|
Par Driss Ksikes et Khalid Tritki
Enquête. Les grandes fortunes berbères
Les fassis ne sont pas les seuls marocains doués en affaires.
Le grand capital amazigh a aussi ses stars, son histoire et ses particularités
En privé, le Premier ministre Driss Jettou se présente sereinement comme "un artisan de la chaussure". Un industriel du cuir, de père épicier, qui a gravi tous les échelons du succès économique et politique. Le maire de Casablanca, Mohamed Sajid, a la fière réputation dun homme daffaires, bailleur de fonds dONG de Taroudant, appelé à la rescousse de la politique |
|
locale. Le magnat de lindustrie, Aziz Akhennouch, affiche, à la tête de la région Souss Massa quil préside, la ferme volonté de ressusciter sa région et sa culture. Un industriel de Bni Iznassen, tout aussi puissant, Mohamed Hassan Bensaleh, a suffisamment la cote auprès du Palais pour quon le désigne discrètement premier non-Fassi éligible à la présidence de la CGEM. Cest clair, les grandes fortunes berbères deviennent plus visibles. La tendance nest pas nouvelle. Le bureau détudes Novaction avait prédit au début des années 80, chiffres à lappui, que "dans vingt ans, le capitalisme soussi supplanterait son rival fassi". Le temps est passé, mais la tendance na pas été totalement inversée. À défaut, on vit un remake de léquipe de résistants riches, venus du Sud, qui gravitaient autour de Mohammed V (Ahmed Oulhaj Akhennouch, Abdellah Abaâkil, Mohamed Amhal, Mohamed Wakrim et Mohamed Aït Manna). Une génération et quelque plus tard, les mêmes noms, ou presque, tiennent le haut du pavé de la bourgeoisie daffaires berbère. Economiquement, comme ethniquement, voire sociologiquement, les grandes fortunes berbères ont une histoire propre à raconter.
De l'épicerie au holding
Un peu dhistoire est nécessaire. Les Berbères, non Chlouh (Soussis), dont les plus illustres sont les Bensaleh, Demnati et Lyoussi, tiennent leur fortune subite dun père caïd, propriétaire terrien ou exploitant minier au temps du protectorat. Ceux qui nont pas été dépossédés de leur patrimoine (notamment Glaoui) ont su tirer profit dune parenthèse historique. Ils nont rien de commun avec les Chlouh du Sud qui accumulent leurs fonds depuis des siècles. Ces derniers sont traditionnellement des commerçants, des caravaniers, qui sillonnaient le Sahara jusquaux confins du Soudan. Prenez le fameux transporteur Aït Mzal. Il descend dune tribu de caravaniers. Avec la bénédiction du Makhzen, il a remplacé le chameau par le bus. Mais lorsquil a voulu soumissionner pour la CTM en privatisation, rapporte cet expert dans le secret des dieux, "Hassan II a apposé son veto".
Dautres ont dabord eu un réseau national dépiceries sous la main (160 chez Abdellah Abaâkil, 300 chez Moulay Massoud Agouzzal, etc). "Quand Agouzzal est venu me demander un crédit de 90 millions de dirhams pour acheter une sucrerie, le siège à Rabat a considéré que ses échoppes suffisaient comme garantie pour le lui accorder", raconte l'économiste Omar Akalay, chef dagence bancaire à lépoque. La capacité de lélite soussie à muter du petit commerce à la grande industrie a certainement une explication culturelle. "Cest une société paradoxalement solidaire et individualiste", note lanthropologue Mohamed Alhyan. Amenés historiquement à survivre en quittant leurs terres arides et hostiles, "les meilleurs commerçants se voient confier par leur famille ou membres de la même tribu des fonds pour les faire fructifier ailleurs". La solidarité ne suffit pas pour comprendre lesprit dentreprise des gens du Sud. "Ils ont en commun avec les Fassis, écrit lancien ministre des Finances, Mohamed Berrada, le sens de linnovation, la recherche du risque et la mobilité géographique". Le plus mobile de tous est Moulay Boujemaâ Ghennage qui doit, selon Akalay, son patrimoine hôtelier à son réseau de supérettes lancé depuis 1963 en Europe. La tendance nest pas nouvelle, dailleurs. "Les Soussis sillonnent les ponts des deux rives de la Méditerranée", rapportait Hassan El Ouezzan, dit Léon lAfricain.
