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Par Khalid Tritki
Politique. À quoi servent les chambres de commerce ?
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La pauvreté des chambres
nest un secret pour personne
(Photo DR)
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Initialement, elles avaient un rôle central dans le marché de l'économie locale. Mais après 48 ans d'indépendance, elles ne sont plus que l'ombre d'elles-même. On parle d'une réforme
D emandez à un commerçant lambda de vous expliquer à quoi sert une chambre de commerce. Il ne saura quoi dire. En revanche, il vous servira tout un discours sur leur fonctionnement obscur. Pour lui, et c'est un avis que partagent nombre de ses pairs, les chambres de commerce ne servent quà entretenir les intérêts de ceux qui y siègent. Et il est difficile de le convaincre du contraire. Doù vient cette image négative, comment sest-elle entretenue et que faire pour y remédier ? Les chambres de commerce ont été victimes de tout un système, à commencer par la loi et les hommes qui lappliquent.
Pour lhistoire, le protectorat français avait mis en place des |
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chambres dotées de pouvoirs étendus. Leurs empreintes sur la vie économique de leurs régions étaient palpables. Surtout à Casablanca, où la chambre était partie prenante dans la gestion du port et de la foire dexposition de la ville. Un schéma qui correspond davantage aux institutions commerciales et représentatives en Europe. À titre dexemple, à Barcelone, la chambre de commerce est dune puissance impressionnante. Elle est partout. Elle siège au comité de gestion du port, elle soccupe de la dynamique commerciale et touristique de la région catalane, elle constitue une force de lobbying
Bref, tout le contraire des chambres maigrichonnes qui meublent les villes marocaines. Les officiels reconnaissent cet effacement. Même sils ne le disent pas ouvertement, sans doute pour préserver les apparences, ils le renforcent cependant en soulignant lurgence dune réforme. Et qui dit réforme, dit des anomalies de stratégie et de fonctionnement. Quest-ce qui ne marche pas ?
Pratiquement tout. Depuis lindépendance, les autorités ont joué la carte de la négligence. Les chambres existaient pour elles-même. En 1973, la loi régissant les chambres a été promulguée. Elle renforce cet effacement en cantonnant les chambres dans un rôle consultatif. Plus encore, lÉtat a récupéré les services régionaux à grand rendement, comme les ports et les espaces dexposition, privant ainsi les chambres de revenus conséquents. En contrepartie, il lui a attribué une carotte fiscale, un petit pourcentage sur limpôt de la patente. De plus, les hommes qui présidaient au devenir des chambres se battaient pour une place au soleil (à la Chambre des conseillers depuis 1996), et surtout pas pour redorer limage de la chambre. Un système où largent coulait à flot. "Une place au Parlement ne veut rien dire, car dans un système truqué à lavance, le bureau qui gère la chambre devait une révérence sans réserve au wali de la région. En réalité, cétait lui le maître", nous explique un ancien président de chambre, sous couvert de lanonymat.
Une nouvelle génération a tenté dinverser la tendance, sans résultat. "Abdellatif Bel Madani voulait donner du poids à la Chambre du commerce, de l'industrie et des services de Casablanca (CCISC). Mais il ny est pas parvenu pour des raisons qui lui échappent", se rappelle un proche de lex-président de la CCISC. Interrogé à ce sujet, un ancien de la chambre souligne dores et déjà que Bel Madani avait pris la tête de la CICSC pour contrecarrer la confédération patronale. Dailleurs, il sest présenté aux élections de la chambre juste après son échec aux présidentielles de la CGEM. Un autre membre rejette cette thèse et soutient que lhomme avait une volonté réelle de changer les choses. Le fait est que Bel Madani avait milité pour que le guichet unique pour linvestissement soit rattaché à la chambre de commerce. Plus tard, le roi en a décidé autrement en créant des Centres régionaux dinvestissement rattachés aux walis. Lex-président a réussi quand même à ouvrir les portes des centres de comptabilité agréés en collaboration avec le ministère de lIndustrie et du Commerce. Hormis quelques parenthèses de ce genre, toutes les chambres se trouvent prises dans un cercle vicieux.
