référence. Que ce soit dans son refuge oriental à Madagh, où sagglutinent plus de 30.000 pèlerins chaque année, ou dans les soirées de dhikr organisées partout au Maroc, où il se déplace rarement et est reçu comme un chef vénéré, Sidi Hamza parle peu, mais est très écouté. Est-il pour autant un homme didées ? Plutôt une icône au service dune idée, la quête de la vérité intérieure. Son pouvoir ? Symbolique et matériel, celui dun chef de tariqa, très riche et très |
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| disséminée, qui a le vent en poupe, en cette période trouble où le soufisme passe partout pour lantidote au fondamentalisme. |
Mohamed Tozy (Politologue ès tout)
| Maniant deux données centrales du pouvoir au Maroc, la monarchie et lislam, Mohamed Tozy est aujourdhui le politologue le plus sollicité du pays. Expert, il est le principal consultant de la Banque mondiale dans son dernier rapport sur la gouvernance au Maroc. Chercheur reconnu, il est le maître duvre de lenquête nationale menée par le think tank royal sur le sens des valeurs chez les Marocains. Homme de terrain, connaissant autant lislam le plus orthodoxe que le plus marginal, la ville de Casablanca le sollicite pour diriger le festival culturel quelle veut mettre sur pied. Débordé ? Peut-être. En tout cas, disponible et organisé, cet homme |
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| affable partage bien son savoir et devient de plus en plus un passage obligé. Réalisant lui- même le danger dêtre sur-exposé, Tozy nhésite pas à changer son fusil dépaule. Il sintéresse actuellement aux formes de marginalisation que produit la ville. Lislam nest pas loin. La mondialisation, non plus. |
Abdellah Laroui (Le penseur invisible)
| Il est tellement en avance sur son temps que même lorsquil ne produit pas intellectuellement, il continue dêtre incontournable. Certes, ses mémoires I et II ont constitué un moment privilégié ces deux dernières années, mais si Abdellah Laroui compte toujours autant, cest pour son poids intellectuel. Il continue dêtre une référence majeure en tant que défenseur de lÉtat fort et de droit, libéral convaincu et convaincant sur les bienfaits de la sécularisation, lun des rares historiens à avoir mis à nu le Maroc sans le mettre à mal, lun des premiers intellectuels à avoir refusé de senfermer dans le carcan du patrimoine musulman, par autodéfense ou par mauvaise conscience. |
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| Certes, Laroui nest lu que par lélite de l'élite. Mais parmi celle-ci, il a fait tellement démules que son uvre devient omniprésente. Même si lui, secret, tient à sa réclusion qui le rend quasiment invisible. |
Mehdi El Mandjra (Futurologue nihiliste)
| Ce nest plus le futurologue ni lhumaniste en lui qui fait sa réputation. Si Mehdi El Mandjra continue davoir de laura et de lécho, cest parce quil est lunique intellectuel qui attire une foule de jeunes et de moins jeunes. Quand ce nest pas dans un amphithéâtre quil fait salle comble et quil caresse les islamistes dans le sens de la décolonisation culturelle et de lindignation idéologique, cest dans les kiosques que ses livres se vendent à des quantités record. Sa Première guerre civilisationnelle, précurseur du choc des civilisations de Huntington, sest vendue, selon un calcul informel, à 40.000 exemplaires. Il suffit de demander à un kiosquier pour en avoir |
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| le cur net, "El Mandjra est le champion toutes catégories des intellectuels demandés". Constamment réédité, il jouit dun statut à part, de penseur intègre, détaché du Makhzen, de luniversité, des partis, qui attire par son ton résolument contestataire, à la limite du nihilisme. |
Hors categorie. Abbas Le penseur
Abbas El Fassi parmi les 50 Marocains les plus influents ? Rassurez-vous, il n'est pas inclus dans le classement. Abbas, c'est le pompon de ce dossier, la cerise sur le gâteau, le gland dans la salade de fruits. Pour ceux qui ne le connaissent pas (encore), rappelons qu'il est le seul ministre du gouvernement à ne pas avoir de mission déterminée. Sinon une : penser. Surtout ne pas parler, mais penser.
Avant d'être nommé ministre d'État à rien, Abbas pensait déjà. À une seule chose, à s'en faire péter les neurones : "Je veux être Premier ministre ! Je veux être Premier ministre !". Étant tout de même à la tête du plus grand parti du Maroc (on ne sait par quel miracle, d'ailleurs), le projet n'était pas dénué de fondement. Mais le roi en a décidé autrement. Et pour consoler l'homme qui a dit : "J'adhère fortement à tout ce qu'entreprend le souverain" (il l'a dit !), Driss Jettou lui a proposé d'être n°2 (protocolaire) du gouvernement.
Il a accepté, vous pensez ! Depuis, il se plaint que "la presse ne couvre pas assez ses activités". Mais les activités de Abbas sont impossibles à couvrir ! Tout se passe dans la tête de ce grand cérébral. Il s'y combine, nous n'en doutons pas, les plus puissantes théories. Et nous n'en savons rien, quelle torture ! Imaginez le scoop ! Abbas El Fassi a trouvé une solution à la Faim dans le Monde. Abbas el Fassi sait comment réconcilier Sharon et Arafat. Après L'esprit des lois de Montesquieu et Le capital de Marx, voici Mes Pensées par Abbas El Fassi !
Espérons que l'année prochaine, d'ici au prochain classement, Abbas aura lâché le morceau. Comme ça, il intégrera enfin la place qu'il mérite au Top 50, numéro 1. Restera à déterminer la catégorie.
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