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N° 140
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB attend, comme tous les Marocains, la rentrée. Avant, naturellement, d’attendre le Ramadan, la pluie et les élections

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



À la question récurrente : qu’est-que Zakaria Boualem a fait pendant les vacances ? Il faut répondre clairement : Zakaria Boualem ne prend jamais de vacances pendant le mois d’août, ni d’ailleurs pendant le Ramadan. La raison en est simple : il considère que, même au bureau, il est en vacances durant ces périodes de léthargie. En l’absence de son chef et de 90 % de ses collègues, il fait ce qu’il veut, c'est-à-dire rien. Il attend, comme tous les Marocains, la rentrée. Avant, naturellement, d’attendre le Ramadan, la pluie, l’aïd, les élections ou le remaniement ministériel. Avec la certitude qu’aucun de ces événements ne changera quoi que ce soit à son statut mais la conviction qu’il faut attendre qu’ils soient passés pour y voir plus clair. Il a ainsi l’occasion de décortiquer la presse nationale. Voici ce qu’il a lu le 26 août dernier dans L’Économiste, estimable quotidien auquel la banque est abonnée :
"Nouvelle hausse des prix du carburant !… Ne pas toucher au prix du carburant ne faisait qu’accroître les menaces sur le Budget". En lisant la première ligne, Zakaria Boualem se demande de quel budget on parle. Mais quel budget est donc menacé ? Après réflexion, il comprend qu’il s’agit du budget de l’Etat. D’ailleurs, seul le budget de l’Etat mérite une majuscule, le budget de Zakaria Boualem, lui, est minuscule. Étrangement, il lui semble à lui que c’est précisément le fait de toucher
au prix de l’essence qui met en danger son budget à lui. La conclusion s’impose d’elle-même : son budget à lui et celui de l’Etat n’ont pas les mêmes intérêts, ils sont même complètement opposés. Il médite sur cette découverte, avant de découvrir que ce n’en est justement pas une, puisque c’est lui qui alimente les caisses de l’Etat, alors que l’Etat de son côté ne l’alimente en rien, et se contente de dégrader son état. Fort de cette découverte, il poursuit sa lecture de l’article : "La hausse a été décidée mardi 24 août à minuit, selon une source au ministère de l’énergie". Là, Zakaria Boualem a l’impression de nager en plein polar : des sources mystérieuses et anonymes, des activités nocturnes suspectes, tout y est ! Il remplace "hausse" par "crime" et la phrase devient limpide…
Soudain, l’article bascule dans l’absurde, voire l’ésotérique : "Hier, mercredi matin, les prix du pétrole étaient en légère hausse, en raison du crash suspect de deux avions en Russie et des combats en Irak, tandis que le marché attend prudemment les dernières estimations sur les stocks pétroliers américains. À Londres, le baril de brent pour livraison en octobre progressait de 40 cents à 42,72 dollars vers 10h00 GMT, mais reste bien en dessous de son niveau record établi vendredi dernier à 45,15 dollars. Quant au baril de “light sweet crude” américain, il prenait 34 cents à 45,55 dollars, après avoir frôlé la barre symbolique des 50 dollars vendredi dernier."
OUFFF !!!
Épaté par cette explication qui n’aura convaincu que les piétons, il poursuit l’article : "Quant au fuel industriel et au gaz butane, leurs prix sont restés inchangés. Le fuel est maintenu à 2081 DH la tonne. À noter que le fuel est essentiellement destiné à l’industrie". Logiquement, il se pose la question : pourquoi l’industrie ne subit-elle pas d’augmentation ? "En maintenant les prix sur ce produit, le gouvernement chercherait à pallier une incohérence entre le coût de l’énergie dont la tendance est à la hausse, et celui du fuel". Zakaria Boualem ne comprend rien.
Ce qui lui semble incohérent, à Zakaria Boualem c’est que pour lui, le coût de l’énergie est à la hausse, et celui du carburant aussi. Mais cette incohérence ne gêne pas le gouvernement, qui s’inquiète pour l’industrie plus que pour les Zakaria Boualem.
Ce qui lui semble incohérent, c’est que quels que soient la guerre en Irak ou les crashs suspects d’avions en Russie, il n’y a que des hausses de carburant, jamais de baisse.
Ce qui lui semble incohérent, c’est plein d’autres choses dont la liste remplirait des pages de TelQuel. Et qui va les remplir bientôt, d’ailleurs.

 
 
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