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Par Maria Daïf et Laetitia Grotti
La guerre des familles
Famille, je vous hais ? Unie, solidaire, aimante, la famille est aussi et surtout le théâtre de conflits perpétuels. Amour, haine, subir ou réagir, il faut choisir. Et les Marocains savent de mieux en mieux le faire.
"La famille au Maroc, cest comme lancienne URSS. Pendant longtemps, on a cru que tout allait bien, que cétait lunion sacrée. Mais dès quil y a eu une ouverture sur lextérieur, le système sest effrité. Et on a ouvert les yeux sur la dictature". Ainsi résumée par ce jeune Casablancais, la famille marocaine, |
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ou plutôt le mythe qui lentoure en prend un sacré coup. Unie, solidaire, aimante, cest cette image que lon brandit en permanence face à lindividualisme occidental. En y regardant pourtant de plus près, nos travers nont rien à envier à ceux des autres. Certes, ils ont toujours existé, mais sont devenus plus visibles depuis que lindividu aspire à saffirmer. Mais quil est dur dêtre un fils ou une fille ingrate ! Car cest inévitablement ce qualificatif dont on gratifiera lenfant rebelle. Chantage affectif, exclusion, ingérence, tout est bon pour le maintenir sous lemprise dun aîné. Noublions pas que nous sommes dans une société fonctionnant encore de façon pyramidale et patriarcale. Ce qui explique la peur de lautorité et labsence de communication qui en découle au sein de la famille. Conséquences : non-dits, frustrations, conflits latents
Qui ne font que se doubler à larrivée de la belle-famille.
Dans ce dossier, les principaux ressorts relationnels et conflictuels sont disséqués. Histoire dy voir plus clair et de tenter de mieux comprendre ces tensions, qui parfois, nous empoisonnent la vie. Nayez crainte, lamour est toujours là...
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Qui est en conflit avec qui
Vous les aimez ? Cest une évidence. Cela fait-il pour autant de vos relations un long fleuve tranquille ? Pas toujours. La vie de famille est semée dembûches. Disséquons-la.
Père / fils : une affaire de mâles
À 28 ans, Jalal nen finit plus de se plaindre. Lui qui rêvait de faire une carrière dingénieur à létranger, sest retrouvé dès la sortie de la fac aux côtés de son père, dans lexploitation agricole familiale. Il a bien essayé dexpliquer son choix, mais devant le chantage de son père "Ha sakht ha Rda" (à droite la |
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malédiction paternelle, à gauche la bénédiction), il na pas réfléchi longtemps et a fini par céder. Sil regrette aujourdhui, son père nen sait toujours rien. Omar, lui, à 32 ans, a épousé une femme quil naimait pas parce que son père voulait des petits-enfants. Et vite
Comme toute affaire dhommes, la relation père/fils est avant tout une lutte sourde de pouvoir. Sourde, car dans une société éminemment patriarcale et pyramidale où lautorité ne découle que de celui qui est au sommet de la pyramide, le pouvoir du père nest jamais remis en cause. Quel fils peut se targuer de sêtre un jour confronté à son père, dêtre allé à lencontre de ses desiderata, de lui avoir tout simplement dit "non", les yeux dans les yeux ? Pour la psychologue Assia Mseffer : "Les enfants, filles ou garçons, se soumettent pour gagner leur place dans la pyramide. Au Maroc, il ny a pas de place pour les rebelles dans la cellule familiale". Pourquoi ? Tout simplement parce quon ne veut pas être rejeté par ce père, censé être un modèle didentification. Il est, en effet, le patriarche omniscient, tout-puissant, et tout-amour. En somme, Dieu à la maison. Dans ces conditions, "tuer le père" relève du mythe. Combien de Driss Chraïbi connaissons-nous ? Nayez crainte, même chouia bchouia, les choses évoluent. Alors que pendant longtemps, le père restait ce modèle unique, la scolarisation, louverture sur lautre, les échanges
ont offert aux fils "une multiplication de modèles patriarcaux". Résultat, pour notre psychologue "limage du père tout-puissant seffiloche". Cela dit, ne nous y trompons pas (pour preuve Jalal, Omar et tant dautres) la société même en se modernisant, continue de vénérer le père, même à travers ces modèles de substitution. Le père, linstit, le fqih, le flic, le supérieur hiérarchique
autant dautorités qui, même lorsquelles entravent la liberté du fils, restent indiscutables. Pour les psys, cette dépendance est à double tranchant. Certes, elle rassure : en se soumettant et en seffaçant, le fils gagne sa place dans la famille et par extension, dans la société. Mais cette autorité empêche laffirmation de soi, génère chez cet homme quest le fils, frustrations et souffrances au quotidien.
