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Maroc/Algérie. Je t'aime, moi non plus
Portrait. Le fou du roi
N° 144
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"Etre accusé de terrorisme m’honore"

Abdelbari Atwane
(Directeur d'Al Qods Al Arabi)
Antécédents

    1950. Naissance dans un camp de réfugiés à Gaza
    1967. Émigre en Jordanie
    1974. Licencié en journalisme au Caire
    1989. Publie Al Qods Al Arabi à Londres
    1996. Premier journaliste à interviewer Ben Laden à Tora Bora
    2001. Analyste vedette sur plusieurs chaînes mondiales après le 11 septembre

Smyet bak ?
Mohamed Nabhane Abou Atwane. Analphabète.

Smyet mok ?
Darifa, sa cousine.

Nimirou d’la carte ?
Là où je vis, en Grande-Bretagne, nous ne sommes pas tenus d’avoir constamment nos cartes d’identité sur nous.

Qu’est-ce que ça fait de passer d’un misérable camp de réfugiés aux plus grands plateaux télé du monde ?
La souffrance donne à l’être humain une force et une ambition peu ordinaires. Mais pour répondre à votre question, je ne sais pas comment cela s’est passé. Je n’ai rien planifié. C’est peut-être le fait de croire en une cause juste.

Ou la rancœur ?
C’est sûr. Je suis rancunier envers ce monde injuste qui nous humilie et contre ces systèmes de gouvernance qui nous condamnent au sous-développement.

Et sans qui vous n’auriez pas été M. Atwane...
J’ai de la chance, que voulez-vous ? La dictature des systèmes arabes et des États Unis me donne la possibilité d'exprimer franchement ce que je pense, ainsi que de larges franges de la population, sur tout ce qui se passe.

Au risque d'inciter ces larges franges à la violence, à la dissidence ?

Je rapporte une réalité. De toutes les manières, je ne peux pas être modéré. J’ai vécu dans un camp de réfugiés pendant de longues années, j’ai mangé du pain et du sel, alors que les modérés d’aujourd'hui se la coulaient douce dans les plus grandes capitales du monde.

Qui vous finance après la chute de Saddam ?
Cela fait 2 ans que Saddam n’est plus et nous n’avons pourtant pas disparu. Nos prédateurs ont fait circuler ces informations sur le financement d’Al Qods pour en finir avec un journal qui agace. Al Qods n’est pas une grande structure et vit de ses propres ressources, comme n’importe quel journal indépendant. La page de pub coûte 10.000 dollars chez nous. Et puis, même si Saddam nous financait, je considèrerais cela comme un honneur. Un grand leader arabe comme lui est toujours mieux que la CIA.

Pourquoi aimez-vous entretenir le flou à chaque fois ?
Il n’y a pas de flou. Je suis contre la politique américaine et, forcément, je me trouve des points communs avec tous ceux qui disent non au géant américain.

Dont Ben Laden ?
Ben Laden est un cheikh, fortuné et grand alem en religion. Je dis cela en connaissance de cause pour l’avoir fréquenté durant une semaine à Tora Bora.

Vous vous rendez compte que vous défendez un dictateur et un terroriste ?
Je ne crois pas que le terrorisme soit une accusation qui déshonore celui qui croit en la justesse de sa cause. L’islam encourage à terroriser son ennemi (Arhibou âdouwakoum). Le terrorisme est une accusation qui m’honore.

Tuer des innocents vous honore ?
Je suis contre cela, mais nos ennemis le font aussi. Israël et les USA sont d’ailleurs les premiers à condamner le terrorisme, eux qui tuent des enfants chaque jour.

Vous oubliez que des musulmans ont tué des enfants à Beslan !
Et c’est malheureux. J’ai d’ailleurs condamné la tuerie de Beslan.

Condamner et exciter la rue arabe depuis Londres, c’est facile !
Mon destin m’a amené ici, et c’est une chance pour pouvoir contribuer au changement dans le monde arabe. Ici au moins, je sais que je ne risque pas d’être tué ou emprisonné. Je ne cherche pas la gloire, j’ai déjà refusé d’être ministre au sein de l’autorité palestinienne. Je jouis d’une liberté que je mets au service d’une cause.

 
 
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