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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Pseudo-bibliothèques pour jeunes

(Photo AFP)
N’en déplaise aux sceptiques, l’opération "Lire pour tous" aura finalement servi à quelque chose. Le département de la jeunesse, que dirige Mohamed El Gahs, avec les moyens du bord et beaucoup d’imagination, affiche fièrement son bilan : 150.000 livres récoltés, adjoints aux 30.000 qui existaient auparavant, alimentent dorénavant 180 bibliothèques au sein des maisons de jeunes disséminées sur le territoire. Faites le calcul, chaque structure de fortune hérite d’un millier d’ouvrages. Sur le lot alloué, le secrétaire d’État est conscient que c’est "au hasard des offres faites par les bénévoles, avec plus de romans dans le tas, mais un tri a été fait de manière
plus ou moins équilibrée pour que chaque maison de jeunes ait des titres représentatifs de chaque rubrique". Cela donne un semblant de bibliothèques, pas forcément fournies en livres de jeunes, mais El Gahs préfère démarrer avec "ce que j’ai entre les mains". Les lecteurs potentiels seront-ils livrés à eux-mêmes ? Pas tout à fait. Une formation d’une semaine a été prodiguée aux 16 responsables de bibliothèques dans les chefs-lieux par Gwyneth Evans, l’experte canadienne venue de l’UNESCO qui soutient les bibliophiles africains. Ces derniers s’occuperont de passer le relais , en termes de formation aux animateurs locaux. Pour le reste, promet El Gahs, "des clubs de lecture seront constitués sur place pour que des activités soient menées à partir du livre. En fin de saison, une manifestation nationale festive sera organisée pour gratifier ces lecteurs en herbe". Quant à "Lire pour tous", l’opération aura une suite et visera, nous apprend-on en avant première, à "introduire la lecture dans les familles". Le chantier de la lecture est tellement vierge et ces initiatives font bien de repartir à zéro. Parce qu’en plus ils n’ont pas le choix. Faute de budget, ils font de l’improvisation. Jusqu’à quand ?


Poésie : Le feu, ça crée

Mohamed Hmoudane, l’auteur du recueil métaphorique, Attentat, récidive. Écrit antérieurement au texte prémonitoire que vous connaissez, Incandescence est un hymne au feu sacré de la création. L’écriture devient une manière de se consumer pour se précipiter vers la mort et la passion poétique un embrasement qui défie toute fin à venir. Tantôt inscrit dans une logique galactique, universelle qui propulse vers les étoiles, tantôt jouissant de la subversion des jeux de mots qui lui brûlent les doigts, le poète est entre le tragique et le ludique. Une délectation de phœnix qui ne se prend pas pour un héros.

Incandescence, Mohamed Hmoudane , Éd. Al Manar (2004)



Traduction : Le Prince en arabe

Le Prince de Machiavel a longtemps servi de livre de chevet au roi défunt Hassan II. Ce dernier en avait adopté tout le machiavélisme suggéré aux gouvernants florentins au début du 16ème siècle. Aujourd’hui, sa traduction en arabe par Abdelkader El Jamoussi, intellectuel et diplomate en civil, le rend accessible à la masse des gouvernés. Écrit comme un traité de conseils invitant le prince (roi ou sultan) à conjuguer la force, la ruse et les règles mis en place pour maintenir sa suprématie, ce classique de la gouvernance totalitaire a exigé du traducteur 6 années de labeur. Le résultat est un écrit fluide et fort intelligible.

Éd. Dar al Amane (45 DH)

 
 
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