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Société. Le stress, gangrène de l'entreprise
Entretien. Tous les intégristes se ressemblent
Proverbes. Les anciens disaient...
Reportage. Journal d'un médecin de campagne
Tendance. La Cybergalerie
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Société. Le stress, gangrène de l’entreprise
Entretien. Tous les intégristes se ressemblent
Proverbes. Les anciens disaient...
Reportage. Journal d’un médecin de campagne
Tendance. La Cybergalerie

Par Maria Daïf

Société. Le stress, gangrène de l’entreprise

(AFP)
Fatigué, démotivé, de plus en plus nerveux, de moins en moins impliqué dans votre travail ? Ne cherchez pas plus loin, vous êtes tout simplement victime du stress. Que fait l’entreprise pour vous aider ? Rien. Elle a tort.

"Je ne sais plus ce qui m’arrive. Alors que je fais un travail qui me plaît, je suis complètement démotivé depuis quelques mois. Me réveiller le matin devient une corvée, aller au bureau me demande énormément d’efforts, je suis fatigué à 9h du matin et toutes les décisions de mes supérieurs me mettent hors de moi". Hakim est chef de projet dans une entreprise qu’il a vu
naître et pour laquelle il s’est donné corps et âme depuis le début. Depuis quelques mois, le travail ne lui apporte plus la satisfaction qu’il en attend. Salaire correct, collègues agréables, organisé dans son travail comme il l’a toujours été, il est pourtant sous anti-antidépresseurs sur les conseils du psychologue qu’il a fini par consulter. Celui-ci a mis un mot sur ses maux : "C’est le stress". Hakim, lui, a fini par comprendre : pourtant coriace et fonceur, des mois de cadence infernale ont eu raison de sa bonne volonté. Pire encore, ses supérieurs, jusqu’à aujourd’hui, n’ont toujours rien relevé : "Ils veulent juste que le travail soit fait dans les temps. Le reste n’a aucune importance à leurs yeux". Le cas de Hakim est-il isolé ? Loin s’en faut, selon la psychologue Florence Achard. Spécialiste de la santé de l’entreprise et de ses employés depuis de nombreuses années, elle est catégorique : "Je reçois dans mon cabinet de plus en plus de cadres moyens et supérieurs anéantis par le stress, fatigués, perdus, complètement démotivés, au bout du rouleau en somme".
Le stress, nouvelle gangrène de l’entreprise ? "Beaucoup plus à Casablanca qu’ailleurs, puisque c’est là que se concentre l’activité économique du pays", confirme Abdelilah Jennan, directeur de l’Institut des ressources humaines. Et selon ce spécialiste de l’entreprise, mis à part les multinationales et les grands groupes marocains, les PME/PMI, majoritaires, n’ont toujours pas pris conscience de ce nouveau mal qu’est le stress. Malgré leurs aspirations ambitieuses : celles d’égaler leurs consœurs occidentales.

Gestion archaïque des ressources humaines : l’origine du mal
Productivité, compétitivité, voilà donc les nouveaux concepts que l’entreprise marocaine a adoptés. Des concepts barbares il y a encore quelques années, dorénavant essentiels à la pérennité de l’économie locale : "Pas uniquement, puisque partout dans le monde, nous allons vers une uniformisation des normes de travail", explique Abdelilah Jennan. Résultat, partout, des employés sous pression auxquels on demande d’être de plus en plus performants, de respecter des deadlines, d’être responsables, d’être en somme les meilleurs. Des employés qui, du coup, multiplient les heures sup’ et les nuits blanches, bouclent projet après projet, essayent d’accomplir le maximum de tâches en un minimum de temps, d’atteindre le plus d’objectifs… et stressent à mort, alors que leurs employeurs n’y voient que du feu. Or, si en Occident, les gourous du néo-management distillent doucement l’idée que la santé de l’entreprise dépend de la santé morale de ses employés et que, de plus en plus de chefs d’entreprise en prennent conscience et tentent d’y remédier… au Maroc, c’est loin d’être le cas : "On en est encore au management artisanal, loin du management moderne, basé lui sur de développement des ressources humaines", nous dit-on à l’IRH. Qu’est-ce à dire ? Que tout simplement, sous nos cieux, les managers n’ont toujours pas compris qu’un salarié efficace n’est pas un salarié qui stresse, et qu’un salarié "bien payé" n’est pas pour autant un salarié "épanoui" : "Cela dépend surtout de la reconnaissance de son travail, de la valorisation de son rendement, et surtout de sa mise à niveau continue. Pour maintenir l’estime de soi, un salarié a besoin de formation, donc de développement personnel, ce à quoi très peu d’entreprises marocaines pensent", précise Florence Achard. Pire encore, l’absence de transparence, le manque de concertation avec les salariés, ajoutent de l’eau sur le feu. Ajoutez à cela le fait que : "Le chef d’entreprise marocain est schizophrène. Il veut des employés qui prennent l’initiative, et qui lui soient soumis", s’étonne Abdelilah Jennan. Autant de facteurs de stress auxquels, aujourd’hui, cadres moyens comme cadres supérieurs sont confrontés. Seuls épargnés, les fonctionnaires, les institutions qui les emploient étant restées étanches à la notion de réactivité, d’efficacité et de compétitivité.

