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Par Karim Boukhari, envoyé spécial à Madrid
Sahara, terrorisme, diplomatie
: Madrid reconsidère sa carte marocaine
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Aznar / Rajoy : le sort du Sahara
reste suspendu entre l'Espagne
d'hier et celle de demain (AFP)
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LEspagne de demain sera peut-être celle de Mariano Rajoy, le nouveau président du Partido Popular (PP) qui vient de succéder à José-Maria Aznar à lissue du dernier congrès du parti, tenu le week-end dernier à Madrid. Quest-ce que cela risque de changer pour le Maroc ?
Le XVème congrès du PP a connu une grande première : linvitation du Polisario, en tant que délégation officielle. Même si la représentation du front sest limitée à une personne, le représentant du Polisario à Madrid. le symbole est fort. "Il ne |
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faut pas surdimensionner cette invitation officielle, note toutefois José-Felix Noriega, secrétaire-adjoint aux relations extérieures du PP. Nous avons invité le Polisario comme lIstiqlal et dautres délégations étrangères. Loin de nous lidée de toute provocation envers le Maroc. Le Sahara, pour nous comme pour toute lEspagne, est dabord une question de politique intérieure". Cela peut surprendre mais le constat, dans labsolu, est vrai. Le Polisario dispose dune visibilité remarquable en Espagne. Sa cause est défendue par nombre dONG, de partis, de parlements autonomes, de communes et de syndicats. Un proche dAznar résume ainsi la situation : "Enterrer le Polisario revient, ici, à provoquer une levée des boucliers. Tout le pays serait paralysé. Aucun gouvernement, de droite comme de gauche, ne peut se permettre ce luxe
". Le gouvernement socialiste de José-Luis Zapatero la démontré à sa façon. En sept mois de pouvoir, il a été le premier gouvernement espagnol à envoyer lun de ses représentants en visite officielle à Tindouf. Leire Pajin, la secrétaire dÉtat à la Coopération, sest déjà rendue à trois reprises à Tindouf où elle sest entretenue avec les dirigeants du Polisario. Une Pajin, par ailleurs, connue pour avoir longtemps milité pour le Polisario, allant jusquà créer une commission interparlementaire pour soutenir le Front, du temps où son parti était encore dans lopposition. À Madrid comme à Rabat, les déplacements désormais officiels de la secrétaire dÉtat se prêtent à une double lecture : des efforts de médiation pour régler le dossier du Sahara
et une reconnaissance de facto de la dimension "étatique" du Polisario. Pour les dirigeants du PP, la lecture est encore plus politicienne : "Le PSOE nous dérobe le tapis sous nos pieds, estime-t-on dans lentourage dAznar. Le PP ne peut laisser le PSOE récupérer la carte du Sahara pour renforcer sa popularité à lintérieur du pays". Sous cet éclairage, linvitation du Polisario au congrès du PP apparaît comme une réponse du berger à la bergère. Une surenchère politicienne et une façon, pour le PP, de faire valoir sa légitimité sur le dossier Sahara. Dailleurs, le parti dAznar navait pas manqué, il y a quelques mois, denvoyer lun de ses représentants à Tindouf, au lendemain de la première tournée de Leire Pajin dans la région. "Mais attention, prévient-on toutefois à la direction du PP, le parti discute avec le Polisario, pas avec la RASD".
Du Sahara, il a beaucoup été question dans les coulisses du congrès. Et, pour une fois, le Maroc a oublié de pratiquer la si préjudiciable politique de la chaise vide. Il a été présent par le biais de lIstiqlal là où lAlgérie, par exemple, na délégué que son seul ambassadeur, le FLN nayant pas été invité. La délégation de l'Istiqlal, composée de Larbi Messari et de Nizar Baraka, na pas déçu ses interlocuteurs espagnols. Messari, notamment, a eu le comportement responsable dun homme dÉtat. "Il a compris, commente le chargé des relations extérieures du PP, que cela ne servait à rien de laisser le terrain libre à ses adversaires politiques. Cet acte de présence est un signe dintelligence qui montre que les relations entre les deux partis, voire entre les deux pays voisins, continueront toujours. LIstiqlal est un parti ami avec lequel nous serons appelés, un jour ou lautre, à dialoguer pour une solution juste au Sahara". En fait, le PP na fait que renvoyer lascenseur (de lamitié) à lIstiqlal. Les Espagnols avaient été invités au dernier congrès du parti dAbbes El Fassi, tenu en 2003, après avoir obtenu des garanties que "le sujet de Sebta et Melillia ne fera lobjet daucune surenchère". LIstiqlal a obtenu, en retour, les mêmes garanties sur le sujet du Sahara avant de se rendre au congrès du PP. Tout serait pour le mieux sil ny avait une fausse note : labsence de lambassadeur du Maroc en Espagne. "Nous avons invité Abdeslam Baraka, note ce dirigeant du PP, mais il nest pas venu. Cest à croire quil nest plus ambassadeur du Maroc en Espagne. Dommage, loccasion aurait été belle de discuter avec un représentant officiel du royaume". Inutile de faire la fine bouche : personne, en Espagne, ne regrettera le départ, désormais confirmé, de Abdeslam Baraka. Sa longévité exceptionnelle ne sexplique, à Madrid, que par son absence continuelle des débats. Aucune initiative, aucune erreur politique ! "La seule fois, commente cet observateur politique, où lon sest rappelé de lexistence de Baraka, cétait lors des incidents dEl-Ejido (2000) où il sétait rendu sur place. Pour le reste
