Que chacun assume
("Ne laissez pas de traces, et on vous applaudira secrètement. Laissez-en, et on vous clouera au pilori)
En septembre 2003, TelQuel avait publié une "position" à légard de ce trouble personnage quétait Hicham Mandari. En substance : "Mandari est un personnage nauséabond, lui-même issu dune coterie nauséabonde : ceux et celles qui avaient en charge les finances occultes de Hassan II. Ne pas remuer cette fange est un choix que nous assumons. Dabord parce que nous nous ferions inévitablement manipuler - que ce soit par Mandari ou par ses ennemis. Ensuite parce quen cherchant - et pire, en trouvant - nous ferions un inutile croche-pied à Mohammed VI, que nous créditons (par pur optimisme) de la volonté den finir avec ces pratiques malsaines qui nhonoraient pas le royaume. TelQuel sinterdit donc, volontairement, de travailler sur le cas Mandari". Nous avions conclu, à lépoque : "Dommage pour nos ventes, mais tant mieux pour notre conscience".
Mais notre conscience, maintenant que Mandari a reçu une balle dans la tête, nous dicte de changer de position. Il y a désormais mort dhomme et, vu le parcours de cet homme, il est impossible de ne pas enquêter dessus, de ne pas explorer toutes les pistes (lire larticle de Karim Boukhari, p. 32) et, allons droit au but, de ne pas suspecter les services secrets marocains.
Aujourdhui, la portée du sujet nest plus la même. Il ne sagit plus de savoir dans quelle mesure lex-protégé dune ex-concubine dun ex-roi est un mythomane et/ou un escroc. Lenjeu, maintenant, est de savoir si oui ou non une officine secrète inféodée au Palais a exécuté, ou fait exécuter, un "contrat" sur un homme, dans un parking de la Costa Del Sol.
Les vrais assassins sont peut-être des "mafias", comme laffirme péremptoirement une presse avide de complaire. Creusons néanmoins, sans angélisme superflu, lhypothèse de lofficine. Cela ne choquera que ceux qui joueront aux vierges effarouchées, mais abattre un homme qui menace un régime rentre tout à fait dans les prérogatives dun service secret. Ce nest peut-être pas moral, mais la morale na rien à voir là-dedans. Cest ainsi que cela fonctionne, partout dans le monde. Sauf que la règle, universelle aussi, est la suivante : ne laissez pas de traces, et tout le monde vous tirera secrètement son chapeau. Laissez-en, et tout le monde vous clouera au pilori.
Pour linstant, des traces, il ny en a pas. Comme toute la presse (sérieuse), nous en chercherons quand même. Et si nous en trouvons, nous les publierons - sans plaisir particulier, mais au moins, cela ne nous posera plus de problèmes de conscience. La mort de Hicham Mandari aura au moins servi à ça. |