Lassant, déprimant
(Si même les rumeurs ne se renouvellent plus, que dire de la vie politique elle-même ?)
C'est reparti. On parle encore de remaniement ministériel. Les nouveaux venus de juin nont pas encore chauffé leurs fauteuils que déjà, on refait les sempiternelles prédictions. Les mouvements populaires vont se coaliser pour décrocher la Primature. Et pour y mettre qui ? Laenser, faute dimagination. Abouyoub, pour les plus téméraires. Bien entendu, on ressert le plat de lentrée du PJD au gouvernement. Les islamistes le nient de 25 manières différentes, mais personne ne fait attention à eux, et la rumeur ne faiblit pas. De quoi parlerait-on, sinon ? Si même les rumeurs ne se renouvellent plus, que dire de la vie politique elle-même ? Cest lassant. Cest déprimant.
Remaniement ou pas, 35 ministres ou 68, cela ne changera rien, de toute façon, à cette donnée de base : le pouvoir est ailleurs. Reparler de répartition des pouvoirs plus équitable entre le roi et la classe politique ? À quoi bon ? Ce nest pas à lordre du jour, et ça ne le sera peut-être jamais. Et de toute façon, quand bien même la classe politique aurait plus de pouvoir, elle ne saurait pas quoi en faire. Elle le sait bien, puisquelle ne le demande même plus. Cest lassant. Cest déprimant.
Et le roi, que fait-il ? Tout le pouvoir est concentré entre ses mains, on est donc en droit dattendre quil crée un peu de mouvement. Un activisme quelconque à signaler, côté Palais royal ? Une idée, nimporte laquelle, qui puisse nous donner un sujet de conversation ? Bof
Ah si : on reparle - toujours les rumeurs - dune réforme de la Constitution. Rien de nouveau, rassurons-nous. Il sagirait encore une fois de préparer le royaume au fédéralisme (pour mieux digérer un éventuel Sahara autonome) et de supprimer la seconde chambre (parce quelle ne sert à rien). Deux vieux serpents de mer, dont lintérêt est toujours aussi nul. À quoi bon nous préparer à une issue au Sahara puisque le pouvoir fait tout pour que le conflit reste enlisé ? La deuxième chambre ne sert à rien ? La première non plus ! Quil comporte une ou six chambres, le Parlement ne légifère pas, les débats sont stériles et démagogues
Cest lassant. Cest déprimant.
La lassitude et la déprime sont les seules sensations que nous offre notre misérable paysage politique. Des sensations qui se nourrissent mutuellement, jusquà losmose. On est las dêtre déprimé et on est déprimé dêtre las. Mais attention ! LHistoire le prouve : des situations pareilles, ça aboutit systématiquement à un choc, violent et complètement inattendu. Ça nous pend au nez. Quand ça arrivera, ne nous plaignons pas. Nous laurons cherché. |