Enquête. Maroc/Polisario : Les négociations secrètes
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Abdelaziz, Basri et Hassan II
(AFP et DR)
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Depuis le début du conflit, les négociations secrètes nont pratiquement jamais cessé. TelQuel vous en livre les détails, les mécanismes et les résultats. Exclusif, de bout en bout. Par Karim Boukhari, avec Driss ksikes
On parle beaucoup de Sahara, ces temps-ci. Dabord lAfrique du Sud qui, sans crier gare, établit des relations diplomatiques avec la "république sahraouie", occasionnant le rappel de lambassadeur marocain à Pretoria (lire en page 8). Ensuite le nouveau représentant de Kofi Annan, Alvaro De Soto qui lance, |
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à Alger ( !) que la solution ne peut être fondée que sur "le droit à lautodétermination du peuple sahraoui". Enfin, lattitude crispée dAlger, qui refuse dabandonner le visa et de rouvrir les frontières avec le Maroc, tout en réaffirmant pompeusement à lONU que le conflit du Sahara est une "affaire de décolonisation"
Dans tout cela, il ny a que le brave Miguel Angel Moratinos, ministre espagnol des Affaires étrangères, pour remonter un peu le moral des Marocains en déclarant que le référendum est une "référence", mais nest pas "sacro-saint"
Mardi 21 septembre prochain, le roi Mohammed VI va présenter, selon diverses sources, une nouvelle solution au problème du Sahara. Elle risque dêtre, sinon définitive, du moins spectaculaire. Espérons-le, en tout cas, puisque le roi compte la présenter à lONU même, à New York. Il serait fâcheux daller jusque là pour ne rien dire de nouveau
Et si la solution nétait pas au-devant du rideau, mais bel et bien derrière ? Plus clairement : et si ni lAfrique du Sud, ni Alvaro De Soto, Ni Miguel Angel Moratinos, ni même Abdelaziz Bouteflika nétaient les vrais interlocuteurs ? Et si on leur parlait directement, à ces gens du Polisario ? Ce ne serait pas une première. Depuis le début du conflit, les négociations secrètes nont pratiquement jamais cessé. Si aucune na abouti à une solution définitive, toutes ont accouché de petites victoires et de petites défaites, pour les deux camps, que le public ne connaît pas comme telles. Voire ne connaît pas du tout. Remontons lhistoire
1972-1975. Ils veulent du Maroc, mais le Maroc ne veut pas deux
Dans le Maroc crispé du début des années 70, les étudiants sahraouis ne passent pas inaperçus. La plupart sont des fils de notables, pris en charge par des allocations de lancienne armée de libération du sud. A Rabat où ils fréquentent pour lessentiel la faculté de lettres, leur statut particulier leur permet de mener un train de vie confortable. Pour le reste, ils sont bien dans lair du temps : bons vivants, frondeurs et largement marqués par le courant marxiste. Tout serait pour le mieux sil ny avait un problème récurrent : à chaque congé universitaire, les étudiants souffrent le martyre pour rejoindre leurs familles restées au Sahara, alors sous occupation espagnole. "Nous nen pouvons plus des tracasseries administratives imposées par les Espagnols, il est temps de libérer le Sahara", lancent-ils alors, à peine sérieux, à leurs amis étudiants, notamment dans les rangs de lUNEM, syndicat très proche de lUNFP et de lancien parti communiste. Cest parti de là. La revendication grossit, se propage et gagne rapidement jusquaux cercles politiques. Nous sommes en 1972. El Ouali Mustapha Sayed, surnommé le Che (barbiche, idées révolutionnaires, études de médecine), et ses amis ne sont plus ces étudiants "bleus" venus du désert mais des "militants" qui sactivent, fondent des associations et ruent dans les