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Économie
Bilan, Mohammed VI : 5 ans de règne, de A à Z
Altermondialistes. Le Maroc s'ouvre au Forum social
Dossier. Le Maroc olympique
*Ya Habibi : (*Oh mon chéri !)
Bagnards et geôliers. Réconciliation à Tazmamart
Nostalgie. Quand ça bougeait à la télé
Erotisme. Avons-nous une culture du plaisir ?
Légendes. Ces saints venus d'ailleurs
Vacances. 10 idées pour changer du décor
N° 138/139
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Bilan, Mohammed VI : 5 ans de règne, de A à Z
Altermondialistes. Le Maroc s'ouvre au Forum social
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*Ya Habibi : (*Oh mon chéri !)
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Légendes. Ces saints venus d’ailleurs
Vacances. 10 idées pour changer du décor

Par Maria Daïf

*Ya Habibi : (*Oh mon chéri !)

Hasna la Marocaine… Euh…
Libanaise ? Marocaine ?
(MD / Telquel)
Avec plus de 40.000 personnes sur les gradins et presque toute seule sur la pelouse du terrain du Complexe Mohammed V, j’ai assisté à la nuit des stars arabes. Voyage exclusif dans les coulisses d'un concert pour le moins atypique.


Qu’est-ce qu’on ne ferait pas la veille des vacances ! Si le mois dernier on m’avait dit que j’allais passer plus de cinq heures à écouter de la musique orientale qui plus est dans un complexe sportif, j’aurais pris la poudre d’escampette. Mais prise par un élan d’euphorie à l’idée de ne pas écrire un mot pendant un
mois, tout me paraissait tout d’un coup bon à découvrir. Autant en profiter pour partir un peu moins idiote en matière de musique orientale qui, pour moi, s’arrêtait jusqu’à vendredi dernier à Oum Kaltoum, Fayrouz, Abdelhalim Hafez et Mohamed Abdelouahab. Surtout que, lorsque j’ai reçu le communiqué annonçant les noms des stars qui allaient se produire, je n’en ai reconnu aucune. Mais alors là aucune. Seul indice, ce collègue dont je ne citerai pas le nom, qui mourait d’envie de m’accompagner pour voir de près cette star libanaise qui, selon lui, faisaient des ravages dans le monde arabe. Pire que Bush, paraît-il. À coups de déhanchements, de décolletés vertigineux avec vue sur ses vallées siliconées et de moues sensuelles, elle fait, m’a-t-il dit, tourner la tête du plus saint d'entre les saints. La chanson dans tout cela ? On le sait, depuis le milieu des années 90, les Libanais et les Syriens ont damé le pion aux Égyptiens qui, jusque-là, avaient le monopole de la chanson arabe, classique et moderne. Les Libanais ont fait plus fort : à coup de clips réalisés par des techniciens européens et américains et de jolis minois passant en boucle sur des chaînes spécialisées, ils ont fait de la chanson une véritable industrie : "C’est l’usine, tous les jours apparaît une nouvelle star", me disait il y a quelques temps une copine libanaise.
Bref, revenons à ma nuit des stars et au complexe Mohammed V. À 19h, les foules se pressaient déjà aux portes. Des jeunes filles brushinguées, maquillées, en talons aiguille et sacs brillants, des jeunes garçons relookés comme pour un match de foot, des familles entières et des flics à chaque porte du complexe, renvoyant tout ce beau monde à la porte suivante, puis à la porte suivante, puis à la porte suivante... : "Toutes les portes étaient ouvertes pour qu’il n’y ait pas de bousculade et sur chaque ticket figurait la porte d’accès équivalente", nous expliquait l’un des organisateurs. Les flics, quant à eux, ne l’entendaient pas de cette oreille et ont fini par faire la loi. C’est-à-dire la leur : interdire l’accès à toutes les portes, en ouvrir une seule et laisser entrer tout le monde, ceux qui ont des tickets et surtout ceux qui n’en ont pas. Résultat : le b… Aucun service d'ordre, des bousculades, des engueulades, et pour quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds dans un stade de foot : la trouille. Je ne comprends quand même toujours pas la conception de la sécurité chez nos policiers qui, en gros, lors de cet événement, s’est résumée à cela : laisser entrer tout le monde pour ensuite les faire sortir un par un par la peau des fesses. Celui-là est suspect, celui-ci a bu de l’alcool. Pourquoi ne pas avoir fait ça à l’entrée ? Enfin, ça rappelle au moins une chose : nous avons toujours une sécurité de répression