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N° 144
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Laetitia Grotti

Amérique. Haïti, la maudite

(Photo AFP)
Des populations meurtries, des villes désolées, des humanitaires dépassés… Tel est le triste bilan de Jeanne en Haïti.


Il y a dix jours, la tempête tropicale Jeanne dévastait Haïti, qui figure déjà parmi les pays les plus pauvres de la planète. Les chiffres officiels rendus publics par l’ONU sont effarants : près de 1500 morts, plus de 1000 personnes disparues et 2500 blessés. Des milliers d’habitants de Gonaïves (une des principales villes d’Haïti), chassés de leurs maisons inondées ou
détruites par la tempête tropicale Jeanne, s’entassent depuis une semaine dans des églises et des écoles où ils survivent dans le plus grand dénuement et sans hygiène. Les premiers jours, des scènes apocalyptiques faisaient suite au désespoir le plus total : des camions déversant des dizaines de corps repêchés des eaux dans des fosses improvisées. Des badauds hurlant : "Nous avons demandé que les équipes de la Protection civile viennent ôter les corps de nos champs parce que les chiens commencent à les manger", d’autres expliquant que "nous ne pouvons utiliser l’eau dans laquelle les gens sont morts". Les survivants de Gonaïves sont affamés, assoiffés et moralement détruits.
Dimanche, un convoi d’aide humanitaire était attaqué en plein centre-ville par plusieurs dizaines de jeunes armés de barres de fer. Cet incident grave, le premier du genre, survient alors que l’acheminement et la distribution de vivres aux sinistrés s’effectue depuis plusieurs jours sous haute surveillance, les convois étant escortés par des soldats de la Minustah (mission de stabilisation des Nations unies), qui veillent ensuite à ce que la distribution se déroule en bon ordre. Du coup, dans ce pays ravagé et exsangue, ce ne sont que scènes de désolation, à l’instar de ces milliers de femmes, munies de sacs ou de récipients vides, patientant plusieurs heures avant de recevoir leur ration de lentilles et d’huile. Preuve ultime de la détresse de certains, un jeune garçon est mort écrasé par un des camions des convois humanitaires en tentant de s’y accrocher.
Sur le site de l’organisation humanitaire Care, dont les entrepôts abritent près de 2000 tonnes de blé, de riz, d’huile, de médicaments, de matériel de purification et de distribution d’eau des organisations humanitaires, 450 personnes campent sous des hangars et quelques tentes blanches qui viennent d’être montées. "Elles n’ont rien, sinon leur vie", résumait un volontaire de la Croix-Rouge haïtienne. Il est vrai que depuis que cette ONG a lancé un appel international, d’autres se mobilisent sur place. Parmi elles, Médecins sans frontières (MSF) et Médecins du monde (MDM). "La demande de soins ne cesse de s’accroître, nous recevons en moyenne 200 personnes par jour et sommes obligés de faire revenir nombre d’entre elles le lendemain", affirme ainsi un des médecins de l’organisation. En ce qui concerne les conditions sanitaires, le bureau de coordination des Nations unies prévient que "la rapide détérioration des conditions sanitaires pourrait provoquer des épidémies de malaria, de typhoïde et de tétanos. C’est en matière d’assainissement, d’hygiène et d’eau potable que nous avons le plus de besoins urgents, qui ne sont pas couverts". Gageons que ce type de catastrophe fasse réfléchir les "grands" de ce monde, pour qui la lutte contre la faim et la pauvreté brandie la semaine dernière à la tribune de l’ONU, reste accessoire.


Par Ariane Mélazzini

Irak. Vers une conférence internationale ?

Le projet a été annoncé mercredi par Colin Powell pour "la seconde moitié du mois de novembre". Cette conférence internationale sur l’Irak constitue déjà le nouveau point d’achoppement avec ses homologues français. En effet, M. Barnier a rappelé que la France avait proposé l’idée il y a un an, les États-Unis avaient alors fait la sourde oreille. Aujourd’hui, l’idée est acceptée - élections américaines obligent ? - mais la vraie ambition réside dans sa réussite. C’est ainsi que M. Barnier renouvelle ses inquiétudes quant à la composition des intervenants : "Le but est d’éviter que cette conférence ne représente que le gouvernement intérimaire irakien", elle doit aussi inclure "un certain nombre de groupes et de gens qui, actuellement, ont choisi la résistance par les armes"… Une phrase qui a donné des sueurs froides à C. Powell : "Une conférence qui inclue des gens qui combattent activement le gouvernement irakien, ce n’est pas ce que j’ai lu dans les déclarations françaises"… Et pourtant ! L’autre sujet de discorde étant le sujet des discussions qui, toujours selon M. Barnier, ne devraient pas se focaliser sur la tenue des élections en janvier 2005, mais aussi sur les étapes de ce processus, telles que définies par la résolution 1546 de l’ONU : "la nouvelle Constitution, un référendum sur celle-ci et la présence des forces internationales, notamment américaines". À suivre.


Italie. La rançon qui fâche

Après la joie suscitée par la libération de Simona Torretta et Simona Pari, les Italiens veulent savoir : y a-t-il eu rançon ou pas ? C’est ce que la presse nationale tente d’élucider sans relâche depuis mardi, date de leur libération, et elle a déjà gagné la confirmation du président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des députés, Gustavo Selva, membre de l'un des partis au pouvoir, sur le versement de la somme de 1 million de dollars. Un chantage "malheureusement" gagnant pour "l’armement et le recrutement de la guerre contre la paix et la démocratie dans cette région du monde", fustigeait ainsi l’éditorialiste quotidien d'opinion Il Foglio, proche de la majorité.


CNUCED. L’Afrique épargnée

"Au rythme où vont les choses, aucun des objectifs du millénaire ne sera réalisé en Afrique, non seulement au cours des 10 prochaines années, mais au cours des 100 prochaines années", la conclusion du rapport exposé mercredi par Gordon Brown, chancelier de l’Échiquier du Royaume-Uni à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), se veut aussi grinçant que lucide. Il préconise donc d’annuler la dette africaine en raison d’une situation non viable, l’Afrique versant plus d’argent à ses créanciers qu’elle n’en reçoit. Pour rendre l’Afrique solvable, il faudrait réduire la pauvreté de moitié d’ici à 2015… Autant parler d’utopie. Élémentaire, M. Brown !

 
 
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