Père / fille : vers la réconciliation
Marjane, un samedi. Un père, la trentaine, essuie le nez de sa fille, avant de la reposer dans sa poussette. Une scène comme celle-ci nest plus rare dans les grandes villes du Maroc. Il y a encore dix ans, qui aurait imaginé un tel rapprochement père/fille ? Il y a encore dix ans, la majorité des pères considéraient quune progéniture digne de ce nom ne pouvait être que masculine : "Cest un trait culturel, le garçon porte le nom, sauve lhéritage et permet symboliquement au père de se reproduire. Ce qui nest pas le cas des filles", affirme Assia Akesbi. Ce qui reste vrai aujourdhui, à la différence majeure que la condition des femmes ne cesse de saméliorer. Leur accession à lécole, puis au monde du travail, ont permis aux pères de revoir à la hausse leurs ambitions filiales. Même dans le rural, et tous les spécialistes le confirment, les pères ne sont plus le principal obstacle à la scolarisation des filles. Comprenez, ils ne voient plus en elles le fardeau à caser rapidement mais linstitutrice, le médecin, le cadre bancaire ou la fonctionnaire de police
Sans compter que ce nouveau statut social signifie "salaire", donc "un investissement financier", au même titre que lavait été auparavant son frère.
Mais ne réduisons pas cette relation à des aspects purement matériels. En effet, en ville, une nouvelle espèce de pères est apparue ces dernières années. Ceux-là assument leurs sentiments et ne les cachent plus
Du coup, cest une nouvelle relation qui sinstalle, chargée de promesses. En effet, lorsquun père se rapproche de sa fille et que celle-ci trouve soutien et encouragement à ses côtés, elle a plus de facilité à se réaliser et à avoir des relations saines avec les autres hommes. Nuançons cependant. Les relations père/fille restent paradoxales : quel que soit la démonstration damour, elle aura toujours moins de liberté que son frère. Ainsi, Mouna, 32 ans, responsable financière dans une grande entreprise casablancaise témoigne : "Jusquà mon mariage (30 ans), une fois mon boulot terminé, javais trente minutes pour être à la maison, sinon jessuyais lorage paternel. Quant à sortir, il fallait ruser ou demander lautorisation une semaine avant".
Mère / fils : je taime beaucoup, passionnément, à la folie...
Possession, amour démesuré quand il ne se veut pas exclusif et étouffant. Et ça commence dès la naissance, car comme pour le père, mais pour des raisons différentes, le fils est plus attendu que la fille. En effet, avoir un enfant de sexe mâle accorde symboliquement un phallus, un sentiment de pouvoir à la mère. À lâge adulte, Dieu le fils remplace Dieu le père. Ce qui signifie qu"au mieux", elle laissera son fils faire ce quil veut et bénira tous ses faits et gestes. Quoi que fasse la prunelle de ses yeux, il na jamais tort, cest forcément la faute des autres. Et cest loin dêtre une caricature (Yak ! vous vous êtes reconnus). "Au pire", elle sera la "mère intrusive", celle qui se mêle de tout, qui veut garder la mainmise sur sa vie, ses enfants, sa femme
Dans les deux cas, dur dur pour ce fils tant aimé de couper le cordon, lui qui est bercé dès son enfance par le fameux hadith "Al Jannatou tahta aqdam Al oummahat" (le paradis est sous les pieds des mères), et préférer ainsi lenfer en expliquant à sa mère "quà 25 ans et un salaire, prendre un appartement ne signifie pas je ne taime plus", "que choisir ma femme, ce nest pas te tromper" ou encore "que si ma fille ne porte pas ton prénom, ce nest pas parce que jai honte de toi, mais tout simplement parce que je préfère Mia à Aâbouch". Dans les faits, expliqueront les psys, "beaucoup dhommes souffrent de lingérence de leur mère, mais narrivent pas à les en empêcher". Et pour cause, la mère est idéalisée : elle reste la mère archaïque, toute-puissante qui la porté, la nourri, la élevé et la
tant aimé. Dautant que cette mère "idéale", essentiellement nourricière, laura éduqué de manière à ce quil redoute labandon et ne fera rien pour que son fils prenne son envol.
