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N° 142
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Carte blanche aux Arabes à Francfort

de G à D, Assia Djebbar,
Edward Al Kharrat et Mohammed
Bennis (Photos AFP et DR)
Appréciez l’ampleur de l’événement. La Foire internationale du livre de Francfort, la plus prestigieuse de toutes, décide de mettre le livre arabe au centre de son édition de 2004, devant se tenir du 6 au 10 octobre. Avec 2500 titres de 24 pays, le butin présenté est forcément maigre. La question a pris une dimension politique depuis le 11 septembre. "Le déficit en savoir" dont le monde arabe est accusé, à raison parfois, et le fait que Washington ait remis un document au G8 déplorant que "la production livresque arabe représente 1,1% de la production mondiale" pèsent énormément sur les consciences de l’Occident comme de l’Orient. Au lieu de s’en lamenter, les Allemands ont
décidé, dans la tradition orientaliste qui est la leur, de servir de pont pour les Arabes. Ainsi, le directeur de la foire, Volker Neumann, a annoncé "la traduction imminente de 50 livres arabes en allemand". Le geste est important, mais l’essentiel est ailleurs. Il réside, d’abord, dans le processus de création au sein des pays arabes. Sur ce point, des invités phares de l’événement, comme la romancière algérienne, souvent comparée à Françoise Sagan, Assia Djebbar, le Libanais, apprécié pour la fluidité de ses contes, Amin Maalouf, l’Égyptien Edward El Kharrat, peu lu mais starisé, mais aussi le Marocain Mohamed Bennis, poète et homme de réseaux, auront pour tâche de rendre compte de la vivacité littéraire qui traverse leurs sociétés respectives. Un aperçu de cette dynamique - très limitée faut-il le rappeler - sera donnée par des lectures de pièces théâtrales, de poèmes et autres livres d’enfants. Des panels de discussion permettront d’élargir le débat aux questions de traduction, d’édition et d’implication de la société civile. Les Marocains invités, comme Fatéma Mernissi (une habituée) et Tahar Benjelloun (une icône passe-partout) devront refléter autant la magnificence que la misère de leur culture. Auront-ils la possibilité et la latitude de le faire ? En attendant, la presse allemande corrige quelques préjugés, le plus important étant que "le monde arabe n’est pas autiste à l’Occident, il importe 40 millions de dollars de livres et de magazines par an". Et, comme l’écrit judicieusement The Guardian, "il souffre plus de la qualité que de la quantité d’écrits. Le nombre de livres publiés de manière marginale étant énorme et insondable". Il sera donc question de tout cela à Francfort. Que les organisateurs de la foire de Casa s’en inspirent, au moins !


Traduction. Le fond de la jarre en arabe

Voilà un roman marocain dont la version arabe était plus qu’attendue. Le fond de la jarre (Qa’ al khabiya) a ceci de particulier qu’elle a réconcilié Abdellatif Laabi avec son univers pré-carcéral, d’enfance, des ruelles de Fès, de la famille, de l’école et d’autres recoins de la mémoire, longtemps hors champ dans sa littérature. Maintenant que Hassan Bourquia a achevé cette excellente traduction, le lecteur peut retrouver les expressions proverbiales dans leur darija d’origine, l’ironie de l’enfant vis-à-vis de sa mère poule, dans sa tonalité fassie, les dialogues de maison avec leur connotation religieuse originelle, les relations bigarrées d’un contexte colonial, étouffant, dans la langue de l’opprimé. Bourquia réussit, ainsi, après deux traductions d’Edmond Amran El Maleh, à faire le médiateur entre Laabi et ses lecteurs arabophones, qui l’apprécient depuis la revue Anfass, mais n’ont jamais eu droit à une version aussi raffinée de ses textes.

Éd. Dar Athaqafa (40 DH)

 
 
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