Tout cela est bien beau, mais les leviers politiques nont pas manqué non plus, et ce dès le début de lindépendance. Certes, les hommes du Makhzen en ont profité en priorité. Mais Haj Omar Tissir (alias Ness Blaça), pour ne citer que lui, en faisait partie et cela lui a valu une nomination en or au conseil dadministration de la BNDE. Principale pourvoyeuse dagréments, de construction entre autres, "cette institution bancaire lui a permis de consolider sa place comme leader du bâtiment et des travaux publics", raconte lun de ses compagnons. Il est vrai que les Fassis ont eu une plus grosse part du gâteau, prééminence du parti de lIstiqlal oblige. Mais entre 1959 et 1960, il y a eu une parenthèse heureuse. "Sous le gouvernement Abdellah Ibrahim (UNFP), le critère majeur pour accorder des licences dimport nétait pas lappartenance ethnique, mais le fait dêtre anti-istiqlalien. Et les Soussis répondaient souvent à ce critère", explique Akalay. Cest ainsi que des nantis comme Abaâkil et Kassidi ont pu devenir les principaux négociants de blé au Maroc. "Leur marge de bénéfice était tellement grande, note Ahmed Benkirane, alors secrétaire dÉtat au Commerce extérieur, quils ont réussi, au moment de la marocanisation (après 1970), à acquérir des minoteries juteuses".
Quoique proches des socialistes et provenant dune région de "frondeurs", ces nouveaux capitalistes saffirment à lombre du sultan, et avec sa bénédiction quand il le faut. Agouzzal a racheté Chimicolor directement à la famille royale. Aït Menna doit beaucoup à son associé Salah Kabboud, qui était par ailleurs le moniteur de golf de Hassan II. Les autres exemples abondent. Mais il serait très réducteur dexpliquer lascension des Soussis uniquement par leur proximité du Palais. La preuve, au milieu des années 70, le ministère de lIntérieur décide de casser les reins des nouveaux venus, Soussis en particulier, dans le domaine du textile. Comment ? Alors que le secteur était protégé et limportation interdite, il crée une société écran, Zgafimex, qui distribue les licences à gauche et à droite permettant de noyer le marché par des produits venus de lEurope de lEst. Autre preuve, lorsque Hassan II leur demande de créer un holding régional au début des années 80, leur réaction est plutôt molle. Abdellah Azmani, Abderrahmane Bouftass et Mohamed Aït Mzal sempressent de fonder la société Touizi (dérivé de Touiza, forme traditionnelle de solidarité), juste pour lui faire plaisir. Ce sera un bluff dallégeance. Une manière très soussie de ne pas dire non.
Alliances multiformes
Si aujourdhui le capitalisme berbère a si fière allure, cest que du chemin a été parcouru au sein des entreprises. Au début, la force de chacun fut sa spécialisation. Les pionniers de lagro-alimentaire (Bouftass, Tazzit, Belhassan) ont réussi à se maintenir parce quils travaillent en vase clos avec le réseau dépiceries. Dautres plus puissants, comme Agouzzal, ont réussi à maîtriser toute la chaîne de leur filière (tanneries, peinture industrielle) en multipliant les acquisitions. Dautres investisseurs ont fait montre de suffisamment de capacité dadaptation pour savoir changer de cap. Cest le cas de la famille Raji. Grands négociants du thé après lindépendance, ils se sont reconvertis, après la nationalisation de lOffice national du thé et du sucre, dans la promotion immobilière. Aujourdhui que le secteur sest re-libéralisé, ils reviennent de plus belle avec une marque phare sur le marché (Sultan). "À ce stade, industriel, moderne, les ressorts traditionnels de la solidarité soussie, tel 'Adoual' (travail sans rémunération, compensé par une part du chiffre daffaires), pratiquée dans les petits commerces, nest plus à lordre du jour", démontre Alhyan. Mais pour mieux réussir, les Soussis se mettent souvent en binôme, voire en trio. "Cest parfois une manière de transposer la solidarité tribale", comme pour le trio Jettou-Bouftass-Tazzit. Dautres fois, cest une connivence historique, politique, comme lillustre le couple Akhennouch-Wakrim, inséparables depuis le mouvement national. Dautres fois encore, le tribal et le politique justifient lalliance. Ainsi de Kabboud-Aït Manna, unis par Demnat et les circuits de golf.
