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N° 138/139
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Par Réda Allali

Dossier. Le Maroc olympique

Nawal El Moutawakil (AFP)
Depuis notre première participation aux Jeux olympiques en 1960, le Maroc a récolté 16 médailles : trois en boxe et 13 en athlétisme. Retour sur nos exploits olympiques.


Rome 1960 Radi le maudit
Il s'appelle Radi Ben Abdeslam, il est militaire français. À quelques mois des Jeux olympiques, il défend encore les couleurs de la France, avant de basculer pour son pays d'origine à l'occasion de la compétition suprême. Il sera victime d'une incroyable erreur de stratégie des entraîneurs marocains, qui le forcent à courir un 10.000 mètres épuisant la veille du marathon, son épreuve de prédilection. Malgré cela, il parvient, après un coude à coude haletant avec l'Éthiopien Abebe Bikila (qui court pieds nus) à décrocher une médaille d'argent, la première de l'histoire du pays. Décidemment mal préparé, le militaire se trompe même d'itinéraire à quelques centaines de mètres de l'arrivée. Soyons sportifs : l'Éthiopien était intouchable ce jour-là. Radi, lui, regagnera sa caserne française où il sera accueilli comme un traître. Le premier médaillé marocain aura bien peu profité de sa gloire olympique. Ni beur,
ni argent du beurre...
Une médaille d’argent – Radi Abdeslem (marathon)

Los Angeles 1984 Nawal la magnifique
Il a fallu attendre 24 ans pour voir de nouveau le Maroc à l'honneur. Une entrée fracassante avec deux médailles d'or en athlétisme, Nawal El Moutawakil et Saïd Aouita. Ces victoires ne sont pas le fruit du hasard. Elles font suite à une politique systématique mise en place dès 1977 par la fédération d'athlétisme. Aziz Daouda, dès 1979, annoncait à des médailles olympiques dans L'Opinion, dans le scepticisme général. Nawal El Moutawakil, par exemple, est un pur produit de l'athlétisme casablancais et ce n'est que six mois avant la compétition qu'elle intègre une université américaine, forte de son statut de championne d'Afrique. L'image de la petite coureuse le drapeau à la main, titubant d'émotion, est gravée dans les mémoires de ceux qui avaient passé une nuit blanche pour assister à la course. Mais si l'exploit de Nawal reste sans lendemain, la victoire de Saïd Aouita, elle, marque le début d'une période de domination extraordinaire sur le demi-fond mondial. L'homme a multiplié les courses et les distances, du 800 au 10.000 mètres, une stratégie impensable aujourd'hui. Il est le véritable déclencheur du phénomène du demi-fond maghrébin, qui donnera plus tard Morcelli, El Guerrouj. Dans son sillage, toute une génération d'amateurs se rue sur ses pointes et martèle le bitume national. Rappelons également que notre équipe de football a fait sa première sortie aux JO lors de cette édition, avec une ossature qui, deux ans plus tard, se qualifiera pour les huitièmes de finales de la Coupe du monde au Mexique.
Deux médailles d’or : Nawal El Moutawakil (400 mètres haies et Saïd Aouita (5000 mètres)

Séoul 1988 Le rêve continue
Saïd Aouita est déjà usé. Il tente le 800 mètres et récolte une médaille de bronze. Pour les Marocains, habitués à ses victoires, c'est presque un échec. L'or est récolté par Moulay Brahim Boutayeb, un Khénifri à lunettes, poulain de Aouita et aujourd'hui entraîneur national. Cette victoire est déterminante dans l'esprit des Marocains, focalisés sur le grand Saïd. Elle démontre qu'il n'est pas le seul. Elle met en lumière le travail de détection et de formation effectué, elle ouvre des perspectives inespérées. La surprise de l'année, c'est un boxeur de Hay Mohammadi qui la réserve au public. Abdelhak Achik se hisse en demi-finale, et se fracture le poignet lors du match décisif. Il s'obstine à continuer le combat, avant d'être arrêté par l'arbitre. Le courage du boxeur, son bras dans le plâtre et son émotion lors de la cérémonie des médailles marquent les téléspectateurs du pays.
Une médaille d’or : Moulay Brahim Boutayeb (10.000 mètres). Deux médailles de bronze : Saïd Aouita (800 mètres) et Abdelhaq Achik (boxe)

