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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB en est convaincu, il s’est trompé d’époque : il aurait dû vivre au temps des mille et une nuits

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Dans les toilettes du bureau, et qu'il a dû appeler la sécurité, en pleine nuit, pour le faire sortir. Zakaria Boualem se marie et il est, c’est logique, sur une ammaria (point étymologique rapide pour signaler que le mot ammaria vient de l’expression française "se marier", puisqu’on plaçait ainsi sur une table d’exposition les jeunes filles à marier. Ceci se passait dans la région d’Erfoud entre 1937 et 1939, merci). Il tangue, le Boualem sur son aéronef portable. Comble du ridicule, les porteurs sont de tailles différentes, ce qui met en danger son intégrité physique.
Comment en est-il arrivé là ?? Après le départ précipité d’Aurélie la néo-hippie, rappelée en France pour un pointage obligatoire aux Assedic, Zakaria Boualem a sombré corps et âme dans une sorte de torpeur dépressive, qui lui a fait perdre tout sens de la mesure. Pour vous situer l’ampleur des dégâts, sachez qu’il en est arrivé à regarder un feuilleton égyptien, et même à pleurer devant les répliques crétines d'un certain Farouk Fichaoui… Personne, à part le compte en banque des actionnaires des Brasseries du Maroc, n’est sorti grandi de cette terrible épreuve. C’est dans cet état qu’il a cédé a sa maman lorsqu’elle lui a proposé, comme chaque jour de chaque semaine, de se marier. Maman Boualem a fait jouer ses réseaux guercifis, et elle est tombée sur une certaine Zoubida, qui n’avait rien demandé, la pauvre, et dont les deux principales qualités étaient, par ordre d’importance :
1- d’être originaire de Guercif
2- d’être à marier.
L’affaire a été conclue en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire ces lignes. La famille de Zoubida, installée à Casablanca, a pris en charge la fête et Boualem s’est contenté de signer l’acte du nikah (point étymologique pour signaler que le mot nikah vient d’un mot français très proche et qui veut dire à peu près la même chose, mais que la correction m’empêche d’écrire dans cette revue à vocation familiale et éducative). Donc le Boualem a signé. Pas seulement par dépit, puisque ladite Zoubida était pleine de charme et d’humour. En un rendez-vous à peine, elle lui a fait oublier sa Française altermondialiste… Lorsqu’on sait que le rendez-vous en question a eu lieu sous les yeux suspicieux de papa Zoubida le Guercifi et d’une demi-douzaine de frères, on comprend mieux la puissance du charme de Zoubida (point étymologique pour signaler que le prénom Zoubida provient d’une traduction approximative de "petit beurre", à cause d’un légionnaire breton qui était tombé amoureux d’une charmante Algérienne en 1913, il l’appelait "mon petit beurre", puis, après avoir appris l’arabe, "zbida", et enfin "zoubida"). En fait, au lieu de le faire fuir, l’aspect traditionnel de la rencontre l’a fait fantasmer. Il s’est pris pour Haroun Errachid, recrutant pour son harem quelques jeunes filles de bonne famille, scellant l’alliance de deux tribus rivales par des noces politico-érotiques. Zakaria Boualem en est convaincu, il s’est trompé d’époque : il aurait dû vivre au temps des mille et une nuits. Mais la véritable question est : qu’est-ce qui a pu pousser une charmante demoiselle, ni borgne ni boiteuse, autonome financièrement (elle travaille dans un call-center) à épouser Zakaria Boualem, après quelques minutes de rendez-vous ? Exactement pour les mêmes raisons que Zakaria Boualem : une déception sentimentale, une attirance certaine pour le charme de ZB, et une irrépressible envie d’échapper au joug parental, absolument insupportable dans son cas. Entre les deux tourtereaux, un début de complicité, donc, qui a été jugé suffisant des deux côtés pour signer le fameux papier et se retrouver transporté sur une ammaria, sous les hululement stridents d’une armée de neggafate, persuadées qu’elles seront rétribuées selon l’intensité des décibels produits.


Cet article sera mis en ligne le 15 octobre 2004.


 
 
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