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N° 141
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Les islamistes, notre avenir
(Le gouvernement manque d’homogénéité, d’efficacité, et de programme. Ils ont les trois.)

Le PJD estime que "la coalition gouvernementale manque d’homogénéité, d’efficacité, et d’unité de programme politique". Le PJD pense que "le paysage politique national souffre de faiblesse", et que "la carte politique du pays n’est pas assez claire pour dégager un gouvernement fort et preneur d’initiatives". Le PJD "s’interroge continuellement sur l’efficacité de la gestion gouvernementale, surtout que l’exécutif souffre d’une irrésolution structurelle". Et vous savez quoi ? Le PJD a raison.
Bien sûr, en déclarant tout cela la semaine dernière, les dirigeants du parti islamiste ne faisaient qu’ajuster leur positionnement dans l’opposition, et se poser en alternative. L’inquiétant, c’est qu’ils sont crédibles dans ce rôle. Leurs critiques envers le gouvernement sont justes : il manque d’homogénéité, d’efficacité, et de programme. Eux ont les trois. Aucun autre parti ne peut en dire autant. Le Makhzen aura forcément besoin, tôt ou tard, de changer ses alliances, parce que les structures partisanes actuelles ne peuvent continuer de pourrir indéfiniment. Un jour ou l’autre, les islamistes arriveront au pouvoir. C’est inévitable, il ne reste personne d’autre. Selon une rumeur qui circule, l’entrée du PJD au gouvernement serait pour bientôt. Elle est sans doute fausse. Ces gens sont bien trop intelligents pour entrer dans un gouvernement sans qu’ils y soient en position de force.
Mais un jour, On y arrivera. Ils seront au pouvoir. Se laisseront-ils corrompre, comme tous ceux qui les y ont précédés ? Peut-être bien que oui. Alors nous serons épargnés de l’application, sans doute scrupuleuse si elle avait eu lieu, de leur programme. Devrons-nous nous en féliciter pour autant ? La dernière force politique cohérente de ce pays aura disparu. Ce n’est pas une perspective réjouissante. Et s’ils ne se laissaient pas corrompre ? Et s’ils se mettaient en tête de travailler sérieusement, aussi sérieusement que tout au long du processus qui les a menés là ? Dans ce cas, un combat s’engagera. Ce sera leurs valeurs contre les nôtres, et nous devrons nous battre. Avec le régime que nous avons, qui ne peut se passer de ses réflexes sécuritaires, ça se fera très probablement dans le désordre, voire le chaos. En tout cas, pas dans la démocratie.
Nous avons donc le choix entre la stagnation dans notre bon vieux bourbier politique et l’évolution vers une situation de tension et d’instabilité, sous la menace idéologique des barbus. C’est peut-être ça, la vraie "transition démocratique" : avant de passer à autre chose, expier, d’abord, 38 ans d’autocratie. Espérons juste que notre vie y suffira.

 
 
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