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Par Khalid Tritki
OFPPT. Larbi Bencheikh Lhomme à abattre
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Larbi Bencheikh ne peut être
démis de ses fonctions que
sur décision royale... (DR)
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Jamais un directeur général de lOFPPT na cumulé autant de griefs contre lui. Ses détracteurs vont jusquà semer le doute sur sa gestion des marchés de lOffice. Et comme un malheur ne vient jamais seul, la CGEM demande sa tête.
Tirs croisés sur Larbi Bencheikh, directeur général de lOffice de la formation professionnelle et de la promotion du travail. Depuis juin dernier, lOffice vit une situation inédite. Six directeurs centraux ont reçu de curieuses notes daffectation, ne mentionnant ni leurs nouveaux postes, ni leurs nouvelles fonctions. Dans la même foulée, et suite à leur refus de prendre acte de cette décision, le directeur général de lOffice leur a coupé les indemnités afférentes à leurs anciennes |
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responsabilités.
Parallèlement, la Confédération patronale crie au scandale. Une lettre, au ton vindicatif, a été adressée au ministère de tutelle. Elle se résume en une seule phrase : le renvoi de Larbi Bencheikh. Comment ce dernier a-t-il concentré contre lui autant danimosité ? Un proche de Bencheikh répond : "Lorsquon a la tête dure et le cran daffronter les anomalies qui se sont installées à lOffice, on subit le feu de ceux qui y perdent leurs intérêts". Les choses ne sont pas aussi simples.
La fronde contre Larbi Bencheikh a été déclenchée suite à des incidents majeurs. Des événements mettant le doute sur la gestion du directeur général ont poussé à la rébellion. Deux versions des faits sentrechoquent pour justifier létat d'esprit actuel des collaborateurs de lOffice. La première version, telle qu'expliquée dans une lettre reçue par Saïd Oulbacha, secrétaire dÉtat à la Formation (dont une copie a été adressée à Driss Jettou en personne), révèle des infractions aux procédures de lancement et dattribution des marchés publics.
Les premières frictions, latentes il faut le souligner, sont intervenues en 2003. Larbi Bencheikh est à peine depuis deux ans à la tête de lOFPPT. Conformément au plan daction, lOffice sapprête à lancer un appel doffres pour la construction dune unité de formation à Casablanca, dédiée aux métiers des call centers. La société Marouana gagne le marché, mais "suite aux instructions du directeur général, le marché est annulé. Sa décision se base sur un rapport technique signifiant que les prix sont anormalement bas", note la lettre adressée à Oulbacha. Le marché est relancé le 13 décembre 2004 et cest la société Samfor qui le remporte. Montant : plus de 15 millions de dirhams. Un deuxième marché lancé en janvier 2004 va semer le trouble chez les collaborateurs de Bencheikh. Il sagit de lappel doffres pour la construction dun centre à Marrakech, dédié aux nouvelles technologies de linformation. Lopération a été annulée, toujours selon les instructions du directeur général. Samfor est de la course et se positionne en favorite. Imprévu : sa concurrente présente une offre 2,5 millions de dirhams de moins. Le comble est que la commission technique lui attribue une note inférieure à celle obtenue par Samfor. Le marché est annulé encore une fois. Une troisième puis une quatrième tentative nont rien donné. Le marché nest toujours pas attribué. Selon les détracteurs de Bencheikh, ce dernier fait tout pour que la société Samfor obtienne le maximum de marchés. Samfor a, en effet, obtenu plusieurs marché dont la valeur globale avoisine les 60 millions de dirhams. Toutefois, il est difficile détablir un lien entre le directeur général de lOffice et Samfor. Cette dernière, comme sa raison sociale lindique, est spécialisée dans laménagement et le forage. Or, au ministère de lÉquipement, elle a été classée, et depuis des années, parmi les sociétés de construction. À lépoque, Abdelkebir Zahoud, actuel secrétaire dÉtat à lEau, y était actionnaire. Il a récemment vendu ses parts. Notons que Zahoud et Bencheihk sont des amis et des collaborateurs de longue date. Mais cela ne prouve rien. Interpellé, Larbi Bencheikh délègue son directeur des moyens généraux pour nous répondre. Selon Mohammed Akhrif, "les marchés de construction et dextension sont adjugés par des commissions réglementaires et souveraines, aux sociétés les mieux disantes et les plus avantageuses pour linstitution. Le rôle du directeur général se limite à un pouvoir dapprobation à la fin des procédures". La réponse de lOffice a été accompagnée par la note dadjudication du marché portant la signature de lancien directeur des moyens généraux. Le marché y est attribué de la manière la plus réglementaire et Bencheikh ny apparaît pas.
Cela nempêche que le doute sest installé parmi les directeurs centraux, dont lattitude devenait de plus en plus accusatrice à légard de leur supérieur. La goutte qui va faire déborder le vase tombe en juin dernier. Un autre appel doffres est lancé, cette fois, pour lachat déquipements de restauration. Les choses se passent bien jusquau moment où il faut choisir la société qui doit livrer léquipement. La commission tranche en attribuant un lot à la société Sylvanox. Il restait deux autres lots. Concernant ces derniers, les offres de Sylvanox dépassaient lestimation de lOffice de plus de 50 %. Elle a donc été écartée par la commission sur les deux lots restants. Larbi Bencheikh nétait pas de cet avis. Il sest emporté en portant des accusations graves à lencontre de son directeur financier. Et joignant le geste à la parole, il lempoigne et le bouscule avec rudesse. Le mal était fait. La fronde pouvait commencer. Un mouvement de solidarité sest constitué derrière le directeur financier. Un écrit a été dépêché à Oulbacha qui préparait une autre attaque contre le directeur général de lOffice.