Mère / fille : ma meilleure ennemie
C'est, aux dires de tous les psys, la relation la plus passionnelle, oscillant entre amour fou et rivalités face au père. Reste quau Maroc, ces deux "femmes" formeront par la suite un bloc compact face à la toute puissance paternelle
à condition quil ny ait pas un frère pour troubler cette harmonie. Car, quel que soit lamour porté à sa fille, la mère donnera très souvent raison à Dieu le fils, même dans les cas extrêmes. Ainsi, Jouhara, meurtrie, confie : "Jai beaucoup souffert de la violence de mes frères sans que jamais ma mère nintervienne ou ne prenne ma défense. Bien au contraire, elle leur donnait raison systématiquement. Résultat, jai fini par fuir le domicile parental. Aujourdhui, jen veux terriblement à ma mère". De manière plus générale, "la mission de la mère est de veiller farouchement à la virginité de sa fille (et donc à lhonneur de la famille) et partant, de la marier. Une fois le mariage acquis, la mère considère quelle a mené à bien sa mission", explique la sociologue Soumaya Naâmane Guessous. La fille "casée", la mère soulagée, les relations se normalisent. Et même plus, la mère deviendra une confidente attentive et compréhensive, surtout lorsque surviendront les tensions au sein du couple. Nest-ce pas la mère qui, la plupart du temps, accompagnera sa fille chez la voyante ? Ou lui donnera la recette "du filtre qui a fait ses preuves" pour garder le mari volage ? Plus tard, elle suivra la grossesse
de très près, conseillera sur le choix du médecin, de la sage-femme
quitte à être chouia envahissante ! (du moins de lavis du gendre).
Aînés / cadets : ces autres "moi"
Adieu familles nombreuses ! Les chiffres le prouvent : le taux de natalité au Maroc est passé en trente ans de 8 enfants par famille à 3, ce qui nest pas sans jouer sur les relations au sein de ces fratries des temps modernes. Alors quavant, la fratrie avait un rôle important de structuration de "lindividu", elle est aujourdhui supplantée par le bloc parental, plus présent dans léducation de chaque enfant. Dailleurs ne disait-on pas aux mères, "élève ton premier enfant, les autres suivront".
Reste quà 3 ou 8, laîné reste laîné, surtout lorsquil sagit dun garçon. Il aura toujours beaucoup plus de droits que ses frères et surs avec qui il pourra se comporter avec brutalité, surtout si ses parents lui reconnaissent le droit de sévir. Il nempêche, ce rôle reste lourd à porter, car on lui demande généralement plus quil ne peut donner : être responsable de lui-même, surveiller ses surs, les protéger, éduquer le petit frère, sortir sa mère
En somme, endosser le rôle dun deuxième père (ou une deuxième mère lorsquil sagit dune fille).
