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N° 142
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

La police marocaine dispose d’éléments d'élite qui constituent une sorte de dream team de la logique.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Souvenez-vous, nous avions abandonné notre héros la semaine dernière dans les tribunes du match Maroc-Tunisie, en pleine méditation sur la difficile condition d’amateur de football dans le plus beau pays du monde. Nous le retrouvons cette semaine quelques heures plus tard, à 21 heures 12 pour être précis. Talal El Karkouri s’apprête à tirer un coup franc, et Zakaria Boualem répète comme un moine tibétain désespéré : "Ya ould erraja, dirna chi haja, ahhhh ya ould erraja dirna chi haja". La suite est connue : la rime riche du Guercifi trouve un écho inespéré chez les dieux du football, et le ballon trouve un chemin tout aussi inespéré vers les buts tunisiens. Voilà, l’honneur est sauf, mais de justesse. C’est dans cet état d’esprit mi-figue mi-hendia que Zakaria Boualem quitte le stade, et rejoint le parking avec le projet ambitieux d’y récupérer son véhicule pour rejoindre son domicile casablancais. C’est là qu’il réalise que l’immense parking du stade n’a qu’une sortie, et qu’elle débouche sur l’autoroute, direction Rabat. Autrement dit, un brave millier de Palio, Uno et autre Zakariamobile doivent, en un chaos effroyable, se déverser vers une misérable sortie unique et étroite… C’est là que Zakaria Boualem, qui n’a rien d’un crétin, repère une autre sortie, vers le haut du parking. Elle possède deux avantages. Premièrement, elle est large, capable d’absorber un flux important de véhicules. Deuxièmement, elle
donne sur la route de Casa, ce qui arrange une bonne partie des conducteurs. Hélas, si cette porte possède deux qualités, elle possède également un défaut majeur : elle est fermée par des barrières de police. C’est alors que Zakaria Boualem, poussé par son instinct de fin limier et sa tendance naturelle à comprendre le pourquoi des choses de son monde, décide d’enquêter sur cette absurdité. Il se dirige vers un policier apparemment important (il a une sacoche) et pose la question :
- Pourquoi on peut pas sortir par là ? Tout le monde est coincé dans la sortie du bas ?
- Non, c’est fermé !
- Et pourquoi c’est fermé ?
C’est là, mesdames et messieurs, chers lecteurs et fans de Zakaria Boualem, que surgit la réponse magnifique de l’uniforme à moustache. Que répond-il ?… (ou plutôt elle, la moustache ?) Évoque-t-elle des mystérieuses taâlimate, qui veulent que cette porte reste fermée au mépris de la logique la plus basique ? Non. Invoque-t-elle des raisons de sécurité ? Même pas. Argumente-t-elle sur le thème de la mécanique des fluides, théorème de Bernoulli à l’appui pour justifier la porte fermée ? Du tout.
Si on ne peut pas sortir par là, si la porte est fermée, c’est PARCE QUE C’EST L’ENTRÉE ! Tout simplement. Zakaria Boualem reprend la parole :
- Oui, c’est l’entrée. Mais le match est fini, et il n’y a pas grand monde qui va entrer dans ce parking. Alors tu n’a qu'à enlever les barrières et laisser les gens sortir.
- Mais non, c’est pas possible.
- Pourquoi ?
- Parce que c’est l’entrée, pas la sortie. Si on transforme les entrées en sortie, c’est la foda !
Arrivé à ce point du récit, Zakaria Boualem souhaite faire son autocritique. Souvent, il a critiqué la police, il a accusé les hommes en bleu de bon nombre de défauts, allant du port illégal de moustache au brandissement intempestif de matraque. Dans ces mêmes colonnes, il n’a pas hésité à mettre en doute leurs qualités intellectuelles, il les a même accusés de mauvaise foi. Il réalise qu’il avait tort, et il présente ses excuses. La police marocaine dispose en son sein d’éléments d’élite qui constituent une sorte de dream team de la logique. Pour son plus grand bonheur, Zakaria Boualem en a rencontré un ce soir. Un homme capable de rester fidèle à ses principes, un homme pour qui une entrée est une entrée et une sortie une sortie, quoi qu’il arrive, ne peut être fondamentalement mauvais. Un homme capable de refuser la foda et dans un même élan l’évidence, mérite le Prix Nobel des mathématiques, rien de moins. Ceux qui en doutent peuvent relire le dialogue précédent, il finiront par se ranger à l’évidence...

 
 
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