À mesure que grossit le portefeuille de ces capitalistes, le maître mot devient "diversification". Les premiers holdings datent de 1973. À lépoque, ils ne sont pas exclusivement berbères, puisque Kassidi et le très Fassi Mohamed Karim Lamrani faisaient équipe dans le groupe Tarik Anoumou. Deux ans plus tard, la famille Lyoussi leur emboîte le pas, avec Omfipar. "À mesure que grandissent les groupes, le besoin davoir un pôle financier devint pressant", explique léconomiste Mohamed Saïd Saadi. Or, depuis que Houcine Demnati avait tenté, en 1944, de créer avec Jean Epina, fondateur de lONA, une banque daffaires, le rêve de diriger une institution financière est resté en suspens. Pour lexaucer, un groupe dinvestisseurs (Taïssir, Bouftas, Aït Menna) emmenés par Najem Abaaqil (majoritaire avec 23 %), entreprennent dacheter 80 % de la BMAO (Banque marocaine dAfrique et dOrient) en 1974. "Il sagissait pour eux de démocratiser laccès au crédit. À lépoque, il fallait avoir un nom qui sonne fassi pour ne pas attendre indéfiniment le déblocage dun prêt", raconte le banquier Akalay. Quelques années plus tard, le projet est mort et la banque a été absorbée par la BNDE. Le groupe dactionnaires a payé 200 millions de dirhams dans la douleur. Ce fut le premier échec cuisant de la finance berbère naissante. Les explications divergent. Certains pensent quils se sont comportés avec cette banque comme avec "une vache à lait", dautres leur reprochent "leur manque de professionnalisme". Mais tous pointent du doigt Abaaqil, aujourdhui en fuite dans la fameuse affaire des minotiers. Pourquoi la banque des Berbères, pourtant connus pour leurs agadirs*, a-t-elle failli ? Manque de compétence ou incapacité à tenir tête aux mastodontes de la place ? Lautre échec, celui de lAlgemeine Bank, emmenée par Kassidi, fait penser aux deux, selon les spécialistes.
Mais au-delà des explications techniques, les fortunés, berbères comme fassis, subissent depuis la fin des années 80 un climat malsain, hostile à linvestissement, distillé par Driss Basri, sur instigation du roi. Se succèdent à lépoque plusieurs attaques frontales. Il y a dabord eu la hamla contre la hausse artificielle des prix dans les épiceries. "Cest bien fait pour eux", disait-on ici et là, assimilant les tenants de ces échoppes à de "voraces usuriers". Frappés par des amendes qui dépassaient de loin leurs chiffres daffaires, certains épiciers se suicidèrent (le cas dun commerçant de lAgdal reste dans les annales). Ensuite vint lopération Mosquée Hassan II. "Elle a été vécue par les fortunés comme une opération de dépouillement programmé", rapporte Akalay. Enfin, arriva le fameux assainissement de 1995.
Autant les hommes daffaires berbères se sont vite relevés de leurs échecs bancaires, autant ils ont eu du mal à surmonter la méfiance née de ces assainissements arbitraires. "Les Soussis sont connus pour leur flair commercial et leur côté batailleur", explique Mohamed Berrada. Pour surmonter la débâcle bancaire, le jeune Bensalah sest très bien redéployé dans les assurances. Son alter ego, Aziz Akhennouch, a bien repris laffaire de son père et fondé un holding puissant. Le cas de ces deux leaders "nouvelle génération" est exceptionnel, mais pas forcément représentatif. Pourquoi ?
