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Par Karim Boukhari
Le roi a dit...
Le Maroc attend toujours une loi sur les partis. Mohammed VI la annoncée, ses conseillers y travaillent encore. Pendant ce temps-là, les partis et les députés attendent.
Les 325 représentants du peuple (moins les absentéistes chroniques) se tiennent prêts. La rentrée parlementaire, en octobre prochain, sera largement dédiée au projet de loi sur les partis. "Rien nest officiel, nous lâche cet élu de droite, mais la question a déjà fait lobjet de plusieurs questions orales formulées tout au long de lannée. Tous les groupes |
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parlementaires étaient impliqués. On sentait la température monter. Et puis il y a eu le discours du roi
". Le même refrain revient chez les leaders des partis politiques, les députés, et jusquau porte-parole du gouvernement : "Inutile de surenchérir sur les projets existants, prévient Nabil Benabdellah. La loi sur les partis nexiste pas encore, mais elle verra prochainement le jour et sera discutée à la session doctobre du Parlement. Ses contours, ses orientations et sa philosophie tireront leur substance du dernier discours du trône. Cest tout ce quil y a à dire sur la question". On sen remet alors à lintervention royale du 30 juillet. Laquelle, grosso modo, mettait laccent sur "des partis forts, différenciés, loin de la balkanisation de la carte politique actuelle, avec une majorité homogène et une opposition constructive". Le roi avançait, surtout, deux points essentiels, qui nont pas échappé à la vigilance des partis politiques : faire des élections 2007 "un vrai tournant", et se doter d"élites en phase avec leur époque, qui ne se définissent pas selon des idéologies de gauche ou de droite, mais plutôt en termes de bonne gouvernance de la chose publique".
Le roi a donc jeté le pavé dans la mare, aux autres à présent de se débrouiller, tant pour décrypter les commandements royaux que pour anticiper sur les contours de la loi en gestation ! Ce qui est sûr, et contrairement à ce qui a été avancé ici et là, cest qu'aucun parti na été consulté. "Avant de devenir effective, explique cet élu de la GSU, la loi doit transiter par le conseil du gouvernement, celui des ministres, avant dêtre débattue au Parlement. Cela lui fait du chemin à parcourir. Partant, je vois mal comment la loi sur les partis verrait le jour dans les prochaines semaines, comme cela semble espéré". Ismaïl Alaoui, le S.G du PPS, ne dit pas autre chose : "Une loi sur les partis doit faire nécessairement lobjet dun débat national. Ce débat na pas été lancé, les partis ne sont au courant de rien. Et puis, est-il besoin de créer une loi pour assainir le champ politique, quand on sait que la décantation élimine les partis créés de nulle part et amène logiquement au regroupement ?". À lautre bout de léchiquier politique, Saâd-Eddine El Othmani, au nom du PJD, juge que "le fait que les partis naient pas encore été consultés veut dire que le projet ne diffèrera pas beaucoup de la mouture présentée en 2001 (lire encadré), laquelle était globalement acceptable à quelques détails près. Comme tout le monde, le PJD prend acte du discours royal et attend".
Pour tromper leur attente, et tandis que le projet final doit vraisemblablement sommeiller dans un bureau du ministère de lIntérieur, les partis font leurs calculs. Ceux qui ont décrypté le discours du trône comme étant une invitation à former des élites sans idéologie définie, faite de technocrates en puissance, recrutent à tour de bras, avec la promesse doffrir, demain, un portefeuille ministériel ou un autre poste de responsabilité aux nouveaux venus. Cest le cas, notamment, de certains partis de droite. Les autres réévaluent, déjà, leurs positions par rapports aux points sensibles soulevés dans lancien projet de loi. Passe encore pour les quotas, le mode de financement, etc. Le vrai point à (re)discuter reste la participation à toutes les consultations électorales : sera-t-elle la condition sine qua non à "lautorisation dexercer" pour les partis politiques, anciens et nouveaux ? Réponse de Abdellah El Harif, S.G. dEnnahj Addimocrati, lun des représentants du front des non participationnistes : "On na pas de position de principe sur ce point, les élections nétant prévues quen 2007. Mais il est clair que le boycott des élections reste un droit inaliénable pour un parti légalement constitué". Ceux qui planchent actuellement sur le mystérieux projet de loi lentendront-ils de cette oreille ? |
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Loi sur les partis. Histoire dun projet mort-né
C'est en 2000, sous le règne de lalternance, que lidée délaborer une nouvelle loi sur les partis a vu le jour. À la base, comme nous lexplique cette source officielle, "il y avait le souci de reconsidérer le dahir sur les libertés publiques à laune de la réglementation des associations". Trois départements étaient sollicités, chacun de son côté : la Primature, lIntérieur et le défunt ministère des Droits de lhomme. Six personnes furent |
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| mobilisées pour élaborer le texte, dont Abderrahmane Nouidi et Mohamed Bensaïd, conseillers de Youssoufi, alors Premier ministre, Mohiedine Mzazi et Mohamed Ouzgane du ministère de lIntérieur. Curieusement, cest le ministère des Droits de lhomme qui propose la première mouture, que lun des acteurs du projet nous a décrit comme étant "un copié-collé de la loi sur les partis
au Cambodge, amendée de quelques spécificités marocaines". En fait, la mouture en question était passée entre-temps par la moulinette de lIntérieur qui y a greffé une clause très particulière : conditionner lautorisation dun parti à sa participation aux consultations électorales et imposer des quotas pour les moins ambitieux. Les partis existants étaient tenus de participer aux élections, douvrir leur comptabilité au contrôle et de tenir leur congrès dans un délai maximal de quatre ans. Les nouveaux devaient, en outre, réunir un minimum de 1000 membres fondateurs et de 3000 congressistes accourus de tout le territoire. Une polémique était née sur la base de ces propositions et le projet a finalement été enterré, au profit de la préparation des élections 2002. "À la base, se rappelle lun des élaborateurs du texte, le projet, après les retouches greffées par lIntérieur, avait déçu même le Premier ministre Youssoufi. Sous le couvert de réduire la balkanisation du champ politique et dassainir les finances des partis, on était en train de domestiquer les partis existants et dannuler un droit fondamental : la liberté dassociation (politique)". Youssoufi "oublia"de bon cur le projet et perdit son fauteuil de Premier ministre, au profit de Driss Jettou, jusqualors ministre de lIntérieur. Et tout le monde vécut heureux jusquau 16 mai 2003, où le Maroc se réveilla à la nécessité dassainir, pour de bon, le champ politique... |
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