Un courrier, signé par Saïd Oulbacha et adressé à la Primature, souligne avec force lincompétence de Bencheikh. Dans cette missive datant de juillet dernier, le secrétaire dÉtat explique comment Bencheikh a fait capoter les plans développés dans le cadre de la coopération internationale. "Le projet APC (Approche par compétences) est bloqué par lOFPPT depuis plusieurs mois et lambassadeur du Canada ma rendu visite le 17 juin 2004 pour me faire part de sa préoccupation et de son incompréhension face à la position de lOffice, qui nest partagée ni par le ministère, ni par les formateurs, ni par les professionnels, ni par les experts étrangers", révèle la note dOulbacha. Lindignation de ce dernier est justifiée. Pour cause, le projet APC est un concept innovant pour le Maroc. Il vise la mise à niveau des formateurs. Ce qui devrait en principe plaire à Bencheikh, qui na pas cessé de pointer du doigt le niveau des formateurs issus de lOffice. Cerise sur le gâteau, le projet APC devait être financé par un don de lagence canadienne pour le développement industriel (10 millions de dollars canadiens). Il comprend trois volets. Le premier consiste en lappui à six établissements de formation dont trois relèvent de lOffice et trois autres du ministère du Tourisme, de celui de lAgriculture et enfin de lArtisanat. Alors que tout se passe bien pour les trois derniers, ceux de lOffice sont en stand by. Le secrétaire dÉtat a tenté de ramener Bencheikh à la raison en convoquant une réunion avec la partie canadienne. Bencheikh ne sest pas présenté. Et il est à craindre que le comportement de Bencheikh porte atteinte à la coopération avec lUnion européenne.
En effet, le programme de financement MEDA I qui porte sur la période 1999/2004, ne sest pas déroulé aussi bien que lOffice le prétend. "La délégation européenne na pas cessé de relancer le ministère sur les insuffisances de lOFPPT en matière de gestion du projet", martèle la lettre adressée à la Primature. LOffice affirme le contraire : "Pour ce qui est des projets financés dans le cadre de la coopération internationales, leur déroulement est exemplaire au sein de notre institution et toutes les procédures sont respectées", explique Mohammed Akhrif au nom du directeur général. Or, la lettre dOulbacha révèle que "la mobilisation de lassistance technique au secteur de la confection a été annulée, lOFPPT nétant pas parvenu en 3 ans à conclure un contrat pour cette opération. Cette annulation sest traduite par une perte de 5,6 millions de dirhams pour le Maroc". Dautres contrats ont pris 14 mois pour être réalisés alors que le règlement des marchés financés par lUE impose un délai de 3 mois. Au-delà, lUE peut faire marche arrière.
Saïd Oulabacha ne sest pas limité à cette lettre. Il a prévu la tenue dun conseil dadministration le 12 juillet dernier, qui a été reporté. Mais le comble est que les résolutions du conseil étaient prêtes bien avant sa tenue. Pour lessentiel, elles retiraient les pouvoirs de nomination et dapprobation des appels doffres à Bencheikh. Les futures anciennes résolutions devaient rétablir les six directeurs centraux dans leurs postes et soustraire la gestion de la coopération internationale au directeur contesté. En gros, si ce conseil avait été tenu, Larbi Bencheikh serait devenu un directeur général pour la décoration, sans pourvoir ni droit de regard. Cest justement tout ce que peut faire son ministre de tutelle. Étant nommé par dahir, le directeur général de lOffice ne peut être démis que par décision royale. Mais si le secrétaire dÉtat et la Primature sactivent, le Palais finira par réagir. En tout cas, la tenue du conseil dadministration est toujours à lordre du jour. Bencheikh peut se faire du souci. |
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Formation. Des omelettes sur le tableau
Les témoignages de certains formateurs provoquent un sentiment de pitié. Selon lun dentre eux opérant au centre de Tétouan, spécialisé dans les métiers de la restauration, "faute de poêles, nous apprenons aux élèves la préparation dune omelette sur le tableau". Les ouvertures des centres se font parfois avec le strict minimum : des chaises, des tables et un tableau. Un autre précise que faute dun autocar pour la formation, le centre de Tanger, qui forme au transport routier, en loue un à 250 DH l'heure. La facture du mois se chiffre à 50.000 DH. Et ce, au moment où Larbi Bencheikh crie haut et fort quil a fait économiser de largent à lOffice. De même, lOffice fait de plus en plus appel à des vacataires et, tenez-vous bien, la facture des contrats de services et vacataires est passée de 5 à 30 millions de dirhams. Laugmentation des effectifs des bénéficiaires de la formation, dont il est fier, sest soldée par un taux doccupation des salles dépassant 115 %. Presque la moitié de son programme de construction de centres est tombée à leau à cause des retards et des annulations des appels doffres. Cest dire que les chiffres présentés au Premier ministre sont de la poudre aux yeux. La vérité est ailleurs. Le cumul de tous ces facteurs a poussé la CGEM, sous pression des grandes associations et fédérations, comme le textile, le tourisme et les nouvelles technologies, à demander la tête de Bencheikh. |
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