et non pas de l’ordre. Mais le pompon, c’est pas ça ! C’est la pelouse du terrain de foot. L’obsession des forces de l’ordre, tous grades confondus. Recouverte d’une bâche noire directement venue d’Angleterre, la wilaya avait donné son autorisation pour qu’elle soit utilisée. Et les flics, toujours eux, en ont décidé autrement, condamnant la porte qui y donnait accès. Pourquoi ? "Parce qu’on ne va quand même les laisser abîmer la pelouse", m’a répondu ce haut gradé. Rappelons quand même que celle-ci était protégée dans les règles de l’art. Résultat : des VIP se retrouvant avec des invitations VIP qui ne l’étaient plus - le terrain était réservé au VIP -, plus de 40.000 personnes sur les gradins et une poignée de journalistes, d’organisateurs sur la pelouse. En gros, quelques 150 mètres séparaient les artistes des spectateurs sur les gradins, qui auraient pu rester chez eux à écouter radio Sawa, ainsi que des organisateurs dans un état second : "C’est du sabotage !". Les flics, quant à eux, ne surveillaient pas d’éventuels débordements, mais la pelouse devenue une affaire d’État. Franchement, si seulement on l’avait eue cette Coupe du monde, j’aurais compris !
Toujours est-il que les Casablancais sont venus en force et dès qu’un homme en costard noir est monté sur scène et a pris le micro, ça a été l’hystérie. Qui a dit que seuls Hajji et Bassir avaient droit à cet accueil au Maroc. Ignare que je suis en matière de musique arabe, c’est l’un des vigiles qui a éclairé ma lanterne : "Aouuuu, tu ne sais pas qui c’est ? Tu n’es pas Marocaine ou quoi ? Ou alors tu n’as pas nimirik chez toi. Tu ne regardes jamais Rotana ?". Pour les non initiés comme moi, Rotana est une chaîne spécialisée en clips de musique arabe. La MTV moyen-orientale, quoi. Bon, ça ne m’avançait toujours pas sur l’identité de ce bonhomme dont le public reprenait les chansons en chœur : "C’est Majd El Kacem, qui chante Yaaaa Habiiibiii". Très drôle, mais moi, je me suis arrêtée à La isla bonita et en plus, je défie quiconque de me donner le nom d’un seul chanteur arabe qui ne chante pas Yaaaa Haaabiiibii. Bon bref, j’ai fini par comprendre que Majd El Kacem était une machine à tubes, vu le nombre de fans qui se pressaient autour de lui dans les coulisses et au nombre de gardes du corps qui les repoussaient. Comprenez que je sois ensuite toute fière de reconnaître Faudel et de frimer en fredonnant le refrain de son "je veux viiiivre". Eh bien, moi aussi, je les connais les stars arabes. Si l’on considère que Faudel soit arabe, s’entend.
Ceci étant, les organisateurs ont vraiment mis le paquet : bâche noire importée inutilement d’Angleterre, feux d’artifice, lâcher de ballons et des chanteurs que tout le monde connaît, sauf moi. Je n’aurais rien trouvé à redire si ce n’est que je me suis ennuyée toute seule sur la pelouse, que des chanteurs en play-back, c’est pas crédible et que je n’ai pas pu approcher la moindre star. Car si les flics n’ont pas fait leur boulot, les gardes du corps, eux, l’ont fait. Quoique, ils auraient mieux fait de surveiller de près les organisateurs, vu la suite des événements. L’un d’eux s’est tout simplement fait casser la gueule par l’une des stars arabes de la soirée. Chouha avec les flics, l’attroupement et tout le reste. Naaari, heureusement que ça ne s’est pas passé sur la pelouse. Mustafa Amar, star égyptienne qui a fait chavirer le cœur des filles au début des années 90 en chantant Yaaaa Haaabiiibi, a donc méchamment réagi parce qu’il était prévu que ce soit lui qui clôture la soirée et non pas Pascale Michaâlani, une chanteuse libanaise aux moues sensuelles et aux décolletés donnant sur des vallées siliconées et chantant Yaaaa Haaabiiibi.
Le public, lui, a tout simplement été parfait. Aucun débordement, aucun incident, de quoi faire pâlir de jalousie les organisateurs de derbys. Même pas besoin des flics, mobilisés à surveiller de très près… leur pelouse. La soirée aura duré jusqu’aux environs de deux heures du matin et j’en serai partie toujours pas très avancée sur les stars arabes et avec une résolution : à la rentrée, c’est décidé, j’irais voir du côté de chez Rotana. Pour que plus jamais, un vigile ne me dise : "Aooou, t’es pas Marocaine ou quoi ?".

 
 
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