brancards. Les discussions animées du "Chateaubriand", le célèbre bar-restaurant célèbre de Rabat où ils avaient leurs habitudes, gagnent la cité universitaire et les partis dopposition. Les hommes bleus refusent dintégrer les partis existants, de peur de devenir une minorité noyée dans la masse. Ils constituent une délégation et vont taper à la porte de lIstiqlal et de lUNFP. Prudents, les Allal El Fassi, Mhamed Douiri, Abderrahim Bouabid ou Omar Benjelloun, qui les reçoivent, leur renvoient à peu près le même écho : "La priorité du moment est à la récupération de Sebta et Melilia". Les jeunes Sahraouis refusent le différé quon leur propose et tentent le coup, une dernière fois, avec un membre éminent de lentourage royal : Ahmed Balafrej. Hassan II est, à lépoque, encore sous le choc de Skhirat. La réponse quil transmet aux jeunes Sahraouis, via Balafrej, ne diffère guère de celle des partis : "Revenez plus tard". Pour El Ouali et ses amis, le divorce avec la monarchie, et les partis politiques, est alors consommé. Mais le pire est encore à venir. Toujours en 72, les vacances de fin dannée sont marquées par des troubles à luniversité : à lUNEM, la question du Sahara revient comme un leitmotiv. Dans les interventions les plus enflammées, la libération du territoire est placée sur le même pied dégalité que la faillite du système Hassan II. Le principe de lautodétermination bourgeonne déjà. Cela tourne mal, la police intervient et procède à des arrestations. Le point de non-retour est atteint. El Ouali et ses amis, entre-temps retournés au Sahara, décident de couper, définitivement, les ponts avec le royaume, abandonnant jusquà leurs études (on est en plein milieu de lannée universitaire). Le long ballet de la diplomatie clandestine, parallèle, empruntant tant aux canaux politiques quéconomiques, voire policiers, peut commencer.
Paris, 1973. Parmi les opposants en exil dans la capitale française, figure un certain Mohamed Bensaïd Aït Idder, alors en rupture de ban avec lUNFP. Bensaïd a été lun des principaux artisans de larmée de libération, il connaît lhistoire politique du Sahara par cur. Le futur fondateur de lOADP reçoit, un jour, la visite de Mohamed Bahi, lui aussi en froid avec lUNFP. Dorigine mauritanienne, Bahi connaît le Sahara et ses hommes sur le bout des doigts. Il profite du passage dEl Ouali par Paris pour organiser une rencontre clandestine avec Bensaïd et ses amis. Octobre 1973, Bensaïd, Bahi, El Ouali et quelques autres se posent autour de la même table. Lun des participants à cette dernière tentative de circonscrire le mal se souvient : "El Ouali a eu cette phrase que lon noubliera jamais : Le Sahara est une appendicite non traitée qui menace dexploser. Il voulait dire que le problème, à la base, aurait pu être résolu dans un cadre marocain
". El Ouali croit encore que le Polisario, qui na alors que cinq mois dexistence et ressemble à une coquille vide, pourrait devenir une plate-forme pour un "occident arabe" ralliant lavant-garde révolutionnaire des cinq pays du maghreb. Utopie. Un moment lâché par tous, le Che du désert, en quête de couverture, se tourne vers le réseau algéro-libyen, lequel fait appel
à son réseau dopposants marocains en exil ! Cest en effet grâce, entre autres, aux médiations dun Fqih Basri, voire un Brahim Ouchelh, quEl Ouali se "connecte" à Alger et à Tripoli qui mettent, toutefois, du temps avant de comprendre laubaine que lui et le tout nouveau Polisario représentent. Notons que durant toute cette période trouble, qui sétend jusquà la Marche verte, le Maroc officiel reporte tous ses espoirs sur la Cour internationale de justice (1974), et ensuite la guerre, pour régler le sort du Sahara.
