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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Laetitia Grotti

Afghanistan. Une femme pour président ?

(Photo AFP)
La Constitution adoptée en janvier dernier autorise les femmes à devenir
président.
Massouda Jalal l’a pris au mot. Portrait d’une Afghane audacieuse.


Dans son lent retour à la normalisation, l’Afghanistan s’offre un nouveau symbole. Massouda Jalal, première femme de l’histoire de ce pays à se porter candidate à la première élection présidentielle au suffrage universel, le 9 octobre prochain.
Issue d’une famille aisée de Kaboul, cette pédiatre de 41 ans
clame fièrement qu’elle est toujours restée en Afghanistan pendant les vingt-trois années qu’a duré la guerre. Fille d’un ingénieur du textile et d’une femme au foyer, cette élève brillante est admise en médecine à l’université de Kaboul, du temps de l’occupation soviétique.
Sous le règne des Talibans (1996-2001), Massouda continue à travailler sur les questions de santé pour le Programme alimentaire mondial (PAM), tout en faisant "profil bas" selon ses dires. C’est la chute du régime fondamentaliste qui l’amène à entrer dans l’arène politique. Même si elle doit convaincre autour d’elle, notamment chez les siens. "Mon mari ne m’a pas soutenue, au début, il pensait que je ne pourrais pas affronter les seigneurs de la guerre, des hommes riches et puissants. Mais j’étais très motivée, je voulais me battre pour mon pays".
En 2002, elle se présente ainsi lors de la première Loya Jirga contre Hamid Karzaï pour le poste de président intérimaire. A-t-il senti qu’elle était une candidate sérieuse ? Toujours est-il qu’il lui propose alors la place de vice-présidente si elle se retire. Mais elle refuse, préférant poursuivre sa lutte politique. Karzaï l’emporte, certes, mais Massouda Jalal gagne un certain respect en arrivant deuxième.
Depuis quelques mois, la candidate passe ses journées à recevoir chez elle des visiteurs et quantité de journalistes du monde entier, curieux de voir cette Afghane audacieuse. Qui n’hésite pas à tenir tête au machisme ambiant, certaines publications locales la mentionnant comme "une femme", sans même écrire son nom. Quant à son programme, il est désarmant de simplicité : elle veut appliquer la nouvelle Constitution, votée en janvier et mettre au pouvoir des gens compétents. Elle compte aussi lutter pour l’égalité entre hommes et femmes inscrite dans la Constitution. "Si je gagne, déclare-t-elle, le chapitre de l’oppression des femmes qui dure depuis des siècles dans ce pays, sera enfin clos. Les femmes pourront avoir un rôle dans la vie culturelle, politique, économique. Pour cela, il faudra faire appliquer la loi, améliorer la santé, l’éducation". Derrière cette simplicité, Massouda Jalal n’en égratigne pas moins le pouvoir en place, "un pouvoir corrompu, qui ne rend pas de comptes aux Afghans". Elle critique, ainsi, "le Parlement qui ne pose pas de questions, l’indépendance judiciaire (qui) est un vœu pieu. (…) La production de drogue (qui) a explosé, le terrorisme (qui) est très actif".
Le 9 octobre, Massouda a bien peu de chances de l’emporter, même si chacun reconnaît son courage et son passé irréprochable, ce qui est loin d’être la norme. "Nous sommes prêts avec les autres candidats à jouer le jeu, mais, si les jeux sont déjà faits, c’est une insulte au peuple afghan. Nous ne nous laisserons pas utiliser, nous allons nous faire entendre" conclut-elle.


Par Ariane Mélazzini

Israël. Désobéissances autour d’un plan de retrait

Lundi dernier, des milliers de colons israéliens ont défilé dans le centre de Jérusalem pour protester contre le plan de retrait décidé par le Premier ministre israélien Ariel Sharon. Sous les slogans "Un cœur juif n’expulse pas de juifs" ou encore "Ariel Sharon nous méprise", c’est ainsi la première fois que les colons israéliens s’opposent en masse à la politique de leur chef de gouvernement qui, par ailleurs, s’est engagé mercredi à ne pas suivre la "feuille de route" décidée par le Quartet (États-Unis, Russie, UE, Nations unies), en déclarant ne pas avoir l’intention de retirer l’armée de la Cisjordanie avant "une longue période". Après l’avertissement de son parti, le Likoud, Ariel Sharon doit maintenant s’opposer à ses compatriotes de la Bande de Gaza et de Samarie. Ce qui ne semble en rien entamer sa détermination politique à accélérer le processus d’évacuation, puisque son cabinet de sécurité a voté cette semaine un projet de loi proposant une compensation financière aux 8000 colons qui acceptent de quitter la Bande de Gaza. Une nouvelle mesure qui ne manque pas de relancer les oppositions, de droite comme de gauche, dans la bataille. Jusqu’à quand Ariel Sharon fera-t-il cavalier seul ?


Irak. Une attaque "illégale"

C’est le secrétaire général de l’ONU en personne, Kofi Annan, qui le dit sans détours dans une interview accordée mercredi 15 septembre à la radio BBC : "J’ai signalé qu’elle (la guerre en Irak) n’était pas conforme à la charte de l’ONU, qu’elle est illégale de ce point de vue". Dans cette même intervention, Annan est aussi allé droit au but concernant la tenue de prochaines élections : "On ne peut pas avoir d’élections crédibles si les conditions de sécurité restent ce qu’elles sont aujourd’hui"… En effet, alors que nous sommes toujours sans nouvelles des otages français et italiennes, deux Américains et un Britannique, employés par une compagnie privée, ont été enlevés ce jeudi à Bagdad.


Turquie. La proposition de trop

À l’aube d’une candidature très controversée au sein de l’Union européenne, le parti islamiste turc AKP (vainqueur des dernières législatives de 2002) aurait pu se passer d’une telle provocation. Sa proposition d’un article de loi sanctionnant l’adultère comme un crime passible de 6 mois à un an de prison a soulevé les foudres de l’UE, dont les dirigeants ont fini par avoir raison d’une telle mesure. À moins d’un mois de la remise du rapport de la Commission européenne sur les progrès de la Turquie, cet incident - considéré comme un dangereux "retour en arrière" - risque bien de provoquer des dégâts politiques considérables.

 
 
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