Hasna Benhassi. Loubliée dAthènes
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Hasna Benhassi : "J'ai fait ce que
j'avais à faire" (AFP)
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Les exploits d'El Guerrouj ont fait de lombre à sa médaille dargent ? Elle, a réalisé lun de ses rêves et compte bien en réaliser dautres. Portrait dune athlète qui sait ce quelle veut et fait tout pour y arriver.
LInstitut national dathlétisme semble bien calme. À part le jardinier, les femmes de ménage et quelques employés qui saffairent, pas lombre dun athlète en vue : "Vous cherchez quelquun ? Il ny a personne ici", confirmera le gardien. Normal, nous expliquera-t-on plus tard, en ce début de mois de septembre, la saison sportive na pas encore commencé. La |
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grande portière de linstitut souvre pour laisser entrer une petite voiture verte. En descend alors ce couple, lui, un grand gaillard au visage et aux lunettes noires de jeune premier et elle, au physique de lycéenne prête pour son cours déducation sportive. Queue de cheval stricte, survêtement et sac à dos, démarche un peu garçon manqué, Hasna Benhassi est frêle, presque fragile. Ce qui lui vaut probablement ce "Hssina" dont laffublent affectueusement tous ceux quelle croise à linstitut, sans exception : "Hssina, félicitations", "Hssina, bravo", "Hssina, vivement lor". Employés, femmes de ménage la saluent et lui collent des bises bruyantes. Hasna, elle, gênée, répond à peine, et sourit à chacun. La jeune femme est timide et cela se confirmera au fur et à mesure de la conversation. La médaillée dargent dAthènes est tout sauf bavarde et préfère les réponses nettes claires et précises : "Je suis allée à Athènes pour remporter une médaille. Je savais bien avant de partir que jallais en décrocher une. Cest chose faite". Et à la timidité de laisser place à un caractère bien trempé, cet atout majeur de la jeune athlète qui sait ce quelle veut et fait tout pour aller le chercher.
Cest à Marrakech, sa ville natale, que déjà, au lycée, Hasna était de toutes les courses et de toutes les compétitions. Très vite, elle est repérée par le Kawkab et court sous les couleurs de léquipe. Dignement, puisquelle varie entre la première et la deuxième place, quil sagisse du 800 ou du 1500 mètres. À dix huit ans, cest la Fédération nationale dathlétisme qui vient la chercher. Le rêve de Hasna se réalise : "À partir de ce moment-là, je savais que jallais être une championne". Dès 1996, elle rejoint léquipe nationale, et sentraîne darrache-pied. Très vite, son ambition paye et en 1997, elle remporte sa première médaille dor du 800 mètres aux Jeux Méditerranéens à Bari en Italie, suivie de très près lannée suivante dune médaille dargent au championnat dAfrique à Dakar et dune médaille dor aux Jeux Panarabes au Liban. Hasna Benhassi est au meilleur de sa forme. Elle en veut et multiplie les meetings et les premières places. Moins de trois ans après avoir rejoint linstitut dathlétisme, elle bat le record national féminin du 800 mètres. Rien ne pouvait plus larrêter, si ce nest en 1999, une fracture au tibia qui lui coûtera cher. Alors quelle partait favorite, elle ne pourra pas prendre part aux championnats du monde à Séville. La blessure nécessitera une opération chirurgicale, et plusieurs mois de rééducation et de remise en forme. Très vite, lathlète reprend du poil de la bête
et épouse Mohcine Chbihi, cet autre athlète dont elle a fait la connaissance à linstitut. Dorénavant, lun des rares couples de sportifs marocains est formé et Hasna trouve en son mari un nouveau soutien. Cest avec lui quelle sentraîne, quelle discute de ses stratégies, de ses ambitions : "Tout ce que jai toujours demandé à mon épouse, cest dêtre la meilleure". Une concurrence entre les deux ? "Cest évident. Quand lun de nous progresse, lautre na quune envie, cest de faire pareil. Mais cest une bonne concurrence. Hasna a décroché une médaille à Athènes, pas moi. Je suis à la fois fier delle et satisfait de ce que jai quand même réalisé". Quelques mois après sa blessure, Hasna est présente aux Jeux Olympiques de Sydney et se contente dune bonne huitième place, étant donné sa blessure lannée précédente : "Mais 2001 sera ma meilleure année", confie non sans fierté lathlète. Cest, en effet, cette année-là quelle remportera le championnat du monde en salle du 1500 mètres et atteindra ainsi lun des ses principaux objectifs. Hasna, lespace dun instant, arrête dégrener ses exploits et sourit : "Cest juste après ces championnats que jai appris que jétais enceinte". Le couple raconte : "Quand on a voulu se marier, beaucoup de gens nous ont conseillé dattendre. On avait à peine 21 ans chacun et toute une carrière sportive devant nous. Beaucoup, par ailleurs, croyaient que notre vie privée finirait par prendre le pas sur notre carrière. Nous avons prouvé le contraire. Au moment de la grossesse, il était une fois de plus hors de question que Hasna arrête le sport". Hasna est alors heureuse "même si ce nétait pas programmé" et met sa carrière et ses entraînements entre parenthèse pendant toute lannée 2002. Au retour, elle na plus quune seule médaille en tête, celle quelle remportera à Athènes. On la revoit encore, remonter de la huitième à la deuxième place, alors que personne ny croyait plus. Les deux exploits de Hicham El Guerrouj ont fait de lombre au sien ? Soit. Hasna sourit et commente : "Jai fait ce que javais à faire et le reste na aucune espèce dimportance". À part, bien entendu, les entraînements qui ont repris dès son retour, et ses préparations pour les prochains Jeux Panarabes à Alger la première semaine doctobre. À 26 ans, Hasna trace sa voie : encore 6 ans de carrière sportive, battre son propre record du 800 mètres, une médaille dor à décrocher aux championnats du monde dathlétisme en 2005 et pour couronner sa carrière, lultime médaille, aux Jeux de Pékin. Et à lentendre parler, on ly verrait presque. Cest dailleurs tout le mal quon lui souhaite. |