1976-1984. Le Maroc occupe le territoire
et laisse fuir ses habitants
La mort dEl Ouali, dès 1976, et son remplacement par un Abdelaziz sous influence algérienne réduit le problème à une confrontation directe Hassan II Boumedienne. Aucune négociation directe nest possible, même si une rencontre au sommet entre les deux hommes, via les bons offices de Mokhtar Ould Daddah, est annoncée dans les coulisses en 1978. Le temps est à la guerre, et chacun fortifie les parcelles de terrain gagnées. Hassan II sappuie sur Ahmed Dlimi pour gagner la bataille militaire, et sur Driss Basri pour décupler le peuplement et le "développement" de la région. Curieusement, cette période, durant laquelle les services de sécurité marocains envahissent littéralement les territoires récupérés, connaît une fuite sans précédent de milliers de personnes vers les camps de Tindouf. Une véritable saignée que les services marocains (DST, DGED, 2ème bureau militaire, agents de la DAG, etc.), les mines et les radars qui pullulent dans la région nont curieusement pas signalé. Dautant plus étonnant que toutes les fuites organisées nétaient pas uniquement destinées à infiltrer le camp adverse... En fait la guerre et, secondairement, lacheminement des aides humanitaires, créent des "zones de contact" multiples (Paris, Madrid, Las Palmas, Nouakchott, voire Nouadhibou ou Zouerate). Daprès des sources fiables, certaines fuites organisées vers Tindouf sont négociées à hauteur de 10.000 dollars par tête. En 1982, le Maroc ouvre enfin la porte aux négociations directes et Driss Basri rencontre déjà une délégation du Polisario à Lisbonne. L"accident", une année plus tard de Dlimi, confirme linflexion de la stratégie marocaine, de plus en plus tournée vers le dialogue. La même année, Basri, flanqué de Guédira et Boucetta, rencontre de nouveau les polisariens, cette fois à Alger. Hassan II espère encore régler le problème dans sa globalité, sappuyant entre autres sur la "bonne volonté" du nouveau président algérien Chadli Benjedid. Léchec de cette diplomatie secrète ouvrira plus tard la porte à la politique des rapatriements.
1985-1991. La pêche aux ralliements ramène de gros poissons
Le Maroc perd officiellement des plumes depuis que sa diplomatie, déjà poussive, a claqué la porte de lOUA. Il gagne pourtant des points sur les champs de bataille. Suffisamment, en tous cas, pour ébranler le rêve de certains dirigeants polisariens. Cest le moment ou jamais de lancer la grande offensive des ralliements. Une première brèche souvre en direction de la Libye. Dans la foulée de la surprenante union scellée en 1984 entre Hassan II et Kadhafi, le Maroc approche un certain Majd Dribika, richissime expatrié libyen en relation avec les renseignements de son pays. Les canaux établis résistent à la rupture prévisible de lunion Hassan II Kadhafi et, en 1987, le Maroc est tout près dattraper, enfin, un gros poisson polisarien : Bachir Mustapha Sayed, frère dEl Ouali et lune des éminences du Polisario
ou Omar Hadrami, ancien responsable de la sécurité militaire qui représente désormais le front auprès de lONU, à New York. Ça sera finalement Hadrami, la tête diplomatique du Polisario. Le terrain des négociations est bien entendu New York où officie, déjà, le représentant personnel de Hassan II, Abdeslam Jaïdi. Le long travail dapproche conduit par Jaïdi naboutira, au bout du compte, quen 1989. Même si la côte de Hadrami est à la baisse, le Maroc senorgueillit de la "prise" et brandit le trophée aux yeux de lONU pour peser davantage sur les négociations de paix, alors en cours. Le symbole est fort. Le Polisario accuse le coup et ne lâche le reste de la famille Hadrami que bien des années plus tard, moyennant, nous expliquent nos sources, une grosse compensation financière... La porte est grande ouverte aux rapatriements, qui affluent en masse. La perspective du cessez-le-feu sous la bannière onusienne renforce la tendance. Le phénomène atteint de telles proportions que la direction du Polisario interdit, désormais, aux responsables de voyager en famille.