Primo, ils font partie dune petite poignée qui a décidé de saccrocher aux hommes du pouvoir (ils sont très proches de Fouad Ali El Himma) pour avoir plus de visibilité et prévenir les mauvais coups avant quils ne soient déclenchés. Avec dautres, comme Mustapha Amhal, ils sont la partie visible de liceberg. "La plupart, invisibles, font tourner les affaires courantes et thésaurisent, par pure méfiance", remarque ce banquier qui déplore la surliquidité générale. Deuxio, mis à part ces premiers de la classe, merveilleusement bien cooptés, "les Berbères continuent de buter sur le mur financier, seul à même de leur donner des ailes", note Saïd Saadi. Il pense que sur ce plan, les Fassis ont toujours une longueur davance. Quoique "la plupart de nos banques soient réellement managées par des étrangers", estime Mohamed Berrada. Tertio, excepté Akhennouch dont le père a eu lintelligence de le laisser faire de son vivant, parce quil avait confiance en ses compétences, "la plupart demeurent freinés par le traditionalisme de pères qui ne veulent pas lâcher prise, quitte à aller vers la faillite". Le cas de Tissir étant le plus symptomatique dune fortune estimée en 1978 à 280 millions de dirhams, qui est aujourdhui complètement engloutie. Enfin, ces jeunes diplômés qui parviennent à booster des affaires aussi juteuses ne sont pas légion. La faute à qui ? Au makhzen, à la fuite des cerveaux, à labsence dune politique dinvestissement, à linféodation de la justice et à bien dautres maux qui nous rongent. Parce que, sinon, les capitalistes soussis auraient pu facilement faire mieux que les Fassis. Ou au moins pareil.
*Banques ancestrales où les Soussis déposaient leurs biens
|
 |
Famille Abaâkil
La fortune des Abaâkil est liée à lhistoire de son fondateur. Abdellah Abaâkil, né dans la région de Tafraout, a entamé sa vie active à Tanger en tant que commerçant. Au moment de lindépendance, on lui attribue plus de 160 épiceries. Entreprenant, il sappuie sur deux familles très en vue dans la région du Nord, les Derhem et les Bouaida, pour fonder une minoterie à Tanger et, en 1962, une usine de fabrication de piles (Electrochimie Africaine). À lépoque, il était proche de lUNFP et compte parmi ses fondateurs. Plus tard, il a pris ses distances par rapport au parti et sest consacré à ses affaires. À la fin des années 60, il prospecte dans la région dAgadir et achète le terrain sur lequel sera bâti, près de cinq ans plus tard, lhôtel Anezi. De retour dAgadir, il décède en 1970 dans un crash davion. Ses deux frères ont, dès lors, entrepris de développer le patrimoine familial, mais chacun de son côté. Najem Abaâkil, détient dimportants intérêts dans lindustrie agro-alimentaire, le textile et la finance. Son frère Houcein Abaâkil, développe surtout la promotion immobilière en plus du contrôle dElectrochimie Africaine. De son côté, le fils de Abdellah, Azeddine Abaâkil, a monté une affaire dans les matériaux de construction (Société Sadet) à Rabat. |
|
 |
Famille Tissir
Qui ne connaît pas Haj Omar Ness Blassa ? Caractère du pionnier qui part de zéro, Haj Tissir a commencé comme tâcheron dans des sociétés de construction. Il a travaillé dur jusquà bâtir un empire dans le BTP. La CGEM étudie lidée de lui consacrer un hommage à titre posthume. En effet, Haj Tissir a brisé le monopole des étrangers sur la construction des gros uvres, comme les barrages, routes, ponts
La politique de la marocanisation lui apporte un cadeau en or. Il prend 50 % de la société marocaine Chaufour Dumez, la filiale dun géant français des BTP. "Haj Tissir a fait gagner à lÉtat des milliards en brisant le monopole des étrangers qui se faisaient payer en devises", confie Ahmed Benkirane, membre de la CGEM. En contrepartie, Haj Tissir avait sous sa coupe des projets denvergure, comme lautoroute de Casablanca. Malheureusement, le printemps Tissir sest achevé brutalement après la mort du fondateur. Daprès un témoin de cette époque, lÉtat, les banques et les conflits au sein de la famille ont porté un coup dur à la fortune familiale. Il n'en reste actuellement que des souvenirs. |
|
 |
Famille Aït Menna
Haj Aït Menna, le grand golfeur, originaire de Demnat, a fait du BTP son royaume. Parti de rien, il aurait même fait, à ses débuts, le trajet de Denmat à Casablanca à pied, Aït Menna travaillait dans une société de construction et de travaux publics. Sa baraka tire son origine de son alliance avec Haj Salah Kaboud, originaire de Demnat également, qui lui permet dapprocher Hassan II. Les deux hommes font route ensemble. Son patrimoine prend forme avec lachat en 1975 de la société Anciens établissements Maysonnier, spécialisée dans le négoce du bois. La même année, il prend, aux côtés de Kaboud, une participation dans la Société générale des routes maghrébines. En 1980, il entre dans le capital de Gouvernec, où siégeait Najem Abaâkil, aux côtés de Youssefi et Kaboud. La mort du Haj lannée dernière na pas arrêté lessor de la famille. Les fils continuent à gérer le patrimoine, en plus dune diversification dans la fabrication demballage métallique (Mag Métal) et lassainissement dans le bâtiment (Sotracov). |
|
 |
Famille Akhennouch
Ahmed Oulhaj, le père du très médiatique Aziz Akhennouch, a fondé, pendant la période du protectorat, une fabrique de marbre. Son soutien à la résistance lui a valu la démolition de son fonds de commerce. Il récidive avec lachat d'un bateau de pêche. Laffaire ne lui plaisait pas beaucoup lincitant ainsi à investir dans la distribution de produits énergétiques.
