Il faut
("Il faut" faire tout ce qua dit le roi, en effet. Mais qui va le faire ? Quand ? Et comment ?)
Comme tout discours du trône, celui délivré le 30 juillet dernier s'attelait à dresser un bilan des réalisations passées. Mais aussi, a assuré le roi, à matérialiser sa "vision de l'avenir" et ses "options stratégiques". Bien. Allons-y pour un tour d'horizon.
Le Sahara ? Il faut une "solution politique définitive et mutuellement acceptable". La vie politique ? Il faut, d'ici 2007, disposer d'un "paysage politique fondé sur de puissants pôles aux visions différenciées et claires", afin de dégager "une majorité homogène et une opposition constructive". L'islam ? Il faut "préserver l'unicité du rite malékite, à travers un effort d'ijtihad ouvert". L'économie ? Il faut "préserver les équilibres macro-économiques" et il faut "mobiliser nos ressources nationales pour le financement des projets de développement". L'agriculture ? Il faut lancer une "nouvelle politique" qui permettra "la transformation du secteur agricole traditionnel en une agriculture moderne et productive". Il faut aussi "promouvoir l'agro-industrie". Le dialogue patronat-syndicats ? Il faut "un nouveau contrat social". Il faut par ailleurs "sauver les systèmes de retraite avant qu'il ne soit trop tard" et "éradiquer les bidonvilles". La diplomatie, enfin ? Il faut "une nouvelle impulsion, notamment avec l'Algérie sur", sans oublier de donner un "nouvel élan à l'édification de l'Union du Maghreb".
Voilà.
"Il faut" faire tout ça, en effet. Mais qui va le faire ? Quand ? Comment ? Avec quel argent ? Et vers qui nous tourner si ça ne marche pas ? Au tout début de son discours, le roi a prévenu que son travail était de "définir les contours essentiels de Notre projet de société". Quant à traduire ces "contours essentiels" en actes palpables, c'est le travail des "institutions constitutionnelles, partis politiques et forces vives de la nation". Comme position de principe, cela se tient. C'est, en effet, ainsi que devrait fonctionner une monarchie constitutionnelle mûre et établie, avec des institutions qui fonctionnent correctement. Est-ce le cas du Maroc ? Non. Et pourquoi ? Parce que depuis l'indépendance, la monarchie n'a jamais permis l'émergence de telles institutions, de crainte qu'elles ne lui volent la vedette. Prendre ce problème à bras le corps, le résoudre quoi qu'il en coûte, voilà la responsabilité majeure de celui qui a succédé à Hassan II. Voilà ce qu'"il faut" faire
avant de faire tout le reste. L'ignorer, ou feindre de l'ignorer, c'est paver le chemin pour que les prochains discours du trône, dans 5, 10 ou 50 ans, comportent les mêmes "il faut". Et ça, il ne faut pas. |