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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Quand Marie-Louise Belarbi édita Sagan

De G à D Marie Louise Belarbi,
Françoise Sagan (DR)
Marie-Louise Belarbi, inutile de vous la présenter. Elle est Madame Carrefour des livres, Madame Tarik Editions et, l’essentiel dans l’histoire, "l’accoucheuse" de Françoise Sagan. L’histoire remonte à 1954. "J’avais débarqué en 1951 à Paris, mené des études de librairie et d’édition au Champs- Élysées et je me suis retrouvée chez Julliard, au service presse", raconte Marie-Louise, un tantinet nostalgique. Un beau jour, arrive insouciante une jeune minette de 17 ans avec un manuscrit, Bonjour tristesse. "J’étais la première à recevoir Françoise Sagan, encore inconnue. J’ai tout de suite lu et suis accourue vers René Julliard pour la lui recommander. J’étais absolument marquée par la première phrase : Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui, la douceur, m’obsède, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse". Après validation du directeur littéraire, Pierre Javet, le feu vert fut donné pour que soit publiée celle qui allait devenir, tour à tour, une java insouciante, une idole trop entourée, une cible du fisc français, avant de mourir, la semaine dernière, dans une solitude piteuse. "Je l’ai souvent revue, depuis, raconte Belarbi, elle avait cette capacité littéraire inouïe, à écrire vite et juste et cette grandeur humaine à être spirituelle quoique dans le besoin". Notre libraire ne trouve que ces paroles de Brel pour la définir : "Finalement, il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adulte". Heureusement que vit cette mémoire pour nous parler avec tant d’élégance d’un auteur qui ne mourra point.


Parution. Le roman de Yasmine Chami

Yasmine Chami a le sens de la communication. Cette anthropologue a réussi un coup double en une semaine. Elle vient d’être nommée à la tête de la Villa des arts en remplacement de l’excellente Suissesse, Sylvie Belhassan (il faut vraiment qu’elle redouble d’efforts pour mériter de lui succéder). Et elle réédite, en version locale, son unique roman, soigneusement écrit, soit dit en passant, Cérémonie. Initialement publié chez Actes Sud, ce récit de désolation et d’émerveillement parle d’une fête de mariage en préparation sous le regard sceptique de Khadija qui perçoit que "les fêtes sont peuplées de défaites à venir". Son talent de romancière, fort perceptible dans ce premier essai, attend d’être confirmé. En aura-t-elle le loisir, avec sa nouvelle mission sous la houlette de la fondation ONA ?

Cérémonie, Yasmine Chami, éd. Le Fennec (2004)



Foire du livre. Le boycotteur boycotté

L'histoire de la participation marocaine, en aparté à la Foire du livre de Francfort, est plus tortueuse qu’il n’y paraît. La décision du ministre de la Culture, Mohamed Achâari, de faire cavalier seul, hors de la Ligue arabe, en a choqué plus d’un. Par contre, la décision de Tarik éditions de "ne pas prendre part à un minuscule stand marocain au moment où toute l’attention sera captée par la grande messe arabe" vient compliquer la donne. Non seulement le Maroc est allé incognito, mais en rangs dispersés. Mauvais coup pour Achâari qui voulait afficher la production marocaine à part, en risquant d'être ridicule. Il l’est doublement, parce qu’il n’a même pas réussi à être fédérateur.

 
 
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