Au moment de lindépendance, il disposait de deux stations de distribution, lune à Agadir et lautre à Casablanca. Les Akhennouch étaient proches du mouvement national. Le père fondateur est marié à la sur de Benabdelali, le trésorier de Ben Barka. Ses appuis, proches des centres de décision, lui ouvrent le marché de lOCP qui était sous le monopole des étrangers. Lalliance à la famille Wakrim lui permet de booster son patrimoine, qui passe de la simple distribution à lindustrie pétrochimique sous lenseigne Afriquia. Plus tard, quand le fils prodige revient du Canada, il prend les rênnes du patrimoine familial, le consolide dans le cadre dun holding et le diversifie. Actuellement, le groupe compte plus dune quarantaine dentreprises avec un chiffre daffaires de 5 milliards de dirhams. La diversification comprend un nouveau pôle télécoms, incluant Network, des participations dans Méditelecom et dans la distribution de GSM. Dernière diversification, le groupe se lance dans la gestion portuaire puisquil est associé à Maersk dans loffre pour la gestion du quai de containers de Tanger Med. |
|
 |
Famille Abaâkil
La fortune des Abaâkil est liée à lhistoire de son fondateur. Abdellah Abaâkil, né dans la région de Tafraout, a entamé sa vie active à Tanger en tant que commerçant. Au moment de lindépendance, on lui attribue plus de 160 épiceries. Entreprenant, il sappuie sur deux familles très en vue dans la région du Nord, les Derhem et les Bouaida, pour fonder une minoterie à Tanger et, en 1962, une usine de fabrication de piles (Electrochimie Africaine). À lépoque, il était proche de lUNFP et compte parmi ses fondateurs. Plus tard, il a pris ses distances par rapport au parti et sest consacré à ses affaires. À la fin des années 60, il prospecte dans la région dAgadir et achète le terrain sur lequel sera bâti, près de cinq ans plus tard, lhôtel Anezi. De retour dAgadir, il décède en 1970 dans un crash davion. Ses deux frères ont, dès lors, entrepris de développer le patrimoine familial, mais chacun de son côté. Najem Abaâkil, détient dimportants intérêts dans lindustrie agro-alimentaire, le textile et la finance. Son frère Houcein Abaâkil, développe surtout la promotion immobilière en plus du contrôle dElectrochimie Africaine. De son côté, le fils de Abdellah, Azeddine Abaâkil, a monté une affaire dans les matériaux de construction (Société Sadet) à Rabat. |
|
 |
Famille Bensalah
Abdelkader Bensalah a profité de lère douverture de laprès protectorat. Ainsi, en 1962, Hassan II fait fi de linterdiction de vendre les terres françaises et obtient une dérogation pour Bensalah. Ce dernier y gagne 700 hectares de terres irriguées. Dans le mouvement de la marocanisation, il reprend les sociétés Oulmès, Le comptoir Métallurgique et Orbonor, qui étaient détenues par des Français. Hassan II nomme Moulay Hafid Alaoui en tant quadministrateur dans ces sociétés. Mais ce dernier avait, selon des témoins de lépoque, une participation au capital, ce qui lui permettait de jouer le rôle de protecteur. Dailleurs, pour chaque participation prise par la SNI dans les sociétés marocanisées, Bensalah était présent. Cest ainsi quau début des années 70, la famille Bensalah s'ouvre la porte des assurances par lachat de lEntente (8 %), dAl Amane (5 % en 1975) et dAtlanta en 1977. Des années plus tard, Mohamed Hassan Bensalah, le fils, renforce sa présence dans lassurance par lacquisition de la Sanad. Le passage au holding simposait de plus en plus avec lambition de la diversification. Le groupe Holmarcom est actuellement le détenteur de la carte Pepsi et dispose de participations dans laéronautique à travers la Regional Air Lines. Dernièrement, il aurait pris des participations dans le projet daménagement de la baie de Sâidia aux côtés de lEspagnole Fadesa. |
