Sujet
Économie
Affaire Mandari. Les bonnes questions
Portrait. Dr Hicham et Mr El Guerrouj
Hasna Benhassi. L'oubliée d'Athènes
Enquête. Massacre à Taroudant
N° 140
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Que chacun assume
("Ne laissez pas de traces, et on vous applaudira secrètement. Laissez-en, et on vous clouera au pilori)

En septembre 2003, TelQuel avait publié une "position" à l’égard de ce trouble personnage qu’était Hicham Mandari. En substance : "Mandari est un personnage nauséabond, lui-même issu d’une coterie nauséabonde : ceux et celles qui avaient en charge les finances occultes de Hassan II. Ne pas remuer cette fange est un choix que nous assumons. D’abord parce que nous nous ferions inévitablement manipuler - que ce soit par Mandari ou par ses ennemis. Ensuite parce qu’en cherchant - et pire, en trouvant - nous ferions un inutile croche-pied à Mohammed VI, que nous créditons (par pur optimisme) de la volonté d’en finir avec ces pratiques malsaines qui n’honoraient pas le royaume. TelQuel s’interdit donc, volontairement, de travailler sur le cas Mandari". Nous avions conclu, à l’époque : "Dommage pour nos ventes, mais tant mieux pour notre conscience".
Mais notre conscience, maintenant que Mandari a reçu une balle dans la tête, nous dicte de changer de position. Il y a désormais mort d’homme et, vu le parcours de cet homme, il est impossible de ne pas enquêter dessus, de ne pas explorer toutes les pistes (lire l’article de Karim Boukhari, p. 32) et, allons droit au but, de ne pas suspecter les services secrets marocains.
Aujourd’hui, la portée du sujet n’est plus la même. Il ne s’agit plus de savoir dans quelle mesure l’ex-protégé d’une ex-concubine d’un ex-roi est un mythomane et/ou un escroc. L’enjeu, maintenant, est de savoir si oui ou non une officine secrète inféodée au Palais a exécuté, ou fait exécuter, un "contrat" sur un homme, dans un parking de la Costa Del Sol.
Les vrais assassins sont peut-être des "mafias", comme l’affirme péremptoirement une presse avide de complaire. Creusons néanmoins, sans angélisme superflu, l’hypothèse de l’officine. Cela ne choquera que ceux qui joueront aux vierges effarouchées, mais abattre un homme qui menace un régime rentre tout à fait dans les prérogatives d’un service secret. Ce n’est peut-être pas moral, mais la morale n’a rien à voir là-dedans. C’est ainsi que cela fonctionne, partout dans le monde. Sauf que la règle, universelle aussi, est la suivante : ne laissez pas de traces, et tout le monde vous tirera secrètement son chapeau. Laissez-en, et tout le monde vous clouera au pilori.
Pour l’instant, des traces, il n’y en a pas. Comme toute la presse (sérieuse), nous en chercherons quand même. Et si nous en trouvons, nous les publierons - sans plaisir particulier, mais au moins, cela ne nous posera plus de problèmes de conscience. La mort de Hicham Mandari aura au moins servi à ça.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés