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Arts plastiques. Chasseurs de talents
N° 143
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Au bon souvenir d’Edward Saïd

Cela fait exactement un an que le plus grand intellectuel arabe en exil a rendu l’âme. Le ton agaçant et juste, ainsi que la régularité omnisciente et impertinente d’Edward Saïd nous manquent terriblement. Il n’y a pas lieu d’être nostalgique. Rien ne s’est perdu de son patrimoine. Mieux, toutes ces facettes, de Palestinien anti-colonialiste, de mélomane symphonique, de critique démystificateur, d’intellectuel séculier, de lecteur anti-orientaliste, de médiateur anti-impérialiste, peuvent dorénavant être redécouvertes exhaustivement dans les archives mises à disposition sur son site www.edwardsaid.org. Outre sa longue bibliographie qui comporte la littérature
comparée, le concept de la culture et son appréciation de la question palestinienne, toutes ses chroniques, analyses, interviews sont aujourd’hui compilées. En plus de ce fonds documentaire, deux événements accompagnent cet anniversaire. Le premier concerne la projection en avant-première, à New York, du film documentaire, intime et réfléchi à la fois, réalisé par Emmanuel Hamon avec Saïd et sa famille à la veille de sa disparition. Selves and others (les êtres et les autres) a valeur de testament. S’y mêlent le reflet pudique des dernières souffrances d’un être leucémique et les dernières réflexions d’un intellectuel sans concession. Enfin, les lecteurs ne sont pas en reste. L’unique biographie de cet immense penseur, signée Abdirrahman A. Hussein, paraît en format papier. Sur les 352 pages de l’ouvrage, l'auteur tente de démontrer que, derrière l’éclectisme de ce lettré américano-palestinien, se cache un système bien ficelé et construit. Dorénavant, il va falloir puiser dans la richesse de son legs pour mieux appréhender plusieurs questions actuelles : les identités figées, les cultures en guerre, la laïcité en suspens, la domination du plus fort, etc. Bref, Saïd vivra tant que le monde est en conflit et en mal de justice.


Testament en zajal

On a longtemps cru que Larbi Batma était mort (en 1997) bien avant d’achever son rêve le plus cher : écrire une épopée en zajal (dialecte littéraire). Grossière erreur, L’épopée Lhmam Houssam a finalement vu le jour à titre posthume. Une deuxième partie est même toujours gardée sous le coude par ses héritiers. Mais revenons à la partie émergente de l’iceberg. On y retrouve toute la sagacité du poète, le fond rustre de sa culture campagnarde et péri-urbaine, avec en lame de fond le conte et l’allégorie du lion, qui permet de donner du souffle à son écriture que l’on croyait fragmentée, prisonnière du chant (Nass El Ghiwane). Les fans du groupe autant que les amoureux du verbe finement taillé retrouveront là le soufisme latent d’un fils du peuple à l’approche de sa mort fatale. Autant la tournure de l’histoire que les jeux de mots nullement forcés méritent le détour.

Éd. Dar Toubkal (46 DH)

 
 
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