Barcelone 1992 Le scandale espagnol
Quatre ans plus tard, Abdelhak Achik coache son jeune frère Mohamed. Ce dernier respecte la tradition familiale en arrivant en demi-finale avant de se casser le poignet et de se faire arrêter par l'arbitre. Il décroche une médaille de bronze. Aujourd'hui, les frères Achik sont entraîneurs dans le club municipal de boxe de Ain Sebaâ. Le tableau des médailles marocaines est enrichi par Rachid Labsir, que personne n'attend sur les 1500 mètres. Le beau gosse des pistes arrive second, derrière l'Espagnol Firmin Cacho, qui court chez lui. Mais la véritable affaire de ces Jeux olympiques, on la doit à Khalid Skah. Aux 10.000 mètres, la domination des deux favoris - Skah et Chelimo - est telle qu’ils prennent un tour au peloton. Ils arrivent à hauteur de Hammou Boutayeb, un mokhazni orgueilleux. Humilié, il refuse de se laisser doubler (par fierté et non par stratégie) et accompagne les deux favoris vers le sprint final, sans pour autant interférer dans leur duel. Les courses d'équipes étant interdites, un juge espagnol commet le geste qui va déclencher le scandale en tentant d'intercepter Hammou Boutayeb, qui l'évite. Skah gagne le sprint final avant de se faire disqualifier en soirée, sous la pression des Italiens dont un coureur est en quatrième place. Les Italiens prétendent qu'il a bénéficié de l'aide de son compatriote. Khalid Skah est requalifié le lendemain, après un examen plus serein de la course. Malheureusement, dans l'esprit des Espagnols, c'est un tricheur. Il est copieusement hué lors de la cérémonie, et l'hymne national est couvert par des sifflets d'un public peu sportif. Malgré la victoire, c'est une des pages les plus tristes de notre histoire olympique.
Une médaille d’or : Khalid Skah (10.000 mètres). Une médaille d’argent : Rachid Labsir (1500 mètres). Une médaille de bronze : Mohamed Achik (boxe)

Atlanta 1996 La chute d'El Guerrouj
Malgré une récolte modeste (deux médailles de bronze), cette édition marque un tournant dans notre athlétisme. Une nouvelle génération, issue du Centre national d’athlétisme, voit le jour. Si Salah Hissou et Khalid Boulami décrochent une médaille à Atlanta, c’est bien Hicham El Guerrouj qui est le chef de file de cette nouvelle génération. Pour cette équipe, ces Jeux olympiques arrivent trop tôt. Les coureurs manquent d’expérience, la chute de Hicham El Guerrouj en finale du 1500 mètres en est un exemple frappant. Une édition de transition, donc…
Deux médailles de bronze : Salah Hissou (10 000 mètres) et Khalid Boulami (5000 mètres)

Sydney 2000 Le rendez-vous manqué
Les jeunes prometteurs de 1996 sont devenus des athlètes confirmés, qui ont hissé l’athlétisme marocain à la cinquième place lors des Mondiaux de Séville en 1999. Les héros d’aujourd’hui s’appellent Salah Hissou, Brahim et Khalid Boulami, Nezha Bidouane, Ali Ezzine, Zahra Ouaziz et bien entendu Hicham El Guerrouj. Une année avant les Jeux, le système fédéral est dans son âge d’or. Hélas, ce système, en un an, va s’autodétruire, miné par des querelles personnelles. C’est donc dans une ambiance lourde que l’équipe d’athlétisme arrive à Sydney, et récolte 4 médailles. L’argent pour El Guerrouj, une performance décevante, et le bronze pour Nezha Bidouane (400 mètres haies), Ali Ezzine (3000 mètres steeple) et Brahim Lahlafi (5000 mètres). Objectivement, on ne peut pas parler de contre performance, mais la récolte aurait pu être bien plus importante, au regard de la qualité de l’équipe.
Cette édition voit également le retour de la boxe marocaine, avec le Marrakchi Tahar Temsamani, qui vient ajouter son nom au tableau des médailles, comme les frères Achik l’avaient fait auparavant.
Une médaille d’argent : Hicham El Guerrouj (1500 mètres). Quatre médailles de bronze : Nezha Bidouane (400 mètres haies), Brahim Lahlafi (5000 mètres), Ali Ezzine (3000 mètres steeple), Tahar Temsamani (boxe).


