Sujet
Économie
Urgences. De l'enfer au purgatoire
Reportage. Contrebande, un destin oriental
Arts plastiques. Chasseurs de talents
N° 143
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"Le sida touche d'abord les prostituées"

Hakima Himmich
(Présidente de l’Association
de lutte contre le sida)
Antécédents

    1945 : Naissance à Meknès
    1972 : Reçue à l’internat des hôpitaux de Paris
    1980 : Retour au pays
    1988 : Création de l’ALCS
    2004 : Généralisation de la trithérapie

Smyet Bak ?
El Hadi Himmich.

Smyet mok ?
Fatema Benabdeljalil.

Nimirou d’la carte ?
Malek, boulissi? D 802687.

Eyyeh, boulissi. Et je suis sûr que ce n'est pas votre premier interrogatoire !
Non, le premier c’était en tant que militante de l’UNEM, dans un commissariat parisien.

Comment va l’ALCS ?
L’ALCS va bien dans la mesure où elle a ouvert de nouvelles sections dans des régions où l’épidémie progresse plus vite que dans le reste du pays. Nous venons d’adopter de nouveaux statuts. La grande victoire à laquelle nous avons largement contribué est la généralisation de l’accès aux traitements pour les personnes vivant avec le VIH.

L’ALCS, c’est aujourd’hui une association ou une entreprise ?
L’ALCS est et restera une association où les bénévoles (dont je suis) jouent un rôle capital. Je suppose que vous parlez d’entreprise parce que l’association s’est professionnalisée en confiant les tâches administratives à des salariés, eux aussi engagés dans la lutte contre le sida...

Des années de lutte contre le sida et toujours pas un distributeur de préservatifs dans tout le pays. Vous pensez aussi que l’abstinence est le meilleur moyen de prévention ?
Pour installer des distributeurs, il faut qu’une entreprise les commercialise et les gère correctement, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à une date récente. Quant à l’abstinence, tant mieux ou tant pis pour ceux qui optent pour cette solution qui, reconnaissons-le, est efficace.

L’ALCS prend de plus en plus la défense de minorités sexuelles comme les homosexuels. Vous ne craignez pas l’amalgame entre sida et homosexualité, par exemple ?
Vous êtes sûr que les homosexuels sont une minorité ? Plus sérieusement, l’ALCS a toujours été convaincue que pour être efficace, la prévention du sida doit s’adresser aux groupes les plus vulnérables et les plus exposés, qui sont en l’occurrence les prostitués des deux sexes (et non pas les homosexuels). Ceci est d’ailleurs devenu une recommandation de l’OMS reconnue par le ministère de la Santé.
Il n’y a pas vraiment de risque d’amalgame entre homosexualité et sida dans un pays où 39 % des personnes atteintes du sida sont des femmes et où les relations hétérosexuelles représentent 70 % des modes de transmission.

Si demain, un débat sur la légalisation- régulation de la prostitution est enclenché, quelle serait votre position ?
Ma conviction est que la répression ne fera pas disparaître la prostitution, qu’il faut s’attaquer aux causes de la prostitution et non pas aux personnes qui se prostituent.

Lutter contre le sida, c’est mieux avec ou sans islamistes ?
Sida ou pas sida c’est mieux sans les islamistes ! Cela dit, leur influence rend toute communication sur le sida de plus en plus difficile. Mais à condition de ne pas céder à l’autocensure, on y arrive.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés