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N° 141
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Laetitia Grotti

Russie. Carnage à Beslan

(Photo AFP)
Après les drames du sous-marin Koursk et du théâtre Doubrovka à Moscou, le drame de Beslan démontre que les méthodes du Kremlin n’ont pas changé. Un seul mot d’ordre : silence et désinformation.


L’épouvante et la stupéfaction provoquées par l’ampleur du carnage de Beslan - plus d’un millier de morts et de blessés - n’ont rien changé aux habitudes du pouvoir russe. Plus d’une semaine après le dénouement du drame, aucune explication officielle circonstanciée n'est parvenue. Samedi dernier, Vladimir
Poutine ne s’y est pas attardé. Aucun ministre, aucun responsable des forces de sécurité impliquées, aucun enquêteur du parquet général de Russie n’a donné une version détaillée des événements. Cette prise d’otages, la plus meurtrière jamais survenue et que Poutine semble assimiler à une sorte de 11 septembre de la Russie, demeure ainsi un incompréhensible mystère pour une opinion russe traumatisée. Les divers bilans officiels sont démentis par les témoignages sur le terrain qui font état de 500, peut-être 600 morts. Ainsi, le chiffre officiel du nombre d’otages - 354 personnes - donné jeudi par les autorités, n’a été que le plus visible d’une longue série de mensonges. Idem quant à la composition du commando terroriste. Un silence de plomb avait été imposé sur le détail de leurs revendications, dont on ne sait que par les témoignages des ex-otages qu’ils demandaient la libération de prisonniers et le retrait des forces russes de Tchétchénie. Enfin et surtout, aucune explication plausible sur les conditions de l’assaut des forces russes, leur coordination, les plans d’intervention, l'arrivée des secours.

"honte nationale"
Comme lors de la tragédie du sous-marin Koursk et de la prise d’otages du théâtre de Doubrovka à Moscou, silence et désinformation dominent. D’ordinaire peu critique, le quotidien Izvestia a qualifié de "honte nationale" la couverture télévisée du drame. Ce qui vaudra à son rédacteur en chef d’être débarqué par la société éditrice du journal, proche du pouvoir. Enfin, Moscou rabrouait la présidence néerlandaise de l’Union européenne, qui envisageait seulement de "demander des explications". Le moins que l’on puisse dire c’est que ni la France, ni l’Allemagne, ni la Grande-Bretagne et ni l’Italie n’ont eu de telles interrogations. Dans un communiqué, le ministère français des Affaires étrangères déclare que "la France se tient aux côtés du peuple russe dans cette douloureuse épreuve et appelle à la mobilisation de tous dans la lutte contre le terrorisme".
Sans minimiser la barbarie des terroristes de Beslan, des questions s’imposent. Pourquoi les capitales occidentales soutiennent-elles avec tant d’ardeur Vladimir Poutine ? Pourquoi de simples questions sur la politique russe dans le Caucase sont-elles écartées au profit d’une solidarité muette ? Pourquoi le ministre des Affaires étrangères néerlandais qui avait déclaré à propos de l’assaut et de ses morts : "Nous aimerions apprendre des autorités russes comment cette tragédie a pu arriver", a-t-il dû battre en retraite sous la pression de Moscou puis celle de ses collègues de l’UE et s’excuser sur le thème du "malentendu" ?


Par Ariane Mélazzini

Irak. Le chaos annoncé

Toujours plus de drames et toujours pas de paix, l’Irak est littéralement à feu et à sang. Alors que la France croyait avoir marqué des points contre des preneurs d’otages au profil encore flou, l’Italie doit faire face à la même crise avec l’enlèvement de deux Italiennes membres de l’ONG "Un pont pour Bagdad", ainsi que d'une Irakienne et d'un Irakien. Autrement dit, le statu quo est toujours aussi insoutenable des deux côtés, personne ne sachant de quoi sont vraiment capables les ravisseurs. La tension redouble et les responsables d’ONG ont d’ores et déjà annoncé leur départ, devant une conjoncture si dramatique, qui voient les leurs, venus à la rescousse, pris pour cible. Plus que jamais, l’Europe sollicite la haute diplomatie du monde arabe pour des appuis forts et indispensables. En Irak aussi, les communautés explosent et les plus radicaux eux-mêmes montent au créneau : "Des combattants arabes ont semé la zizanie entre les moudjahidins irakiens. Ce sont eux qui encouragent notamment les Irakiens à kidnapper les étrangers. L’enlèvement des deux Français n’est pas notre jihad !". La crainte d’une guerre civile n’est plus une vague rumeur, pendant que jeudi, des raids américains faisaient 40 morts dans deux villes du nord du pays.


Indonésie. La cible australienne

Pays allié de la coalition en Irak, l’Australie a dû faire face à son deuxième avertissement depuis les sanglants attentats de Bali en octobre 2002 (202 morts). L’explosion d’une bombe de forte puissance ce jeudi 9 septembre devant l’ambassade d’Australie à Djakarta en Indonésie, faisant au moins neuf morts et plus de 180 blessés, intervient à 10 jours du 2ème tour de l’élection présidentielle dans le pays, et à 2 jours de l’anniversaire des attentats du 11 septembre. La sœur jumelle d’Al Qaïda en Asie du Sud-Est, la Jemaah Islamiyah, déjà commanditaire du carnage de Bali, reste la piste principale.


Liban. Lahoud, un président libano-syrien

La démission du gouvernement annoncée ce jeudi par le Premier ministre libanais, Rafic Hariri, est tout sauf une surprise. La crise politique du pays s’est accentuée depuis le vote d’un amendement vendredi dernier, prolongeant de 3 ans le mandat de l’actuel président Émile Lahoud, précieux allié de la Syrie, que cette dernière ne souhaite absolument pas voir remplacé à ce poste. L’ingérence de Damas dans les affaires beyrouthines n’est un secret pour personne, pas même pour le Conseil de sécurité de l’ONU qui a récemment demandé via une résolution à la Syrie de ne pas s’immiscer dans l’élection présidentielle libanaise.

 
 
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