Politique quand tu nous tiens !
Notons dabord que les élections des chambres intéressent de près les partis politiques. En soi, cet intérêt est un point positif, car il développe lidée du programme électoral et linstallation dune majorité confortable pouvant mener son action avec discipline. Mais cela a eu un effet pervers. Les débats au sein des chambres se politisent au détriment des services de proximité économique. "La structure dualiste de la gestion de la chambre, laisse plus le champ libre au président élu pour vaquer à des activités 'mondaines' que pour mener une action de fond", explique un consultant de la place. En effet, les chambres sont gérées par des directeurs généraux (fonctionnaires de statut). Le président trace la stratégie et les objectifs à atteindre et le DG les réalise. Or, dans la réalité, la stratégie fait défaut, et quand elle existe, les moyens lui manquent. Pour donner un ordre de grandeur, le budget des chambres représente plus de 80 millions de dirhams. La Chambre de Casablanca en détient 6 millions. Les deux tiers de ce montant sont destinés à la masse salariale. Le reste se partage entre lentretien des bâtiments, frais de fonctionnement et linvestissement. Du coup, la chambre se trouve incapable de réaliser ses projets sans quémander auprès du ministère des Finances.
Lexemple de Casablanca est révélateur à ce sujet. La chambre prépare depuis plus de 3 ans un projet de centre de frêt multimodal. Il sagit dun espace qui permettra deffectuer des opérations en douane (stockage, documentation et certificat, gestion de conteneurs
). Le projet nécessite une enveloppe de 3 à 4 millions de dirhams. La chambre ne les a pas.
La pauvreté des chambres nest un secret pour personne. Le comble est que le budget de lÉtat ne peut se permettre des folies. La patente étant vouée à la disparition, dautres solutions de financement doivent être identifiées. Les chambres ont proposé quun pourcentage de limpôt sur les sociétés ou sur celui des revenus leur soit accordé. Cette option réglera le problème partiellement. Les chambres resteront toujours dépendantes du budget de lÉtat. Une situation qui ne garantit pas leur développement. Pour preuve, certaines chambres de commerce soutiennent quelles nont pas encore reçu la dotation budgétaire de 2004. Soit neuf mois de retard depuis ladoption de la loi des finances. "Nous avons la réputation dêtre de mauvais payeurs puisque nous faisons fonctionner la boîte avec des promesses de paiement qui mettent nos fournisseurs dans une situation de crise perpétuelle", note un trésorier dune chambre de commerce du sud du Maroc. Lindépendance financière semble la solution la plus plausible. Deux préalables simposent. Le premier a trait à la loi régissant les chambres. "Si je développe des services payants dont les recettes seraient versées au Trésor et quen retour je dois attendre une dotation standard, le jeu sera biaisé", explique un membre de la Chambre de Casablanca. En clair, la loi doit être assez souple pour permettre aux chambres de chercher dautres sources de financement. Le deuxième préalable a trait au contrôle financier. Les chambres exploitent les dépenses par régie. Une brèche légale qui permet de disposer de fonds (faibles montants de fonctionnement). Des abus notables sont enregistrés par le biais de ces régies. De fausses factures de restauration, de voyage
plombent le budget au profit de certains présidents peu scrupuleux. Sans parler de marchés fictifs. Un mécanisme de contrôle souple et efficace est donc nécessaire. Le ministère de lIndustrie et du Commerce prépare un projet de réforme assez étendu. Il reste à espérer quil ne sera pas une réforme de la réforme qui, à son tour, débouchera sur une autre réforme, soit un cycle sans fin qui narrange en rien la situation déjà précaire des chambres de commerce du royaume. |
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