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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Budget. Oualalou est dans l’impasse

Fathallah Oualalou (Photo AFP)
La marge de manœuvre de l’argentier du royaume est extrêmement réduite. Les contraintes pèsent lourd sur le budget et, faute d’imagination et de prise de risque, 2005 risque d'être, économiquement, une année blanche.


L e ministre des Finances est piégé par ses propres calculs. Non seulement il n’arrive pas à concilier les intérêts convergents de ses collègues au gouvernement, mais il semble incapable de mettre en œuvre un budget de relance. 2005 sera sans doute une année blanche pour l’économie. Pour preuve, la loi des
finances ne dispose pas de marge lui permettant de définir une ou des orientations stratégiques. La force de la pesanteur est tellement puissante qu’il apparaît inévitable de sacrifier quelques brebis.
Commençons par les pesanteurs. Le projet de loi des finances tient compte des augmentations de salaires décidées à l’époque Youssoufi dont Oualalou était le ministre des Finances. En tout et pour tout, cela débouchera sur une dépense de 62 milliards de dirhams, soit 8 milliards de dirhams de plus que 2004. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le prochain budget aura à composer avec un baril de pétrole à son plus haut niveau. D’ailleurs, Lahcen Daoudi, dirigeant du PJD estime sur le ton de la moquerie que "Oualalou nous livre des prévisions de prix du baril de poudre et non pas de pétrole". Autrement dit, les 24 dollars sur lesquels repose le budget 2004 se sont révélés fantaisistes. "L’analyse de la guerre en Irak à été mal faite puisque le gouvernement n’estimait pas que le conflit allait durer aussi longtemps", explique Lahcen Daoudi. La conséquence directe de ces contraintes se ressentira au niveau des orientations fiscales de la loi des finances.

Un budget à somme négative
Depuis quelques mois, les rapports et analyses des économistes, ceux des institutions financières et monétaires internationales comprises, soulignent avec force la nécessité de relancer la machine. Au menu, la baisse du train de vie de l’administration, le renforcement du poste investissement public et surtout l’appui à la consommation interne. Dans la foulée, le budget devrait, selon les mêmes analystes, se libérer de la dépendance accrue vis-à-vis des recettes de la privatisation. Et ce n’est pas demain la veille.
Ne plus s’appuyer sur les privatisations nécessite une croissance forte, susceptible d’équilibrer le budget. Le gouvernement Jettou en a été incapable (jusqu’à présent en tout cas). Le projet de loi des finances pour l’année 2005 ne déroge pas à cette règle. Le budget n’a pas pu se constituer une réserve pour faire face à des conjonctures défavorables. Le résultat dépasse le tolérable. Et le projet en cours d’élaboration constituera un frein pour l’économie. La troisième loi des finances du gouvernement Jettou sera à somme négative.
En effet, selon des sources proches de l’administration des impôts, la loi des finances n’aura pas d’attraits fiscaux. Or, la fiscalité est le moyen de définir les choix stratégiques du gouvernement. Le nôtre n’en a pas. Le projet de baisse de l’impôt sur le revenu semble enterré. "Le projet tel qu’il est discuté actuellement avec le Secrétariat général du gouvernement ne comprend pas de dispositions concernant l’IGR", nous confirme la même source. Rappelons que la loi des finances 2004 avait promis pour 2005 de ramener le taux marginal de l’IGR de 44% à 41,5%. Ce taux s’applique à la tranche de salaire dépassant 60.000 DH par an. Ainsi, pour faire plus simple, la pression fiscale s’abat sur les salaires de la classe moyenne, celle dépassant 5000 DH par mois. L’annonce de la baisse a laissé entendre la volonté du gouvernement d’alléger la pression sur une tranche de la population forte consommatrice. Ce qui revient à relancer la dynamique interne du marché. Fathallah Oualalou n’est pas prêt pour franchir ce pas. Les simulations du fisc lui ont fait peur. Une baisse de l’IGR engendrerait une perte en recettes fiscales de 800 millions de dirhams. Et tant qu’il n’a pas l’assurance de les récupérer par un effet d’entraînement, il préfère être prudent. Dans la foulée, toutes les propositions fiscales de la CGEM y passent. "Nous espérons un revirement de tendance dans les jours qui viennent et nous ne pouvons nous prononcer à ce sujet tant que le projet définitif ne nous a pas été présenté", déclare un membre de la confédération patronale. Le projet de budget devrait être débattu en conseil de gouvernement le 23 septembre et d’ici là tout reste possible.

Les conventions d’investissment bloquées ?
Les promoteurs qui négocient des conventions d’investissement avec l’État espèrent également un revirement. Le budget est tellement serré que leurs demandes pourraient passer à la trappe. D’ailleurs, les échos de la réunion tenue mardi à la Primature laissent perplexe. Selon une source proche du ministère des Finances, les dossiers des conventions d’investissement de Satavex et Fruit of the Loom risquent de prendre plus de temps que prévu. Pour cause, le ministère des Finances serait incapable de donner suite à la proposition des investisseurs. La plus importante serait que l’État finance 20 % du montant du projet à fonds perdu. Sur cette proportion, le Fonds Hassan II supporte la moitié. Le budget de l’État ne devrait ainsi prendre en charge que les 10 % restants. Le ministère des Finances aurait mis en avant l’impossibilité légale d’une telle mesure. La loi a, en effet, prévu l’intervention du fonds de promotion des investissements à hauteur de 5 %. Une dérogation à 10 % est prévue quand l’investissement se situe dans une zone rurale. Et les deux projets ne le sont pas. Cela n’empêche que des sources proches du dossier imputent cette réticence à l’étroitesse du budget. Auprès de la Primature, on adopte un ton rassurant et balaie les réticences du ministère des Finances. Les mêmes sources expliquent que les dossiers sont sur la bonne voie. "Nous sommes parvenus à un accord sur le prix de l’eau et les conventions devraient être signées incessamment", poursuivent-elles. En tout cas, le gouvernement a intérêt à ne pas rater cette opportunité. Les deux projets visent l’amont du secteur du textile. Ils s’inscrivent dans la deuxième phase des délocalisations. Une phase sur laquelle des pays aux économies comparables au Maroc sont prêts à laisser des plumes. Pourquoi pas nous ?

 
 
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