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N° 143
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Lassant, déprimant
(Si même les rumeurs ne se renouvellent plus, que dire de la vie politique elle-même ?)

C'est reparti. On parle encore de remaniement ministériel. Les nouveaux venus de juin n’ont pas encore chauffé leurs fauteuils que déjà, on refait les sempiternelles prédictions. Les mouvements populaires vont se coaliser pour décrocher la Primature. Et pour y mettre qui ? Laenser, faute d’imagination. Abouyoub, pour les plus téméraires. Bien entendu, on ressert le plat de l’entrée du PJD au gouvernement. Les islamistes le nient de 25 manières différentes, mais personne ne fait attention à eux, et la rumeur ne faiblit pas. De quoi parlerait-on, sinon ? Si même les rumeurs ne se renouvellent plus, que dire de la vie politique elle-même ? C’est lassant. C’est déprimant.
Remaniement ou pas, 35 ministres ou 68, cela ne changera rien, de toute façon, à cette donnée de base : le pouvoir est ailleurs. Reparler de répartition des pouvoirs plus équitable entre le roi et la classe politique ? À quoi bon ? Ce n’est pas à l’ordre du jour, et ça ne le sera peut-être jamais. Et de toute façon, quand bien même la classe politique aurait plus de pouvoir, elle ne saurait pas quoi en faire. Elle le sait bien, puisqu’elle ne le demande même plus. C’est lassant. C’est déprimant.
Et le roi, que fait-il ? Tout le pouvoir est concentré entre ses mains, on est donc en droit d’attendre qu’il crée un peu de mouvement. Un activisme quelconque à signaler, côté Palais royal ? Une idée, n’importe laquelle, qui puisse nous donner un sujet de conversation ? Bof… Ah si : on reparle - toujours les rumeurs - d’une réforme de la Constitution. Rien de nouveau, rassurons-nous. Il s’agirait encore une fois de préparer le royaume au fédéralisme (pour mieux digérer un éventuel Sahara autonome) et de supprimer la seconde chambre (parce qu’elle ne sert à rien). Deux vieux serpents de mer, dont l’intérêt est toujours aussi nul. À quoi bon nous préparer à une issue au Sahara puisque le pouvoir fait tout pour que le conflit reste enlisé ? La deuxième chambre ne sert à rien ? La première non plus ! Qu’il comporte une ou six chambres, le Parlement ne légifère pas, les débats sont stériles et démagogues… C’est lassant. C’est déprimant.
La lassitude et la déprime sont les seules sensations que nous offre notre misérable paysage politique. Des sensations qui se nourrissent mutuellement, jusqu’à l’osmose. On est las d’être déprimé et on est déprimé d’être las. Mais attention ! L’Histoire le prouve : des situations pareilles, ça aboutit systématiquement à un choc, violent et complètement inattendu. Ça nous pend au nez. Quand ça arrivera, ne nous plaignons pas. Nous l’aurons cherché.

 
 
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