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Par Mamoun Ghallab
La rage tue au Maroc
LEurope tremble de la rage exportée par un chiot dAgadir. Le Maroc, lui, a bien plus de raisons de sinquiéter du danger des chiens errants porteurs du virus. Tour d'horizon, chiffré.
Depuis quun chiot dAgadir a traversé clandestinement le détroit de Gibraltar, lUnion européenne est sur les dents. Renforcement des contrôles aux frontières, campagnes de prévention, projet de révision de la législation sur limportation danimaux et sanctions exemplaires, tels sont les armes du combat contre la rage, fléau dun autre âge réincarné dans le |
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petit "Tiki", un chiot marocain. Face à ces évènements les déclarations officielles marocaines se veulent rassurantes, la rage ne serait pas un problème de santé publique au Maroc. Mais quen est-il réellement de la rage dans notre pays ? En sommes-nous protégés ? Le citoyen marocain est-il conscient des risques ?
À première vue, les statistiques sont loin dêtre alarmantes. Daprès le docteur Bouchrit spécialiste de la rage à lInstitut Pasteur de Casablanca, le Maroc connaît en moyenne 15 à 25 cas de rage par an. Depuis janvier 2004, le service des maladies infectieuses du CHU Ibn Rochd a accueilli trois cas de rage, les patients venaient de Casablanca et de Benslimane. Dans les trois cas, la mort est survenue au bout de deux à trois jours, et cest cette dernière information qui montre le sérieux danger que représente cette maladie.
La rage savère donc être, malgré les statistiques, un problème de santé publique, car toute infection qui nest pas traitée à temps, toute rage déclarée est forcément mortelle. De plus, les principaux porteurs du virus étant les chiens errants, la population marocaine est fortement exposée.
LÉtat dispose dun vaccin antirabique (lire encadré) quil importe, il est administré par les agents de la santé publique à titre curatif uniquement, et non à titre préventif. En dehors de Casablanca, le vaccin est censé être disponible gratuitement dans les bureaux municipaux dhygiène, mais la rupture de stock est trop souvent la règle. Ceci contraint souvent les patients à effectuer de longs voyages afin de se faire vacciner. À Casablanca, le traitement antirabique nest pas dispensé gratuitement, son prix variant entre 500 et 800 DH. Le principal centre de vaccination au Maroc, lInstitut Pasteur de Casablanca, engage un budget annuel de 10 millions de dirhams pour la lutte contre la rage. Par ailleurs, la Commune de Casablanca a signé une convention avec ce même institut : elle investit 450.000 DH par an pour financer les vaccinations. Certes, des procédures de prise en charge des personnes indigentes par la commune existent. Toute personne munie dun certificat dindigence peut obtenir auprès de la commune une attestation de prise en charge des frais du traitement antirabique. Sur simple présentation de ce papier, le patient peut recevoir le vaccin gratuitement. Mais, sagissant de cas durgence extrême et connaissant la lenteur de certaines administrations à délivrer toutes sortes de papiers, cette procédure de prise en charge savère parfois peu efficace.
Mais que se passe-t-il lorsque le patient nest pas muni du papier administratif ? Ose-t-on en situation durgence refuser de le vacciner ? Il faut bien croire que oui ! De source médicale, en 2003, le service des maladies infectieuses de lhôpital Ibn Rochd a accueilli une patiente qui, un mois après sêtre vu refuser le vaccin quelle ne pouvait pas payer à lInstitut Pasteur, est morte dune encéphalite rabique.
"Léradication de la rage humaine au Maroc pourrait être envisageable à court terme", assure le docteur Bouchrit. Le Maroc dispose bien des vaccins les plus performants. Pourtant, le virus a encore de beaux jours devant lui. En effet, différents problèmes viennent sajouter aux problèmes de pénurie et de non gratuité du vaccin. Dabord, un sérieux problème dinformation et de sensibilisation du citoyen aux dangers de la rage. De nombreuses victimes de la rage, parmi les 15 à 25 cas annuels, sont autant victimes de leur ignorance que de linefficacité de nos services de santé et de nos bureaux dhygiène. Parmi les décès survenus en 2004, figure un cas symptomatique : après sêtre présentée aux urgences, une personne a été redirigée vers lInstitut Pasteur. Lattente étant trop longue, elle a décidé de sen aller avant de recevoir le traitement. Lencéphalite rabique sest déclarée peu de temps après, la patiente en est morte.
Dautres cas de décès concernent des patients qui ne suivent pas le traitement entier, et se contentent dune ou deux injections au lieu des cinq nécessaires. Par ailleurs, certaines personnes ne consultent même pas de médecin, et se contentent daller voir un fqih ou un guérisseur, mais cette médecine traditionnelle à base dherbes et de prières est totalement inefficace.
En plus de ces problèmes économiques et socioculturels, lorigine du mal persiste : près de 2 millions de chiens errants rôdent encore Maroc, selon un vétérinaire du bureau dhygiène de Casablanca. Étant les principaux porteurs du virus, ces chiens doivent être obligatoirement vaccinés ou abattus. Cest cette deuxième solution qui a été retenue par les autorités marocaines, pour des raisons financières compréhensibles, vu le prix du vaccin. Organisé depuis plusieurs années par les bureaux dhygiène, le programme de ramassage des chiens a été renforcé à Casablanca depuis près dun mois. Trois équipes travaillent quotidiennement à laccomplissement de cette tâche. Mais cette solution pose des problèmes techniques : le ramassage des chiens doit être effectué par des équipes formées et dotées de véhicules, et dun équipement de protection contre déventuelles attaques de chiens (gants, combinaison). Quant à labattage, il doit être supervisé par un vétérinaire. Or, pour ces deux opérations, les bureaux dhygiène manquant souvent déquipement, de locaux appropriés et de personnel qualifié, la lutte contre ce fléau s'avère très difficile, surtout dans les régions rurales. Alors, par ignorance, par économie, mais aussi par rigidité administrative, la rage continue de tuer en sourdine. |
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Vaccin. Que faire ?
Lurgence est toujours le mot dordre en cas de morsure. En guise de premiers soins, il est conseillé deffectuer un lavage de la blessure au savon ou à leau de javel diluée, afin de diminuer le nombre de virus sur la plaie. La gravité de la situation dépend de la profondeur de la blessure, ainsi que de sa proximité au cerveau. Selon les dimensions et lemplacement de la morsure, lindividu dispose de 24 à 48 heures pour se faire vacciner. Toutefois, même passé ce délai, il nest jamais trop tard pour commencer le traitement, car lincubation du virus de la rage peut durer de quelques jours à quelques mois. Ce traitement consiste en une série de vaccins administrés à plusieurs jours dintervalle, et dans les cas les plus graves en linjection dun sérum antirabique. |
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