Petite famille / grande famille : la guerre civile
"Mes parents ne se sont jamais autant disputés que quand mes oncles et mes tantes venaient à la maison. Non seulement, ils étaient souvent là, mais ils se mêlaient de tout, nous jugeaient, médisaient et leur plus grand jeu était de monter les membres de la famille, les uns contre les autres". Vous avez dit famille, je vous hais ? Rappelons que la famille marocaine repose sur le modèle tribal, doù limportance des liens avec les membres de cette "famille élargie". La tante représente dans ce cadre une mère de substitution, loncle, un père de substitution et ces cousins, cousines que vous détestez tant, autant de frères et surs. Aujourdhui, la tendance est au délitement de ces liens : on nhésitera plus à rompre, même dans la douleur, avec le reste de la tribu. Et les témoignages concordent : "Je crois que la dernière fois que jai vu mes oncles, cétait à lâge de 5 ans. Aujourdhui, que jen ai 23, je ne connais pas mes cousins", raconte Yahia. À peu de choses près, les motifs de rupture sont toujours les mêmes : envie, jalousie, médisance
Couple / belles-familles : lenfer, cest les autres
Toutes les familles sont amenées à devenir la belle-famille dun gendre ou dune bru. Et cette famille qui vous semblait idéale peut se transformer en un véritable enfer, ici peut-être plus quailleurs. En effet, pour la psychologue Assia Mseffer, "culturellement, notre référence est analogique. On cherche toujours les similitudes alors quon fait taire les distinctions. On se voit en miroir". La belle-famille perturbe précisément ce schéma car elle est forcément différente, socialement ou ethniquement. Dans cette guerre dinfluence, de pouvoir sur le jeune couple, chacune campera fièrement sur son "chez nous, cest comme ça
" - sous-entendu, bien sûr, cest mieux chez nous que chez vous -, essaiera de faire valoir que nous (hna) avons toujours raison alors que vous (ntouma) êtes toujours dans lerreur
Dans les faits, cette "guerre des Rose" est souvent entretenue par les femmes de la belle-famille (belle-mère, belles-surs) et elle peut engendrer de véritables conflits dans le couple quand elle ne sont pas à lorigine de divorces. "Je ne supportais plus les jugements catégoriques de ma belle-mère qui multipliaient les phrases assassines à mon encontre", confie Khadija, "je pense quelle ne voyait en moi quune pâle copie delle-même. A chaque fois que jen parlais à mon mari, il prenait sa défense. Pire, il ne supportait pas la moindre critique. À la fin, il en venait même à maccuser de tout inventer, den rajouter et de vouloir le séparer de sa famille". Pour Soumia, lenfer a pris le visage de sa belle-sur, "elle disait tout le temps que javais plus de "saâd" (chance) quelle, car mon mari (son frère) était attentionné, prévenant
et que je nen étais pas digne". La sociologue Soumaya Naâmane Guessous ajoute : "Tout est amplifié lorsque le couple cohabite avec la belle-famille (le plus souvent celle du mari). Belle-mère et belles-surs font tout pour que la nouvelle venue nait aucun pouvoir
même pas sur son mari. Elles la considèreront comme lassistante ménagère. De plus en plus de femmes refusant de rester cantonnées dans ce rôle, les couples sont de plus en plus nombreux à vivre séparés, chacun dans sa famille respective, en attendant de pouvoir soffrir un logement". En somme, ils ont préféré la peste au choléra. |
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Typologie de la belle-mère
Rédigée au féminin, cette typologie de la belle-mère se lit aussi au masculin ! Sauf pour "Drra", la polyandrie nexistant pas.
Drra*
Il ny a rien à faire : vous lui avez volé son fils, son homme, son amour, celui qui, petit, voulait lépouser. Cest tout le temps la compét : "Dis-moi, cest étonnant ce goût de cumin dans ton couscous", "tu es sûre que laspirine cest ce quil faut pour les maux de tête de Hammouda ?", "Je tai acheté une chemise chéri, je naime celle que tu portais hier
Ah bon, cest un cadeau de Leïla"
Pour tout, même pour les petits gestes de la vie quotidienne, ne cherchez pas, elle fait tout mieux que vous. Et ce nest pas Hammouda qui la contredira.
Ange ou démon ?
Elle est capable du pire comme du meilleur. Si elle vous a tout de suite adoptée ne vous appelle-t-elle pas "benti" depuis le premier jour ? -, elle est tout autant capable de vous asséner, grand sourire aux lèvres : "Tu nes quune bent nass (la fille des autres), moi je parlais à MON fils", de faire semblant dêtre malade
un vendredi à 12h30 pour vous obliger à venir manger son couscous, mais aussi de vous soutenir alors que votre mari vous a claqué la porte au nez. Bref, plutôt désarçonnant, toutes les brus le disent : "Le plus dur, cest que je narrive pas à la situer".