|
 |
Famille Amhal
Haj Mohamed Amhal a choisi le secteur de la pétrochimie. Dès lindépendance, les Amhal se sont lancés dans la distribution des produits pétroliers. La société Somepi fut construite en 1975 sur ces bases, avec une dominance dans le gaz. Certains attribuent à Driss Basri, lex-ministre de lIntérieur, une main dans la réussite de la famille Amhal. En tout cas, les Amhal ont bénéficié du tracé urbanistique pour faire fructifier leur patrimoine foncier. Ce qui constitue une réserve de taille. Les héritiers de Haj Mohamed, dont le plus connu est Mustapha, ont su prendre leur élan à partir de ce patrimoine. Mustapha Amhal commence par restructurer le groupe en renforçant le pôle gaz. Une alliance avec la Samir en 2002 lui permet de mettre un pied dans le raffinage. Mais cest en 2003 que le groupe changera de physionomie. Mustapha se lance dans les produits à grande consommation. Il construit une usine à Mohammedia pour la fabrication de détergents. Puis se focalise sur la boisson gazeuse en lançant la marque Ice Cola. Tout récemment, il attire les Saoudiens Savola pour le lancement dune nouvelle marque dhuile de table et de lait. Le groupe a un chiffre daffaires de plus de 4,5 milliards de dirhams. |
|
 |
Famille Agouzzal
Moulay Messaoud Agouzzal était distributeur de produits alimentaires, surtout les huiles raffinées. Il développe son commerce pour simposer comme un grossiste à laube de lindépendance. On lui attribue plus de 300 épiceries. Il faut attendre les années 70 pour voir émerger un groupe spécialisé dans la tannerie. En 1973, il achète plusieurs unités dont la tannerie Delecluse et la tannerie Jean Carel, ainsi quune conserverie de poissons. En 1978, il ajoute à sa collection la tannerie Klein (devenue tannerie du Maroc). À la même période, il demande un crédit de 90 millions de dirhams à une banque de la place pour acheter des sucreries, et il lobtient sans garantie. À la fin des années 70, il était classé 4ème en terme de puissance financière. Une force qui allait se renforcer davantage par le rachat de Chimicolor. Le groupe Agouzzal compte actuellement plus de 14 sociétés dont notamment les tanneries de Meknès, Fimétal-Maroc, Chimilabo, les conserves de Tan Tan, Caplam
Le groupe se caractérise par une intégration en amont et en aval : il maîtrise la chaîne de la matière première à la fabrication de produits finis. |
|
 |
Et les autres
Le capitalisme berbère a connu de grandes sagas. Des noms comme Aït MZal, Bouftass, Belhassan, Tazzit
ne peuvent être ignorés. Certains dentre eux ont atteint des tailles assez critiques comme Belhassan dans la région du Souss. Les Aït Mzal sont connus pour être une famille de transporteurs, mais aussi des financiers. La famille a des participations à la Société Générale. Comment des transporteurs ont-ils atterri dans la banque ? "Il y avait un groupe damis du Haj Aït Mzal qui siégeait dans le capital de la Société Générale Marocaine des Banques. Ils lont poussé à lintégrer surtout quà lépoque la participation valait trois fois rien par raport à son patrimoine", raconte un proche de la famille. Les Bouftass, quant à eux, sont présents dans la distribution de produits chimiques et agricoles depuis 1972, via Promagri, et dans lindustrie de la chaussure via Au Derby, dailleurs le nom de Driss Jettou est associé à cette enseigne. Actuellement, la famille Bouftass a dans son giron plus dune quinzaine de sociétés.
Les Bicha, une autre histoire du Souss qui se poursuit jusquà nos jours, opèrent dans la pétrochimie à travers la société Petromin-oils. Mais aussi, dans lindustrie agro-alimentaire par, entre autres, les Conserveries marocaines Doha. Le patrimoine familial est assez diversifié, puisquil va de lagriculture à lhôtellerie en passant par le pétrole. |
|
|