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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"Le 16 mai a été un très bon exercice"

Saïd LOuahlia (médecin légiste)
Antécédents

    1957 : Naissance à Casablanca
    1961 : Circoncis à 4 ans
    1995 : Chef du seul service de médecine légale au Maroc
    2003 : Autopsie les cadavres des victimes du 16 mai
    2004 : Autopsie les cadavres de la tuerie de Taroudant

Smyet Bak ?
Omar Louahlia

Smyet Mok ?
Fatema Mamoun

Nimirou d'la carte ?
B 21 308

Premier interrogatoire ?
Oui, je n’en ai jamais fait.

Pourquoi, vous êtes un type sans problèmes ?
Non. Je suis un provocateur.

Ce serait provocateur de vous traiter de croque-mort, par exemple ?
C’est, au contraire, un titre honorifique. Le mot désignait , au XIXème siècle, les garçons dans les morgues qui mordaient les doigts des cadavres pour s’assurer de leur mort. Moi aussi, je mords dans le cadavre. Ma vie a essentiellement pour matière première la mort. Je passe un bon et long moment avec le cadavre…

Bon ou long ?
Il peut être bon. Je l’interroge, il répond. Je l’interpelle, il s’exécute et il mord quand j’arrive à mon objectif.

C’est du plaisir, de la passion ?
Les deux. J'exulte quand j’obtiens la cause exacte du décès. Je suis alors comme un petit enfant.

C’est morbide. Vous ne pensez jamais aux familles, aux enfants, justement ?
Je fais mon métier. Mon métier nécessite un grand investissement aussi bien scientifique qu’intellectuel, qui permet de rétablir des droits. De dire si une personne a été torturée, battue, tuée, etc. Il n'y a pas d’État de droit sans médecine légale performante, j’en reste convaincu.

Côté torture, vous êtes plutôt servi ?
Oui, j’ai déjà établi plusieurs bavures et violences policières qui ont donné lieu à de nombreuses poursuites.

Jamais de torture politique ?
Ma génération n’a malheureusement pas connu de torture politique.

Le 16 mai 2003, vous avez dû jubiler ?
C’était un très bon exercice sur le plan scientifique, nous avons beaucoup avancé intellectuellement après. Taroudant a été un bon exercice aussi.

Il paraît que vous avez bataillé pour enterrer les kamikazes du 16 mai ?
Ça a pris une année. Les familles avaient abandonné les corps, personne n’y a pensé. Au bout d’une année, j’ai en effet dû organiser cela avec les amis et les familles.

Un Marocain mort vaut-il plus qu’un vivant ?
Pas pour le moment.

Pourquoi, ça devrait ?
On est citoyen, mort comme vivant.

La mort, c’est une fin ?
Non, une étape.

Vous croyez à la réincarnation ?
Non, mais à la matière, à la substance.

Comment vivez-vous la mort de vos proches ?
Tristement. Je suis un grand sentimental. Un rien me fait pleurer ou sourire.

Il faut être "dérangé" pour faire ce que vous faites ?
Oui. Ça ne rapporte pas d’argent et vous travaillez dans la pourriture qui fait fuir les gens.

Vous ne seriez pas un peu maso, par hasard ?
Je suis un missionnaire.

Que répondent vos enfants quand on leur demande ce que fait leur papa ?
Ils me considèrent comme un enquêteur du FBI, organisme qu’ils ont d’ailleurs visité aux USA. Ils ne voient pas le côté macabre, ils trouvent cela passionnant. Je sais leur parler de mon métier. Je le valorise bien.

Comment voulez-vous mourir ?
Une mort subite et que je puisse faire don de mes organes.

 
 
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