Tendance. La Cybergalerie
|
Le siège de la galerie Memoarts,
dans le quartier de Derb Omar
(CB / Telquel)
|
Trois mois après son départ de la Samir, Abderrahaman Saïdi sinvente une carrière de galeriste. Un projet à la fois ingénieux et ambitieux.
C'est à Derb Omar, à Casablanca, perdue entre les marchands de tissus et autres tapissiers de tous genres, au rez-de-chaussée dun immeuble nouvellement construit, dont larchitecture fait tâche au milieu du legs art déco, que se niche la dernière trouvaille de Abderrahman Saïdi. Inaugurée voilà une semaine, "Memoarts" revisite le métier de galeriste en y |
|
apportant quelques petits plus, qui justifient lescale sur le site, à Derb Omar ou mieux encore, sur le Net, car cest là que réside toute la singularité de linitiative. "Memoarts.com", une galerie dart doublée dune salle de vente, dun musée et dune base documentaire au moyen de quelques clics. Ça sonne un peu comme un spot publicitaire, sortant de la bouche de linstigateur. Mais il faut croire que notre homme a de quoi être fier. Il a réussi à créer le plus grand musée du pays. Et ce ne sont pas les amateurs qui se plaindront dy retrouver tout le patrimoine marocain classé par thèmes, uvres ou artistes, et accompagné, à chaque fois, de fiches explicatives. Broderie, poterie, bijoux, toiles
des objets appartenant à des institutions, dautres petites merveilles récupérées chez des particuliers. Bref, ça vaut le clic. Et un second pour virer vers la base documentaire. De lhistoire de lart à celle des arts marocains, à lhistoire du Maroc tout court en passant par le dictionnaire des professions et professionnels, tout y est. Question de commencer par le commencement.
Mais sans doute, le plus novateur reste la salle des ventes. Réservée aux initiés, elle offre la possibilité de participer, chaque semaine, à des ventes aux enchères, on-line. Seul hic, lacquéreur devra se déplacer au siège de la galerie pour payer, les règlements on-line nétant pas encore entrés en pratique. En creusant un peu, A. Saâdi nous confie que cest de la vente dantiquités que lidée de "Memoarts" est née. Lhomme, dont on ne soupçonnait pas le penchant artistique - si lon omet son adolescence de DJ - avoue avoir été un habitué des antiquaires, plutôt amis que fournisseurs. "En réalité, je travaille à ce projet depuis 1998", tient-il à préciser. Cette année-là, A.Saïdi part à la recherche de partenaires pour "la grande aventure". Il trouvera écho auprès de Ali Tazi, un collectionneur à lil expert qui sassocie à lancien DG de la Samir pour réunir les 3 millions de dirhams nécessaires au démarrage.
Et à eux deux, ils décident de passer du marché des antiquités à celui de lart en général. Résultat, aujourdhui, de jeunes peintres peuvent voir leurs uvres accrochées sur le même mur que Farid Belkahia ou Miloud Labied. Parmi eux, A. Rahmani, au sujet duquel les associés ne tarissent pas déloges. Du reste, la galerie ne peut pas encore se targuer de faire la promotion de talents méconnus. À cette date, seulement deux artistes peintres exposent à "Memoarts", mais dautres suivront bientôt, si lon en croit A.Saïdi. Des projets, ainsi que dautres, que le nouveau galeriste évoque sourire aux lèvres. Des tables rondes, des séminaires, des expositions alternatives, des rapprochements avec des sites de la même nature à létranger - un premier contact a été établi avec un éventuel partenaire portugais. Réalistes, les deux associés ont conscience que ce nest pas le marché marocain qui fera la fortune de la galerie. Alors, on se fait référencer sur les plus grands moteurs de recherche. "Quand on sait que la plus grande collection dobjets dart marocains se trouve à Minneapolis, aux USA
", conclut A.Tazi, en hochant la tête du haut de ses trente années dexpertise. Cest dire que la galerie cybernétique nest pas la simple lubie dun collectionneur ni la start-up suicidaire dun ancien DG, en mal doccupation. Alors on y croit, pourvu que ça dure, une fois que leffet dannonce se sera dissipé. |