Lembellie enregistrée durant toute cette période a ravivé, aussi, les vieux circuits politiques entre le Maroc et le Polisario, longtemps condamnés à la clandestinité absolue. En 1985, par exemple, nous explique ce cadre de lUSFP, "jai été mandaté pour rencontrer, à Tindouf, Mohamed Abdelaziz et Brahim Hakim. A mon retour à Rabat, jen ai fait part à Abderrahim Bouabid. Il a consulté en haut lieu, avant de revenir pour me demander de tout arrêter
".
1992-2001. Les partis marocains réussissent là où lEtat échoue
Le cessez-le-feu entériné en 1991 ouvre le bal de la diplomatie officielle. LONU orchestre la danse à partir de New York. Le Maroc décide, alors, de couper une nouvelle tête du Polisario : Brahim Hakim, ancien ambassadeur à Alger. Hakim, longtemps dans le viseur marocain, tombe effectivement et rallie le royaume en 1993. Son ralliement ouvre la voie à dautres. Le Maroc profite ainsi, initialement, de la courte brèche symbolisée par larrivée au pouvoir de Mohamed Boudiaf en Algérie. Mais aussi du retour en grâce progressif des exilés et des détenus politiques marocains, dont la plupart ont conservé de bons canaux avec les "anciens étudiants de la faculté des lettres de Rabat". Comme en 1973, dans le modeste appartement parisien de Mohamed Bensaïd, Mohamed Bahi est de nouveau aux premières loges. Comme lUSFP en général. Les réseaux sont dautant plus rodés que, sur le terrain, la politique du tout sécuritaire a (à côté de ses nombreuses maladresses) au moins tissé une toile daraignée au niveau de la plaque tournante mauritanienne et jusquau abords des camps de Tindouf.
Parallèlement à ce ballet secret, la perspective dune solution définitive sous la conduite de lONU continue de sapprocher. Les négociations directes se révèlent peu à peu au grand jour. Mais larme est à double tranchant. En 2000, la rencontre entre le Maroc et le Polisario à Berlin se solde par un drôle de camouflet. Comme dhabitude, la délégation marocaine a emporté dans ses bagages les plus illustres des ralliés. En face, le Polisario joue la carte Bachir Mustapha Sayed, officiellement pour la première fois en négociation avec le Maroc. "Le Front, se souvient cette source proche du dossier, a proposé des négociations directes et sans intermédiaire, fut-il onusien, ce que le Maroc a accepté. Les représentants du Polisario ont exigé, en contrepartie, que le royaume communique officiellement sur la rencontre, ce qui fut fait. Mais, à lheure de négocier véritablement, Bachir Mustapha Sayed séclipsa et le Polisario en vint à refuser de dialoguer avec le Maroc". Un énième coup dépée dans leau. Sauf que le Maroc, via son communiqué, reconnaissait implicitement au Polisario son statut dinterlocuteur direct. Une fâcheuse première. De retour au Maroc, le ministre de lIntérieur Ahmed Midaoui convoque en urgence les médias et improvise un briefing resté fameux. Visiblement remonté après le revers de Berlin, Midaoui explique les nouvelles orientations du royaume dans la gestion du dossier Sahara. Les questions et les interrogations fusent de partout. Et le ministre de sénerver, définitivement, avec le "Nkhli dar bouk laou kounti ouldi" (je te casserais ta gueule, si tu étais mon fils) brandi à la face dun journaliste
Ce quon navait pas, non plus, dit à lépoque, cest que la rencontre de Berlin avait été précédée, trois années auparavant, dun autre rendez-vous maroco-polisarien, toujours sous les auspices de lONU, à Laâyoune même. Driss Basri était de la partie, Bachir Mustapha Sayed aussi. La rencontre navait rien donné, mais au moins, personne nen avait jamais rien su
2002-2004. Refus de dialoguer en surface, échanges soutenus en secret
Le nouveau règne déploie réellement sa nouvelle politique du Sahara. Aucune négociation directe nest envisagée depuis léchec de Berlin en 2000. Curieusement, et même si les ponts sont officiellement coupés avec le Polisario, le Maroc optant pour "une solution négociée avec Alger", cette période est de loin la plus fertile en contacts directs avec les émissaires de Tindouf. Des politiciens de gauche, membres éminents de la société civile, et même des familiers du roi, rencontrent régulièrement des pontes du Polisario (ça continue en ce moment, on comprendra quils aient requis lanonymat). Fouad Ali El Himma multiplie les voyages et crée une cellule Sahara à laquelle il adjoindra des intellectuels aux origines non sahraouies. Une première. Un collectif Sahara-Maghreb est mis en place pour réfléchir à lavenir de la région dans le cadre du grand Maghreb. Une ouverture est ainsi aménagée dans la perspective dune autonomie pour le territoire disputé. En parallèle, et dans une discrétion absolue, les partis politiques, notamment de gauche, sont invités à mieux encadrer la population du Sud et à multiplier les échanges de vue avec des représentants de Tindouf
Mais la leçon de Berlin a été retenue. Fermeté tous azimuts, du moins à la surface. Aucun contact nest enregistré officiellement. Et quand en 2003, par exemple, le parti socialiste suédois sollicite lUSFP pour un débat public avec une délégation du Polisario, Abderrahmane Youssoufi, dont çaurait été le dernier coup déclat avant sa démission du parti
essuie un niet sec du Palais.
