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TVM. Les coulisses d'une transition
Reportage. Les "rats" de l'Oriental
Tendance. Hip-hop sans frontières
N° 142
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

TVM. Les coulisses d'une transition
Reportage. Les "rats" de l’Oriental
Tendance. Hip-hop sans frontières

Par Chadwane Bensalmia

TVM. Les coulisses d'une transition

Le printemps pointe timidement à la TVM. Après un demi-siècle de gestion chaotique et de misère généralisée, l’institution s’apprête à devenir riche… et sexy ! Mais la transition n’est pas pour rassurer tout le monde. Et le pari n’est pas encore gagné.


La rentrée parlementaire approche et avec elle, le jour J qu’appréhendent les 2500 employés de la RTM. Les couloirs abondent de rumeurs, d’interrogations, de projets et de craintes. Qui part ? Qui reste ? Qui gardera son confort et qui en sera délesté ? Même si le directeur général, Fayçal Laraïchi a, lors d’une réunion, tenté de rasséréner les foules en affirmant "que tout le monde a sa place dans la maison", la peur persiste. À l’ouverture de la session parlementaire d’octobre, le projet de loi pour la libéralisation de l’audiovisuel, sera adopté, engendrant naturellement la passage de la RTM en société anonyme. Un nouveau statut impliquant une nouvelle gestion dont les mots d’ordre seront rentabilité et rationalisation. Car c’est un minimum de 130 millions de dirhams que les caisses de la vieille dame se préparent à accueillir - soit l'équivalent de
la recette annuelle du Service autonome de publicité (SAP, lire en page 30). Lesquels peuvent dépasser les 200 millions dans les années de grand cru. S’y additionnent les indemnités de télédiffusion que doit lui verser la (ou les) chaîne (s) installée sur le territoire marocain. Mais c’est aussi une masse salariale de plus de 150 millions de dirhams. Et un budget de fonctionnement qui avoisine les 320 millions de dirhams. Parvenir à amasser le demi-milliard de dirhams nécessaire pour couvrir les dépenses annuelles de la chaîne relève presque de l’alchimie. Mais on y croit. "La gestion du DG est presque miraculeuse", commente-t-on dans les coulisses. Aux yeux de son entourage, le quadragénaire Laraïchi a d’ores et déjà fait ses preuves "la première année de sa nomination - à compter du dernier trimestre 2000 -, il a fait économiser plus de 6 millions de dirhams à l’État", s’empresse-t-on de lancer, plus pour la symbolique que pour le chiffre.