". Jusquen début de semaine, le PP comme le PSOE de Zapatero espéraient la nomination dun ambassadeur enfin digne de lEspagne. Un homme de la trempe dun Omar Azziman, voire dun Larbi Messari. En attendant, Madrid a depuis longtemps compris que Rabat était une ambassade-clé pour sa politique tant externe quinterne. Les autorités espagnoles nont jamais traité le sujet à la légère. Preuve en est le cas Jorge Dezcallar. Après avoir dirigé jusquen 2001 les services de lambassade dEspagne au Maroc, Dezcallar a été promu, sous Aznar, directeur du CNI (Centre national de lintelligence, équivalent de la DGST marocaine). Ni les attentats du 11 mars, ni la déposition dAznar nont eu raison de lui puisque lhomme, depuis, a été nommé ambassadeur au Vatican. Ce qui en dit long sur le calibre de lancien ambassadeur de Madrid à Rabat
Une ombre a plané tout au long du congrès du PP : celle du terrorisme. Un exposé a dailleurs été consacré à la question. Les dirigeants du parti sexpliquent leur éviction du pouvoir, dans lordre, par les attentats du 11 mars, le rôle joué par lETA et une certaine conjoncture internationale. "Nous sommes toujours convaincus, nous explique cette source autorisée au PP, que les attentats auraient été impossibles sans une aide logistique de lETA". Une version que la DGP (direction générale de la police, équivalent de la DGSN marocaine) na jamais pu étayer. Même si tout reste à prouver, le PP continue daccuser lorganisation basque dêtre derrière son dernier échec électoral. Larrestation, en début de semaine, de la tête pensante de lETA sur le territoire français lui fournit un argument de plus. Elle est perçue comme "un cadeau de Chirac à Zapatero". Certains milieux vont jusquà avancer que le chef dÉtat français aurait pu faire ce même cadeau, à la veille des élections, à Aznar. Il en aurait été empêché pour précipiter la chute dun Aznar qui, en salignant sur la politique américaine (intervention en Irak), avait contribué à lisolement de Chirac sur la scène européenne
Et le Maroc dans tout cela ? Rassurons-nous : les théories de Casimiro García Abadillo (en gros le Maroc, via ses services, aurait fomenté les attentats de Madrid pour se "venger" de lépisode du Perejil), exposées dans "11-M la venganza" nont convaincu personne, au PP comme au PSOE, malgré le succès du livre en librairie. La coopération sécuritaire, comme nous la confirmé ce haut responsable de la police espagnole, "est au beau fixe, au-delà de tous les tumultes politiques". Les échanges ont même été renforcés depuis les attentats du 11 mars et larrivée du PSOE au pouvoir. En plus des agents de liaison (près dun millier) présents dans le royaume, Madrid compte désormais cinq officiers de police (quatre à Rabat, un à Tanger) officiellement chargés du suivi direct de toutes les affaires judiciaires liant les deux pays. "Il ny a pas que léconomie qui sest mondialisée, la délinquance et le terrorisme aussi", résume Mauricio Moya Lucendo, responsable de la coopération internationale à la DGP. À méditer. |
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Parti populaire. LEspagne de demain
José-Maria Aznar a donc passé la main. Il a gagné le titre de "président honoraire", jusque-là dévolu au seul Manuel Braga, le fondateur du PP. Il sefface ainsi derrière la scène après avoir choisi son successeur : Mariano Rajoy. Celui qui est appelé, un jour, à gouverner lEspagne, est un homme du milieu. Il la prouvé en procédant, dès son élection à la tête du parti, à la composition dune équipe mixte où les nouveaux venus côtoient les anciens hommes dAznar. "Rajoy sattellera dans un premier temps à maîtriser les appareils du parti, commente ainsi lun de ses proches. Doù le choix de ne pas éliminer tous les anciens. Ce nest quaprès quil mettra en place, réellement, sa politique". Rajoy a fait sienne cette célèbre tirade de Manuel Braga, pour qui "la politique, cest quand des gens bizarres se retrouvent dans le même lit". Dans la mixture nouveaux/anciens concoctée par le nouvel homme fort du PP, on retrouve une certaine Loyola de Palacio, la sur dAna, vieille connaissance de Mohamed Benaïssa et du Maroc. Comme Ana, Loyola soccupera de la politique extérieure du PP. Cest elle, demain, qui héritera du portefeuille des Affaires étrangères si le PP retourne aux affaires. Le parti, et cest une première qui nous concerne directement, a créé un conseil élargi pour les relations extérieures, avec une quinzaine de personnes en poste. Ce qui revient, indirectement, à reconnaître les insuffisances de la politique extérieure du parti, dont les chapitres États-Unis et Maroc, notamment, avaient beaucoup laissé à désirer. La dernière nouveauté nous touche encore plus directement, puisque Rajoy a mis au placard le spécialiste du Sahara du temps dAznar, Jorge Moragas, connu pour son "feeling" pro-Polisario et qui se retrouve pour le moment sans fonction officielle, ce qui est peut-être le signe dune inflexion dans la politique marocaine du PP. Enfin, on aura compris que le Partido Popular, qui sappuie sur une véritable démocratie interne, fonctionne comme un gouvernement prêt à assumer ses responsabilités le jour où les élections lui seront favorables. |
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