Le ralliement le plus spectaculaire de cette période reste celui de Lahbib Ayoub, chef de guerre emblématique du Polisario, en 2002. Ayoub, et ce nest sans doute pas un hasard, a été directement dépêché au Sud. Son profil singulier (un homme de terrain, qui na jamais usé les bancs dune faculté) et lextrême opacité qui a enveloppé la préparation, sur de longues années, de son retour, laissent penser que les bonnes vieilles méthodes de la diplomatie secrète ont de beaux jours devant elles. Serait-ce là la clé dun conflit qui a consommé tant de secrétaires généraux de lONU, de plans de paix et de rencontres au sommet ? |
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Extrait. Bachir Mustapha Sayed Al jazeera, 20 aôut 2004
Basri, simple intermédiaire
La première rencontre avec Driss Basri a lieu en 1982 à Lisbonne. Il ne sagissait pas de négocier avec lui mais quil nous ouvre la porte du Palais et nous facilite la rencontre avec le roi
Il a essayé de savoir ce que nous avions en tête. Il voulait assurer ses arrières, savoir de quoi il en retournait. Mais jai décidé de ne pas négocier avec lui, tout en gagnant sa confiance
La première rencontre avec le roi Hassan II sest déroulée après celle qui la opposée à Chadli Benjdid au poste frontières en 1983. Il nous avait mis au courant que le sommet se tenait à la demande de lArabie saoudite. Nous lappréhendions terriblement parce que les Saoudiens étaient au sommet de leur puissance et nous avions eu vent quun plan quasiment ficelé allait compenser le Maroc et lAlgérie pour leurs pertes respectives, afin darriver à un accord bilatéral au détriment des Sahraouis...
Le fin, la brute et lintransigeant
Une rencontre sest tenue à Alger en 1983 avec Réda Guédira, le conseiller et ami personnel du roi, homme dexpérience en matière de négociations. Driss Basri, qui connaît toutes les tribus sahraouies et la politique sécuritaire liée au Sahara, ainsi que Mhamed Boucetta, qui a une grande expérience mais aussi un esprit très partisan
Les trois se sont quasiment partagés les rôles. Guédira est lhomme modéré, fin politicien, capable davoir une idée intelligente et acceptable, et surtout de se mettre à la place de lautre, dapprécier sa sensibilité et danticiper sa manière de penser. Basri a plutôt eu un rôle de sécuritaire, provocateur et connaisseur de dossiers. Quant à Boucetta, il cédait parfois à la position de lIstiqlal, plutôt extrême et expansionniste, qui a dailleurs impliqué le Maroc dans des conquêtes et des guerres.
