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Par Maria Daïf

Hasna Benhassi. L’oubliée d’Athènes

Hasna Benhassi : "J'ai fait ce que
j'avais à faire" (AFP)
Les exploits d'El Guerrouj ont fait de l’ombre à sa médaille d’argent ? Elle, a réalisé l’un de ses rêves et compte bien en réaliser d’autres. Portrait d’une athlète qui sait ce qu’elle veut et fait tout pour y arriver.


L’Institut national d’athlétisme semble bien calme. À part le jardinier, les femmes de ménage et quelques employés qui s’affairent, pas l’ombre d’un athlète en vue : "Vous cherchez quelqu’un ? Il n’y a personne ici", confirmera le gardien. Normal, nous expliquera-t-on plus tard, en ce début de mois de septembre, la saison sportive n’a pas encore commencé. La
grande portière de l’institut s’ouvre pour laisser entrer une petite voiture verte. En descend alors ce couple, lui, un grand gaillard au visage et aux lunettes noires de jeune premier et elle, au physique de lycéenne prête pour son cours d’éducation sportive. Queue de cheval stricte, survêtement et sac à dos, démarche un peu garçon manqué, Hasna Benhassi est frêle, presque fragile. Ce qui lui vaut probablement ce "H’ssina" dont l’affublent affectueusement tous ceux qu’elle croise à l’institut, sans exception : "H’ssina, félicitations", "H’ssina, bravo", "H’ssina, vivement l’or". Employés, femmes de ménage la saluent et lui collent des bises bruyantes. Hasna, elle, gênée, répond à peine, et sourit à chacun. La jeune femme est timide et cela se confirmera au fur et à mesure de la conversation. La médaillée d’argent d’Athènes est tout sauf bavarde et préfère les réponses nettes claires et précises : "Je suis allée à Athènes pour remporter une médaille. Je savais bien avant de partir que j’allais en décrocher une. C’est chose faite". Et à la timidité de laisser place à un caractère bien trempé, cet atout majeur de la jeune athlète qui sait ce qu’elle veut et fait tout pour aller le chercher.
C’est à Marrakech, sa ville natale, que déjà, au lycée, Hasna était de toutes les courses et de toutes les compétitions. Très vite, elle est repérée par le Kawkab et court sous les couleurs de l’équipe. Dignement, puisqu’elle varie entre la première et la deuxième place, qu’il s’agisse du 800 ou du 1500 mètres. À dix huit ans, c’est la Fédération nationale d’athlétisme qui vient la chercher. Le rêve de Hasna se réalise : "À partir de ce moment-là, je savais que j’allais être une championne". Dès 1996, elle rejoint l’équipe nationale, et s’entraîne d’arrache-pied. Très vite, son ambition paye et en 1997, elle remporte sa première médaille d’or du 800 mètres aux Jeux Méditerranéens à Bari en Italie, suivie de très près l’année suivante d’une médaille d’argent au championnat d’Afrique à Dakar et d’une médaille d’or aux Jeux Panarabes au Liban. Hasna Benhassi est au meilleur de sa forme. Elle en veut et multiplie les meetings et les premières places. Moins de trois ans après avoir rejoint l’institut d’athlétisme, elle bat le record national féminin du 800 mètres. Rien ne pouvait plus l’arrêter, si ce n’est en 1999, une fracture au tibia qui lui coûtera cher. Alors qu’elle partait favorite, elle ne pourra pas prendre part aux championnats du monde à Séville. La blessure nécessitera une opération chirurgicale, et plusieurs mois de rééducation et de remise en forme. Très vite, l’athlète reprend du poil de la bête… et épouse Mohcine Ch’bihi, cet autre athlète dont elle a fait la connaissance à l’institut. Dorénavant, l’un des rares couples de sportifs marocains est formé et Hasna trouve en son mari un nouveau soutien. C’est avec lui qu’elle s’entraîne, qu’elle discute de ses stratégies, de ses ambitions : "Tout ce que j’ai toujours demandé à mon épouse, c’est d’être la meilleure". Une concurrence entre les deux ? "C’est évident. Quand l’un de nous progresse, l’autre n’a qu’une envie, c’est de faire pareil. Mais c’est une bonne concurrence. Hasna a décroché une médaille à Athènes, pas moi. Je suis à la fois fier d’elle et satisfait de ce que j’ai quand même réalisé". Quelques mois après sa blessure, Hasna est présente aux Jeux Olympiques de Sydney et se contente d’une bonne huitième place, étant donné sa blessure l’année précédente : "Mais 2001 sera ma meilleure année", confie non sans fierté l’athlète. C’est, en effet, cette année-là qu’elle remportera le championnat du monde en salle du 1500 mètres et atteindra ainsi l’un des ses principaux objectifs. Hasna, l’espace d’un instant, arrête d’égrener ses exploits et sourit : "C’est juste après ces championnats que j’ai appris que j’étais enceinte". Le couple raconte : "Quand on a voulu se marier, beaucoup de gens nous ont conseillé d’attendre. On avait à peine 21 ans chacun et toute une carrière sportive devant nous. Beaucoup, par ailleurs, croyaient que notre vie privée finirait par prendre le pas sur notre carrière. Nous avons prouvé le contraire. Au moment de la grossesse, il était une fois de plus hors de question que Hasna arrête le sport". Hasna est alors heureuse "même si ce n’était pas programmé" et met sa carrière et ses entraînements entre parenthèse pendant toute l’année 2002. Au retour, elle n’a plus qu’une seule médaille en tête, celle qu’elle remportera à Athènes. On la revoit encore, remonter de la huitième à la deuxième place, alors que personne n’y croyait plus. Les deux exploits de Hicham El Guerrouj ont fait de l’ombre au sien ? Soit. Hasna sourit et commente : "J’ai fait ce que j’avais à faire et le reste n’a aucune espèce d’importance". À part, bien entendu, les entraînements qui ont repris dès son retour, et ses préparations pour les prochains Jeux Panarabes à Alger la première semaine d’octobre. À 26 ans, Hasna trace sa voie : encore 6 ans de carrière sportive, battre son propre record du 800 mètres, une médaille d’or à décrocher aux championnats du monde d’athlétisme en 2005 et pour couronner sa carrière, l’ultime médaille, aux Jeux de Pékin. Et à l’entendre parler, on l’y verrait presque. C’est d’ailleurs tout le mal qu’on lui souhaite.

 
 
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