Dossier. Nos chances à Athènes

Hicham El Guerrouj (AFP)
Les sportifs marocains participeront à neuf disciplines. Tour d’horizon des partants pour les JO 2004.


Athlétisme
À tout seigneur, tout honneur, commençons par la délégation la plus importante, celle de l’athlétisme. Une trentaine d’athlètes se rendront à Athènes, avec comme chef de file Hicham El Guerrouj. Le Berkanais, malgré sa domination sans appel depuis huit ans, a toujours loupé ses rendez-vous olympiques. La grande question est de savoir s’il parviendra à vaincre cette
malédiction. Ses plus récents résultats laissent penser que le coureur est en fin de carrière. Toutefois, sur sa classe naturelle et son talent, il peut revenir à son niveau pour une de ses dernières compétitions. En aura-t-il la force mentale ? En marathon, le Maroc dispose avec Jawad Gharib, champion du monde, d’une belle chance de médaille également. Toutefois, on peut affirmer que cette édition sera avant tout une étape de transition de génération. La fin de la génération El Guerrouj et l’arrivée de nouveaux talents. Pour ces derniers, qui constituent le gros du peloton, ces JO représentent une chance d’accumuler de l’expérience en décrochant quelques places de finaliste. En attendant plus lors des Mondiaux 2006.

Boxe
Grosse équipe également du côté de la boxe, avec sept athlètes, dont Tahar Temsamani, le Marrakchi médaillé de bronze à Sydney. Il s’agit de la seule discipline médaillée dans notre histoire avec l’athlétisme. C’est l’occasion de rappeler les différences entre la boxe olympique et la boxe professionnelle. Elles sont tellement nombreuses qu’on peut dire qu’il s’agit de deux sports différents : quatre rounds pour les olympiques, dix ou douze pour les pros. Les gants des amateurs sont conçus pour protéger la sécurité des athlètes, qui portent un casque. L’arbitre olympique applique des consignes très strictes (arrêts des combats en cas de saignement, comptage debout du boxeur en difficulté), inexistantes chez les pros qui cherchent, eux, le KO. Mais les sommes colossales mises en jeu chez les professionnels, ainsi que la pagaille qui règne au niveau des fédérations et des titres, poussent les jeunes doués à basculer vers le professionnalisme et à délaisser les Jeux olympiques.

Foot
Le public marocain attend beaucoup des footballeurs, qui se présenteront sans aucune des stars de la dernière CAN à Athènes. Madih a préféré compter sur son ossature traditionnelle, bâtie autour des Omar Charef (MCO), Bouabid Bouden et Yazid Kaissi (Lens), Jamal Allioui (Perouse), Marwane Zemmama Raja) et autres Youssef Zerrouk (WAC) sans - a priori - de renforts de l’équipe de Zaki. Une équipe jeune, dont la qualification a été miraculeuse, et qui a la chance de se trouver dans un groupe à sa portée avec le Portugal, l’Irak et le Costa Rica comme adversaires au premier tour.

Tennis, judo, natation, escrime
Nos stars du tennis Aynaoui-Arazi (et éventuellement Bahia Mouhtassine) seront également du voyage, tout comme l’excellent judoka Adil Belgaïd. Sachez également que nous avons un nageur en lice (Adil Bellaz), un compétiteur en escrime (Issam Rami).
Pour terminer ce tour d’horizon, on ne peut que se féliciter de constater que l’égalité des sexes est respectée y compris pour les disciplines les plus inattendues. Ainsi, la délégation de taekwondo comporte trois athlètes dont deux femmes (Mounia Bourguig et Mouna Benabdelrassoul) et celle des haltérophiles est parfaitement mixte (Yassine Zouaki et Wafa Ammouri). Les temps changent…


Dossier. Esprit olympique, es-tu là ?