Hassan II lassé de la confrontation
(Lorsque jai rencontré Hassan II dans son palais en 1989), il a dit : "Cela fait vingt ans quon est en guerre mais on na pas pris le temps de nous connaître mutuellement. La conclusion à laquelle je suis parvenu est que nous avons occupé et maîtrisé le territoire mais le cur des gens, des Sahraouis, nous ne lavons ni gagné ni conquis
Nous ne sommes pas venus pour gagner une terre et perdre le cur des gens
Et puis, je ne voudrais quand même pas laisser à mon successeur cette effusion de sang à gérer
il faudrait absolument quon réfléchisse à un moyen pour mettre fin à cette guerre et entamer une nouvelle phase". Cétait à quelques choses près son introduction
il était surtout intéressé par le cessez-le-feu et a évité implicitement dévoquer un agenda précis ou des dates concrètes.
Benjdid, le pro-marocain
Pour rencontrer Hassan II, nous avons été dans un avion algérien, sur insistance dAlger. Le Maroc aurait voulu quon vienne via Paris ou dans des jets privés. Les Algériens avaient besoin de savoir ce qui sest passé à notre retour. Nous avons été reçus par le général Larbi Belkheïr, et autres hauts responsables en relation avec le sujet. Ils nous ont demandé de tout leur raconter, tous les détails. Nous avons fait le récit mais à notre manière. Nous avions peur, durant cette ère Benjdid, que les Algériens montent dans le train marocain
après avoir entendu ce qui sest passé et notre prédisposition à cesser le feu et entamer le dialogue, ils ont entrepris le premier pas en vue de la création de lUMA. Chadli, au lieu de rencontrer Hassan II sur les frontières, est allé à Marrakech.
Le prince réprimande le vizir
(Lorsque le prince héritier nous reçoit en 1989), Basri a eu des mots durs à légard de notre délégation et à mon égard en particulier. Je lui ai dit que sil avait été notre invité, notre éducation ne nous aurait pas permis de nous abaisser à ce niveau. Le prince a compris et lui a demandé sèchement de connaître ses limites. Il lui a retiré la parole et Basri na plus dit un mot, depuis. Nous ne sommes pas parvenus à un accord avec les responsables marocains mais à des idées embryonnaires. La première est celle du fédéralisme avec un Etat Sahraoui autonome lié plus au Palais quau Maroc. Autre proposition, le Sahara quoique indépendant serait sous influence marocaine expresse, à travers la présence des forces militaires et lexploitation des ressources énergétiques. Les négociations entre 1989 et 1991 ont échoué mais la guerre na pas repris, grâce aux forces étrangères et à certains Algériens. Khalid Nezzar faisait partie de ceux qui cherchaient une issue. Il a chassé les dirigeants du Polisario de son bureau.
Les médiateurs de Mohammed VI
Durant ma dernière rencontre avec les conseillers principaux du roi Mohammed VI, jai eu la même impression que celle dautrefois avec Réda Guedira. Il y a donc des personnalités dans lentourage du Palais sans doute capables de servir ce dialogue et de jeter les ponts entre les deux parties pour mettre fin à la rupture actuelle, et ce en permettant la réédition de la rencontre avec Hassan II, avec le roi actuel. Cela peut créer une réelle dynamique pour un débat sérieux et des négociations que lon espère fructueuses. Je voudrais prévenir contre la priori que lon peut avoir, comme quoi les Sahraouis ne peuvent plus du tout revenir au combat et quils nont dautre choix que de traverser toute la distance qui les sépare du Maroc ou rester dans un no mans land. Cest un point de départ négatif qui ne mènerait nulle part. |
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Bachir Mustapha Sayed A lombre dAbdelaziz