La parasite
Elle appelle tous les samedis matins : "Ouldiiiii, jai besoin daller au marché central et ton père est malade
Jespère que vous navez rien prévu". Ça tombe tout le temps mal, parce que JUSTEMENT vous aviez prévu quelque chose. Mais ça, elle sen moque. Les vacances ? "Pourquoi on ne louerait pas une maison tous ensemble en bord de mer ? Je suis sûre que les enfants seraient contents de voir leur grand-mère". Depuis que vous avez osé dépasser les deux blocs dimmeubles qui vous séparaient, elle pleure jour et nuit : "Mon fils est partiiii à létranger".
La marâtre
Elle ne vous aime pas et ce, depuis le premier jour. Le jour du mariage, elle a pleuré, pleuré, pleuré
Par la suite, cest vous qui avez pleuré, pleuré, pleuré
: "Si vous nétiez pas heureux, je ferais tout pour vous séparer", vous dira-t-elle les lèvres pincées. Vous laurez compris, la marâtre nest capable que du pire. Critiquer tout ce qui se rapporte à vous : vos fringues, votre coiffure, votre boulot, votre appartement
jusquà vos enfants. Un seul mot : courage !
La copine
Autant dire lespère rare. Présente sans être omniprésente, attentionnée sans être étouffante, souriante sans être hypocrite, contente de vous voir
sincèrement. Une fierté face à vos copines qui se plaignent de ces anges-démons, parasites et marâtres que sont leurs belles-mères. Une vraie complicité vous lie : "Aaaah, soupire-t-elle, je te comprends ma fille, mon fiiils, je le connais, tu lui donne ça, il te demande ÇA ". Elle ne vient pas chez vous si elle nest pas invitée, le vendredi, cest si ça vous fait plaisir et elle commente même avec vous la Star Ac
Cest dire.
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La guerre des tranchées
Ils se marièrent, eurent des enfants et vécurent heureux. Mais cétait compter sans leurs familles et tous les événements de la vie où elles sont amenées à se retrouver
et parfois à se détester.
Mariage : l'intifada naura jamais lieu
Pour Soumaya Naâmane Guessouss (SNG), "une demande en mariage peut vite se transformer en conflit israélo-palestinien !". Et ça commence dès la présentation de votre futur(e), qui, famille comprise, doit être accepté. Une gageure quand la |
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moindre différence, régionale ou sociale, est source de conflits. Et ça ne fait que se corser puisque le fossé se creuse de plus en plus entre parents et enfants. Qui, en plus dimposer leur choix marital, "préfèrent investir dans leur intérieur plutôt que de dépenser un argent quils nont pas pour faire plaisir à des gens quils ne connaissent pas", explique SNG. En effet, combien dentre vous ont dû négocier des heures durant la liste des invités, le choix du traiteur, après avoir renoncé de guerre lasse à une première intifada concernant la tenue même de la cérémonie. Pour la mère de la mariée, labsence de cérémonie reste une hérésie : pour elle, ces festivités marquent la fin de sa mission et lui permettent de régler ses comptes publiquement, "vous avez jasé sur ma fille ? Regardez maintenant, elle est casée". Quand le mari, smicard, tient bon et ne fléchit pas aux pressions, sa belle-famille peut aller jusquau pire : "Ila machi rajel (si tu nes pas un homme), pourquoi tu veux te marier ?". Difficile, la vie de couple établie, doublier laffront. Mais attention, dans la majorité des cas, le mariage est avant tout une affaire de belles-mères, qui souvent
ne sont jamais daccord : "Si chez vous cest une nuit, chez nous cest trois"
Autre source de conflit, la dot. Vous la pensiez dépassée et refusiez dêtre une marchandise que lon achète ? Vos parents ne voient pas la chose du même il : "Après avoir cédé à mon père et accepté que la somme de 10.000 DH, qui figure sur le contrat de mariage, cest mon propre chèque que mon futur mari avait dans sa poche au cas où les adoul lui auraient demandé de me donner ma dot", raconte Marwa, 36 ans.