D’une noble utopie, il ne reste
finalement que des symboles… (AFP)
Initialement, les Jeux olympiques ont plus été conçus comme un projet de société que comme une compétition sportive. Une utopie qui a du mal à se réaliser…


Le 13 août, Athènes (re)deviendra le centre du monde pour une durée de 15 jours. 16.000 athlètes et officiels, 21.000 journalistes, 201 pays représentés, un véritable petit village planétaire placé sous la haute surveillance de 45.000 agents, qui viennent nous rappeler dans quelle triste époque nous vivons. C’est que les Jeux olympiques, bien plus que toutes les autres compétitions sportives, sont porteurs d’une utopie. Celle d’une planète entière qui suspend ses conflits pour se battre à la loyale sur le terrain sportif, dans le respect des règles. C’était là l’idée de Pierre de Coubertin, l’homme qui a ressuscité les
jeux de l’Antiquité au début du siècle en affirmant que "l’important c’est de participer". Bien entendu, de cette noble utopie, il ne reste que des symboles. Les anneaux olympiques, qui représentent les cinq continents, l’utilisation du français en hommage au baron de Coubertin, la cérémonie de la flamme olympique ou la place privilégiée accordée à la Grèce, qui défile en tête des délégations. Un attachement viscéral aux symboles originels, qui ne doit pas faire oublier que les JO ont été bien souvent confisqués par les politiques, qui y ont vu un formidable vecteur pour leurs idées, des plus nobles aux plus douteuses. Et la liste est longue.
En 1936, Hitler accueille les Jeux à Berlin, et entend bien prouver au monde la supériorité de la race aryenne. Manque de chance, le Noir américain Jesse Owens rafle quatre médailles d’or et force le Führer à quitter le stade précipitamment. Vingt-deux ans plus tard à Mexico, les Noirs américains, en pleine lutte pour l’obtention de leurs droits civiques, lèvent un poing ganté de noir à la "Black Panther" sur le podium. Le message est clair : "Nous faisons gagner notre pays, mais nous sommes en pleine lutte contre ce système". Les images sont saisissantes. Elles font le tour du monde et ces athlètes, qui font aujourd’hui figures de héros, sont exclus des sélections américaines. Symbole de cette époque, le boxeur américain Cassius Clay - qui ne s’appelle pas encore Mohammed Ali, médaillé d’or à Rome en 1960 et qui, en 1966, refus d’incorporer l’armée américaine au Vietnam en déclarant : "Aucun Vietnamien ne m’a jamais traité de sale nègre". Il sera déchu de son titre de champion du monde, suspendu et condamné à la prison en premier jugement. Imagine-t-on aujourd’hui un footballeur agir de la sorte ?
Mais c’est lors de la Guerre froide que s’écrivent les pages les plus sombres de l’histoire des JO. Les deux blocs l’ont compris, le sport est une formidable machine promotionnelle, à l’instar de la conquête spatiale. Les pays de l’Est ont fait du sport une priorité nationale. Pour gagner, tous les coups sont permis. L’Allemagne de l’Est, ex-RDA, met en place une usine à champions qui dope sans le moindre scrupule les jeunes prometteurs pour prouver la supériorité du modèle communiste. Les nageuses sont mises enceintes (bénéfiques pour les performances, paraît-il), on les bourre d’hormones masculines jusqu’à mettre en danger leur féminité. Point d’orgue tragi-comique de ces manipulations douteuses, les JO de 1976 où on injecte de l’hélium gazeux dans les intestins des nageurs (par voie rectale…) pour augmenter leur flottaison, ce qui a eu pour effet de rendre malades les athlètes avant le départ. Après la chute du mur, les procès se sont multipliés, et 300 athlètes victimes de la politique de dopage systématique sont indemnisés par l’Allemagne réunifiée. Mais le bloc de l’Est ne détient pas le monopole du dopage. Du côté américain, la fédération refuse toujours de pratiquer des tests et de rendre public les résultats. S’il y a moins de scandale à l’Ouest, c’est sans doute parce que l’Ouest a gagné la Guerre froide… Au passage, cet affrontement politique a coûté sa crédibilité sportive à deux éditions des JO ( Moscou 1980 et Los Angeles 1984), boycottées successivement par les deux blocs. Côté boycott, citons également le boycott africain de 1976 pour protester contre la présence de l’Afrique du Sud raciste. Pour la petite histoire, sachez que la délégation marocaine s’est rendue à Montréal avant de faire demi-tour sur place.