Bachir Mustapha Sayed est le frère cadet dEl Ouali, le fondateur du Polisario. A la mort de ce dernier, en 1976, il est dailleurs pressenti pour présider aux destinées du front. Mais, à la surprise générale, Alger choisit dintroniser le "cubain" Mohamed Abdelaziz. Celui que beaucoup considèrent comme un numéro 1 bis du Polisario, dont le pragmatisme et la malice contrastaient avec la fougue dEl Ouali, a failli être rallié au royaume, à la fin des années 80, dans un épisode resté secret. Le ratage du cas Bachir Mustapha Sayed a été à lépoque "compensé" par le ralliement de Omar Hadrami. Depuis, lancien étudiant de la faculté de lettres de Rabat a toujours été aux premières loges dans les contacts, officiels ou clandestins, entre le Maroc et le Polisario. A Berlin, en 2001, sa présence a changé la donne et joué un mauvais tour à la délégation marocaine conduite par Ahmed Midaoui, ministre de lIntérieur. Ceux qui lont côtoyé le décrivent, aujourdhui, comme un homme "entre deux feux, trop engagé avec le Polisario pour le quitter, trop aigri davoir trop longtemps tendu la main vers le Maroc sans résultat, mais suffisamment pragmatique pour garder la porte ouverte à une solution négociée (avec le Maroc)". |
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Ralliements. Comment ça marche
La politique des ralliements, sortie au grand jour avec le rapatriement en 1989 de Omar Hadrami, obéit à un procédé bien huilé : létablissement de fiches de renseignements sur les personnalités ciblées, le choix du bon interlocuteur marocain et de la zone de contact (lEurope, généralement) et la négociation proprement dite. Pour les personnalités de marque, les travaux dapproche sétalent sur deux à trois années durant lesquelles, situation classique, des "preuves et garanties" sont demandées au futur rallié. Au-delà des fonctions honorifiques accordées aux plus prestigieux dentre eux (gouverneur pour Omar Hadrami ou Khalil Dkhil, ambassadeur itinérant pour Brahim Hakim), les ralliés sont venus, notamment sous la nouvelle ère, gonfler les représentations diplomatiques du royaume, notamment à Paris, Madrid ou Londres. Dautres se voient confier des missions "locales" comme Lahbib Ayoub, lancien chef de guerre rallié en 2002, fixé dans le sud. Depuis ladoption du Plan Baker pour un règlement définitif du dossier du Sahara, la stratégie du royaume semble avoir subi, comme nous lindique cette source, un recadrage de taille : "Plutôt que rapatrier des cibles importantes, les maintenir et renforcer leur influence interne au sein du Polisario en vue de négocier avec elles, demain, une solution finale plus favorable au Maroc". Bachir Mustapha Sayed pourrait bien être lune de ces cibles. |
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Des noms. Les négociateurs secrets
C'est aujourdhui une certitude : le Sahara na jamais été du ressort exclusif dune seule personnalité marocaine. Jusquà la Marche verte en 1975, les passerelles étaient nombreuses entre le Polisario et lextrême-gauche marocaine, les dirigeants de lun et de lautre ayant fait leurs classes ensemble à Rabat. Mais de ralliement, il ne sera réellement question quà partir des années 80 où le Maroc admet, enfin, que la guerre nest pas gagnée davance. La diplomatie secrète passe dabord par les proches de Hassan II, Ahmed Dlimi dabord et Driss Basri ensuite pour les approches sécuritaires. Sur un terrain plus subtil, le roi fait plutôt appel à des hommes comme Ahmed Réda Guédira, le plus célèbre de ses conseillers, ou, plus tard, Abdeslam Jaïdi, son "ambassadeur personnel à New York" auquel on prête certains ralliements de marque. Hassan II se servira aussi des ralliés pour convaincre leurs anciens amis de rejoindre la "patrie clémente et miséricordieuses". Le cercle est large, très large et sétend jusquaux anonymes (commerçants, hommes daffaires) de passage en Mauritanie, aux Iles Canaries ou dans lune des capitales européennes. A un autre niveau, celui des politiques, contacts et négociations secrètes ont toujours véhiculé via des opposants socialistes respectés de lautre côté des frontières, comme Mohamed Bensaïd ou Mohamed Bahi, ou bien introduits en Algérie et en Libye comme le Fqih Basri, voire ceux qui ont toujours gardé les pieds dans lopposition et les oreilles près des couloirs du palais comme Abderrahim Bouabid. |
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