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N° 142
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"Réhabilitons le socialisme bureaucratique"

Abdallah El harRif
(S.G d'Annahj Addimocrati)
Antécédents

    1946 : Naissance à Meknès
    1972 : Rejoint Ilal amam
    75-92 : Détenu pour ses opinions politiques
    1995 : SG d’Annahj Addimocrati
    2004 : Il obtient le récépissé pour son parti

Smyet Bak ?
Tayeb Ben Abdelkader.

Smyet mok ?
Meryem bent l'haj Hamid.

Nimirou d’la carte ?
D 602 778.

À quand remonte votre dernier interrogatoire ?
À longtemps. On me laisse en paix maintenant.

On s’est dit que ça vous manquait, alors on vous a reconvoqué !
Ça ne me manque pas du tout et entre nous, je préfère ne plus jamais avoir affaire à ces gens.

Dites-moi, vous qui avez été patron d’un parti interdit, puis patron au chômage et aujourd’hui patron d’un parti enfin reconnu, qu'est-ce qui est le plus "rentable" ?
Je n’ai, d’abord, jamais été patron. Nous avons des militants et des responsables à tous les niveaux. Les décisions fondamentales sont prises démocratiquement. Et même pour l’appellation "parti", nous préférons laisser la forme ouverte, ça peut être un mouvement ou une organisation.

Ou un parti comme les autres ?
Non, parce qu'à la naissance, nous sommes génétiquement différents. Si ce n'était pas le cas, nous serions dans les partis de gauche qui existent déja.

Vous ne croyez pas aux partis génétiquement modifiés ?
On n'est jamais sûr, jamais assez immunisés, mais c'est un combat de tous les jours. Nous avons des atouts à exploiter : une base de militants, des personnes de toutes les luttes, qui ne visent aucune carrière politique. Notre congrès s'est tenu sans aucune concession, nous n'avons jamais quémandé une reconnaissance et aujourd'hui, nous travaillons au grand jour, dans un État de droit.

Un État de quoi ?
On ne veut pas être en contradiction avec la loi.

C’est parce qu’il considère votre mouvement comme marginal et sans impact que le pouvoir a joué le jeu ?
Ils peuvent penser ce qu’ils veulent. Nous avons été de toutes les luttes, les vraies. Et jamais dans ces institutions qui ne décident, de toute façon, de rien.

Vous qui parlez au nom des masses populaires, demandez à un garcon de café s’il a jamais entendu parler d’Annahj, par exemple !
Nous avons été marginalisés par le pouvoir et par les médias. Si vous demandez à ce même garçon s'il connaît le parti de Osman, par exemple, il saura. Ce n'est pas de l'impact, mais de la manipulation. Être connu ne veut pas nécessairement dire avoir de l'impact.

Et votre impact, ce serait quoi ?
Nous avons fortement contribué aux acquis d'aujourd'hui. Surtout la gauche radicale.

La gauche traditionnelle n'a donc rien fait ?
Elle a été au Parlement dans les années 70-80 sans jamais oser poser une question sur les prisonniers politiques. S'il n'y avait pas eu la gauche radicale, il n'y aurait pas eu de vie dans la gauche traditionelle.

Franchement, vous croyez encore à la lutte des classes, au capital, aux camarades ?
Nous vivons dans la confusion idéologique. L'exploitation capitalistique n'a jamais été aussi forte, tout comme la lutte des classes, mais il n'y a malheureusement pas d'alternative. Le socialisme bureaucratique a échoué et il faudra le réhabiliter. À travers ses grands médias, le capitalisme pousse dans l'idéologique pour rendre la lutte des classes plus floue.

Mohammed VI, vous l'aimez maintenant ?
Je n'ai pas à l'aimer ou à le haïr. Je me bats contre un système, contre le Makhzen.

Est-ce que le Makhzen existerait sans le roi ?
C'est la dynamique de la lutte qui répondra à cette question. Ce n'est pas tant la forme du régime qui importe, mais qu'il soit démocratique. Une alternative démocratique au sein de la monarchie s'imposerait à nous. Jusque-là, nous faisons gentiment du sur place, si nous ne reculons pas.

 
 
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