Le conflit israélo-palestinien, lui aussi, s’est invité à la fête olympique. Une irruption sanglante, lors des Jeux de Munich 72 où des terroristes prennent en otage la délégation israélienne, causant la mort de 11 athlètes et des 5 terroristes. Une sinistre affaire qui, aujourd’hui encore, donne des sueurs froides aux organisateurs.
Il est bien loin, l’idéal olympique de fraternité et de loyauté… Enterré, rattrapé par son époque, tout comme l’a été le mythe de l’amateurisme. En 1925, le Comité international olympique stipule dans sa charte : "Ne pourra être qualifié pour participer aux Jeux : celui qui est ou aura été en connaissance de cause professionnel dans son sport ou dans un autre sport ; celui qui aurait reçu des remboursements pour compensation de salaire perdu". Cette position va s’avérer de plus en plus impossible à tenir. Les athlètes, pour atteindre le niveau olympique, doivent s’astreindre à des entraînements lourds, ce qui leur interdit, de fait, toute autre activité. L’afflux des sponsors, des droits télévisés dans les années 80 ont forcé le comité olympique à mettre fin à cette hypocrisie qui avait tout de même causé l’exclusion des Jeux de 1928 du coureur finlandais Paavo Nurmi, convaincu de professionnalisme. Cet anachronisme a même valu au football, grand bastion du professionnalisme pur et dur, d’être exclu de la fête olympique. Ce n’est qu’en 1984 que le CIO, officiellement, craque, admet l’évidence et remet les professionnels dans la compétition. Paradoxalement, c’est à partir de cette époque que les JO deviennent une véritable fête planétaire, où les "petits pays" ne sont plus là que pour la figuration. L’Afrique collectionne les médailles : Éthiopiens, Marocains et Kenyans règnent sur les pistes, les footballeurs nigérians et camerounais font plier les stars du football. La Chine affole les compteurs : résidu de culture communiste ou véritable performance sportive ? Mystère, toujours est-il que l’arrivée massive des professionnels rehausse l’intérêt sportif de la compétition, sans en altérer l’esprit.
Superbe surprise, certains grands professionnels blasés du football et du tennis mettent un point d’honneur à goûter aux joies spartiates du village olympique. Les richissimes basketteurs américains débarquent à Barcelone, remportant une médaille d’or et retrouvent leurs joies de gamins. Il s’agit de disciplines qui n’organisent pas de Coupe du monde et qui adoptent les JO en guise de compétition suprême. À la différence des Mondiaux d’athlétisme, par exemple, les médaillés olympiques ne touchent pas de prime de la part des fédérations internationales.
Que faut-il en conclure ? Que l’esprit olympique a su résister aux turpitudes politiques et aux aléas d’un vingtième siècle tourmenté ? Qu’il a su résister aux montagnes de dollars et aux calculs politiques ? Peut-être. Nous nous contenterons d’affirmer que la qualité du spectacle proposé, l’occasion de découvrir des pays et des disciplines inconnues, qui surgissent tous les quatre ans, justifient largement le fait de se scotcher devant l’écran pendant deux semaines. Bon spectacle !



Privilège. Le club privé des villes olympiques

Contrairement au football, qui tente une mondialisation, l’organisation des Jeux olympiques a toujours été la chasse gardée des pays riches. Sur 24 éditions, 14 ont eu lieu en Europe et 4 aux États-Unis. À peine deux incursions en Asie et une en Océanie. Quand à l’Amérique latine, elle n’a été à la fête qu’à une seule occasion, en 1968 à Mexico. La raison est simple : le CIO impose que les candidats soient des villes et non pas des pays. Dans ces conditions, seules les plus fortunées peuvent prétendre à l’honneur olympique. Certaines mauvaises langues prétendent que le CIO, en refusant de changer cette règle, souhaite fermer la porte au Tiers-monde.

 
 
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