Le mois de lintolérance
(Manger est un droit de lhomme, autant que la liberté de conscience. Dénier ce droit aux autres est une attitude totalitaire.)
Le Ramadan est dans nos murs. Officiellement, on considère le mois saint comme la période de tolérance par excellence. Mais si on lanalyse à travers le prisme de la revendication laïque (qui existe, même à létat embryonnaire, et malgré ce que les islamistes en disent), cest exactement le contraire : le Ramadan est une période dextrême intolérance. Cette intolérance sexerce à légard de ceux qui choisissent de ne pas se conformer au rite religieux - autrement dit, de ceux qui mangent. Côté juridique, nos textes sont plus libéraux quon pourrait le penser, puisquil ne punissent (de 1 à 6 mois de prison, quand même) que ceux qui rompent le jeûne en public - autrement dit, cest admis en privé. Il ne sagit pas de la loi, mais du regard des autres. Aux yeux de la société marocaine, un non jeûneur est considéré comme le pire des délinquants. Sil est attesté quil "ne le fait pas", il devient un paria aux yeux de tous, sa propre famille incluse.
Les Marocains excusent volontiers le mramden, ce personnage hargneux à lhaleine fétide. "Meskin, il na pas pris son café" ; "meskin, il est en manque de tabac"
On trouve mille et une excuses à un personnage quon giflerait volontiers, en temps normal. Mais celui qui ne jeûne pas - peut-être parce quil ne veut imposer ses humeurs à personne - on ne lexcuse pas, lui. On le guette, on le traque, on lui complique la vie en fermant tous les endroits où il pourrait déjeuner tranquillement (pense-t-on que cest simple de rentrer chez soi à midi, quand lhoraire continu est la règle ?). On le contraint à dinavouables contorsions et cachotteries pour prendre un simple café (dont il a parfois besoin pour rester productif - contrairement au mramden qui nen a cure)
Et, pour finir, on le pourfend, on le cloue au pilori sil a le malheur dêtre pris sur le fait.
Rappelons que manger est un droit de lhomme. Autant que la liberté de conscience. A contrario, imposer ses croyances aux autres est le propre du totalitarisme. De ce point de vue là, les Marocains sont intolérants et totalitaires. Le pire, cest quils le sont de bonne foi - pour éviter que ceux qui en seraient tentés ne prennent "la mauvaise voie". Mais pour qui se prennent-ils, ces juges autoproclamés ? En matière de religion, ce nest pas aux hommes de dire le bien et le mal, mais à Dieu. être intolérant vis-à-vis des non jeûneurs, cest un peu se prendre pour Dieu. Pour un vrai musulman, ce devrait être le pire des péchés. |