Investir rationnellement
Pour réussir son pari d’une chaîne attractive, F. Laraïchi a commencé par investir dans le matériel. Alors qu’il boucle la quatrième année de son mandat, il peut aujourd’hui se vanter d’avoir numérisé plus de 95 % du matériel de la chaîne. Un nouveau parc, pourtant exploité à moins de 20 % de ses capacités, les compétences faisant défaut. Une autre lacune à combler. Elle engloutira plus de 28 millions de dirhams en budget de formation sur les dernières quatre années. Les techniciens apprendront à apprivoiser la technologie numérique, d’autres animateurs et présentateurs de JT devront réapprendre à se tenir devant une caméra ou encore à maîtriser les langues. Mais la volonté des uns et des autres n’y est pas toujours, certains adeptes de la vieille école abandonneront la formation en cours de route. "Beaucoup ont du mal à se défaire du fonctionnariat", justifie-t-on. La création d’une direction des ressources humaines pour succéder à l’archaïque division du personnel n’y a pas changé grand chose. Ce sont les quelques jeunes, restés sur le banc de touche pendant des années qui se réjouissent de voir les choses changer. "J’ai vécu 14 ans en exil avant Laraïchi", confie, sourire aux lèvres, un jeune cameraman, au nouveau directeur artistique de la chaîne. Ce dernier, lui-même fraîchement nommé par le directeur général, avec pour mission d’orchestrer le relooking de la chaîne sans vider les caisses. Une ébauche du nouvel habillage a déjà été soumise au grand patron. L’identité visuelle de la chaîne sera associée à la couleur bleue et à deux nouvelles typos. Des contraintes qu’on imposera également aux producteurs externes pour maintenir la cohérence de la démarche. Et tout ceci se fait exclusivement en interne. Sous-traiter aurait coûté pas moins de 4 millions de dirhams pour les seuls jingles publicitaires. C’est environ ce qu’a dû débourser 2M pour ses nouveaux génériques pub. Alors, on fait avec les moyens du bord. La première tentative s’est traduite par le changement des jingles de la TVM qui n’arrachent pas des cris d’admiration, mais qui, justifie-t-on, "ne sont que provisoires". On nous apprendra plus tard qu’une série de jingles avaient été conçus et devaient être lancés mi-février dernier. Mais surprise générale, trois semaines avant leur diffusion, la chaîne qatarie Al Jazeera est sortie avec le même concept, à quelques différences près. "Nous avons dû imaginer quelque chose à la va-vite, mais d’autres idées ont été développées depuis". Elles verront le jour avec la TVM "nouvel habillage". Les animateurs devront, eux aussi, respecter la nouvelle charte graphique. Fini "le défilé zoologique quotidien", pour reprendre l’expression qu’aurait utilisé F. Laraïchi, parodiant les tenues de quelques-uns. On donnera quelques cours de stylisme pour y remédier.
On reste réaliste cependant. Il ne suffit pas de si peu pour pallier au déficit de notoriété de la chaîne. Le lifting, oui. Améliorer la qualité des programmes, certes. Encore faut-il ramener les Marocains vers la chaîne pour qu’ils en constatent les résultats. Alors, on a créé une direction de la communication.
Son rôle : faire du charme et du lobbying. Une campagne de communication qui démarre par une timide distribution de flyers à l’occasion de l’Euro 2004. Suivie d’une autre, annonçant le nouveau slogan de la chaîne : "TVM, la chaîne de la production nationale". On mise alors sur des présentateurs et des émissions stars. La branche radio fera à son tour l’objet d’une démarche similaire. Et bientôt, une campagne d’affichage à l’échelle nationale. Même les parlementaires n’échappent pas aux tentatives de séduction du nouveau team. Une revue produite en interne et expliquant la stratégie de la chaîne a été distribuée à la chambre basse, suivie de quelques rendez-vous pour les rallier à la cause.
À une plus grande échelle, la stratégie de développement de la direction table sur la diversification des chaînes pour élargir son marché publicitaire, tout en répondant à sa mission de chaîne publique. Trois projets de chaînes annexes attendent la transition pour éclore. Une première chaîne satellitaire dédiée aux RME. Il est question d’une sorte de best of des productions de la TVM et de 2M, qui portera le nom d’Al Maghribya. Une seconde chaîne dont la programmation variera entre l’éducatif et le sportif. Et finalement, une chaîne parlementaire. Une manière aussi d’exploiter tout le potentiel humain de la chaîne en évitant une crise sociale. Car c’est là le poste le plus lourd dans le budget de la chaîne. La pression syndicale se fait déjà ressentir et les mouvements de grève enregistrés l’année dernière ne sont pas rassurants. Toutefois, une première mesure légitime est évoquée et concerne les postes détachés auprès de la chaîne par des ministères, qu’ils seront appelés à regagner. Il est, en l’occurrence, question des ministères de la Communication et de celui de l’Intérieur. Des bruits de couloir parlent également de départs à la retraite, et quelques journalistes se disent prêts à négocier des départs volontaires. Reste à régler le problème des postes fantômes et à régulariser la situation de dizaines d’employés. C’est dire si le chemin à parcourir est encore long.



SAP. Une mine d’or en gestation

Dès lors que la chaîne passera en société anonyme, c’est le successeur du SAP (Service autonome de publicité) qui constituera l’essentiel de ses recettes. Toutefois, les performances actuelles du service - une moyenne de 150 millions de dirhams annuels - ne laissent présager que le déficit, les charges étant presque du triple. Dans les faits, le SAP a tous les atouts d’une vache à lait qui, jusqu’à la création de 2M, monopolisait le marché de la publicité. Et même si elle le partage désormais avec la Régie 3, l’autre régie de la deuxième chaîne, cette fois-ci, ne devrait pas avoir à pleurer après ses jours de gloire. Le service appelé, après le changement du statut de la RTM, à devenir une direction au sein de la chaîne constitue le plus gros du challenge RTM. Une étude de l’audimat commandée par la HACA incite certains à incriminer sa gestion. Ces chiffres démontrent, en effet, que la TVM a le plus grand taux d’audimat durant la tranche horaire 18h30-21h. Un prime qui vaut son pesant d’or. Pourtant, les annonceurs n’accourent pas. Et alors que les tarifs des plages publicitaires évoluent autour de la même fourchette sur les deux chaînes - environ 20.000 DH les 30 secondes durant les primes -, la 2ème chaîne semble plus perfomrante. Déficit commercial ou simple symptôme des institutions étatiques ? Le directeur du SAP lui-même - peu loquace à l’accoutumée - rejette désormais les torts sur les textes qui en régissent le fonctionnement. Mais, il faut croire que les uns et les autres convoitent la direction de la future mine d'or de la chaîne.

 
 
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