Naissance : qui sont les parents ?
Les premières remarques aimables fuseront à propos du sexe de lenfant : "Cest une fille ? Quel dommage !". Suivront celles concernant le choix du prénom : tout le monde a un avis, surtout les deux belles-mères. Viendront les pressions pour les festivités. À peine sorti dune cérémonie de mariage qui la ruiné, le couple est replongé dans les négociations concernant le sabâa : liste des invités, traiteur, mouton ou vache
Les couples qui ont programmé une naissance tardive et ils sont de plus en plus nombreux, ne sont pas non plus épargnés. Lépouse surtout : "Cela faisait à peine un an que nous étions mariés et déjà ma belle-mère mavait baptisée la mule. Je nétais toujours pas tombée enceinte", confie douloureusement Lamia. Dans une société où la femme prouve son existence par la matrice, il nest pas rare de rencontrer des belles-mères comme la sienne. Qui nhésiteront pas à détruire le couple sil reste "stérile".
Divorce : les familles se lâchent
Le couple y arrive généralement quand la situation entre eux est définitivement pourrie. Doù les dégâts qui sensuivent. En effet, alors que leurs problèmes auraient peut-être pu se résoudre par le dialogue, un bilan des relations conjugales
, lun et lautre préfère en référer à sa mère (ou à ses surs), ce qui ne fera quenvenimer les choses. La mère nayant quun seul son de cloche, souvent le seul quelle veuille entendre, prodiguera des conseils tous plus dangereux les uns que les autres. En effet, au lieu dappréhender la crise de façon rationnelle, lémotionnel prend le dessus, surtout lorsquil sagit de la mère de lépouse. Tout simplement parce quune femme se confiera plus volontiers à sa mère quun homme : "Deux cas de figure. Soit la mère assènera des "sbri" (sois patiente, endure), soit elle ajoutera de lhuile sur le feu", précise SNG. Transférant ainsi sur son gendre tout ce quelle na pu dire, elle, à son mari. Dans ce climat pour le moins tendu entre les époux, difficile que la guerre ne se déclare pas entre les deux familles. Guerre qui peut devenir nucléaire une fois le divorce prononcé, quand la mère du divorcé, cette fois, exige le respect des privilèges de son fils.
Décès : union sacrée ?
Contrairement au mythe, un décès ne signifie pas toujours le pardon, les retrouvailles, lunion sacrée : "Quand ma mère est décédée, sa famille sest déchaînée sur mon père allant jusquà porter plainte contre lui pour meurtre. Trente ans plus tôt, ils navaient pas accepté leur mariage". Cas extrême, ce témoignage nen est pas moins révélateur de ce quexplique SNG : "Les décès font remonter à la surface toutes les rancoeurs". Du coup, la disparition dun membre de la famille, plutôt que la réunir, peut engendrer des ruptures définitives : "Avec mes quatre frères et sur, nous ne nous voyons plus depuis le décès de ma mère. Beaucoup de choses nous opposaient, mais ma mère restait le lien indéfectible, sa disparition a sonné le glas de nos hypocrisies", confie Hafid, 48 ans.
Héritage : de largent, des hommes
Contrairement à toutes autres situations conflictuelles, lhéritage est lapanage des hommes : non seulement ils héritent du double, mais ce sont eux qui gèrent le patrimoine. Plus particulièrement laîné, quen théorie personne ne devrait contredire. Mais en théorie, il devrait être juste aussi. Or, celui-ci étant tenté dabuser des privilèges que lui confère sa primauté, les tribunaux regorgent daffaires dhéritage qui déchirent des familles : "Quand mon grand-père maternel est mort, lun de ses fils a renié celui qui était son frère depuis 40 ans, mais qui en fait était adopté, allant jusquà porter plainte contre lui. Tout cela pour toucher sa part dhéritage". Vous avez dit famille, je vous aime ? |
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