Le stress : entreprises en danger !
Si aujourd’hui le dernier souci des PME/PMI (puisque c’est d’elles qu'on parle, les multinationales et les grandes entreprises étant déjà clientes des sociétés de gestion des ressources humaines et des psychologues du travail) est l’état mental de leurs employés, c’est qu’elles sont loin de mesurer les conséquences d’un stress qui s’installe dans leurs troupes : "Des employés peu valorisés, stressés et livrés à eux-mêmes risquent d’être complètement démotivés, de perdre confiance en leurs employeurs, de ne plus s’impliquer tout simplement", affirme Florence Achard qui dresse le portrait du stressé de l’entreprise : "Son travail sera mal fait, il passera son temps à ruminer, sera tout le temps fatigué, aura du mal à s’organiser, perdra confiance en lui"… Tout ce dont l’entreprise, soucieuse de son image et de la concurrence, n’a pas besoin. Pourtant, très peu de managers prennent la peine de regarder de très près "la vie" dans leur entreprise, se focalisant sur le rendement réalisé : "Ce qui est, à terme, dangereux et immature, souligne Abdelilah Jennan. Puisque, au lieu de chercher à mobiliser le personnel, à le motiver, à le "destresser", on va le presser pour qu’il donne plus jusqu’à ce qu’il craque". Non soutenu pour faire face à de plus en plus de pression et de tension, le salarié craque en effet. Et voilà ce que craquer implique : multiplication des absences, troubles psychiques (angoisse, anxiété…) et physiques (maux de têtes, ulcères…), autant de freins à "la productivité" prônée par les chefs d’entreprise. Ce qui en fin de compte coûte "très cher à l'entreprise", selon l’IRH. Combien ? À ce jour, aucune étude n’a été réalisée au Maroc - il faudrait déjà prendre conscience du problème - ni par les entreprises, ni par les sociétés de gestion des ressources humaines. L’entreprise peut donc continuer tranquillement d’être cette usine à stress...



Lexique. Faites la différence

Stress : réaction normale de l’organisme face à une stimulation extérieure physique, psychique ou sensorielle. Le "stress positif" est une énergie vitale, qui, canalisée, permet d’atteindre ses objectifs. Mal maîtrisé, ce stress peut être à l’origine de troubles psychologiques et physiques divers : anxiété, angoisse, fatigue, migraine… C’est en fait le stress excessif qui est nocif. Une personne "stressée" est une personne qui n’arrive pas à gérer son stress.
Angoisse : Étape supérieure au stress. Une personne angoissée aura tous les symptômes du stress : insomnies, irritabilité, agitation, peur… Si le stress peut être géré, l’angoisse l’est difficilement. La particularité de l’angoisse : c’est une crainte (parfois inconsciente) née du sentiment de l’imminence d’un danger. Il s’ensuit inquiétude, panique… voire dépression.
Anxiété : Parmi les émotions que produit le stress. C’est une peur sans objet et sans issue. L’anxieux a une grande énergie, mais se sent bloqué et incapable d’agir pour s’en sortir. Il est plus irritable, plus colérique, et plus vulnérable que le stressé.
Surmenage : Contrairement à ce que l’on pense, le surmenage n’est pas uniquement physique. Il est aussi mental. Une personne souffrant de surmenage est une personne qui a demandé à son corps et à son moral plus qu’ils ne peuvent donner. En résulte alors une grosse fatigue, difficilement surmontable sans un repos conséquent.
Burn out : c’est ainsi qu’a nommé un psychanalyste américain l’état d’épuisement professionnel. Surmenage, déprime, démotivation sont les principaux symptômes du burn out. Il est le résultat d’un processus lent, d’une tension continue durant plusieurs mois ou années.



Anarchiste. La nouvelle bible des cadres stressés

Publié l’été dernier, l’ouvrage fait un tabac en France, est réclamé aux États-Unis, au Japon et sera bientôt traduit en anglais, en italien, en espagnol… Aux cadres qui croient encore en cette entreprise qui se soucierait d’eux, voilà ce que l’économiste Corinne Maier répond dans son livre Bonjour paresse : de l’art et de la nécessité d’en faire le moins possible en entreprise : arrêtez de stresser, de vouloir en faire plus, de vous impliquer pour que vos chefs se remplissent les poches ! Preuves à l’appui, dans un style à la fois ludique et cynique, la littérature de Corinne Maier fait du bien aux salariés et du mal à l’entreprise. Celle-ci ne fait rien pour vous, ne faites rien pour elle et vous stresserez moins dès lors que vous êtes face à cette "vérité" : l’épanouissement par le travail est une chimère que les managers ont fait gober aux salariés. "Le salariat est la figure moderne de l’esclavage", écrit-elle. Brutal ? C’est en tous cas, ce qu’a jugé EDF, l’employeur de la Jeanne d’Arc des salariés qui l’a menacée… de licenciement. En attendant, son livre est dans les librairies et c’est une bonne thérapie pour le stress.

 
 
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