Bon texte, mauvais contexte
(Ecrire sert à mettre de l'ordre dans ses idées. Notre classe politique en a dramatiquement besoin)
Depuis une semaine, le ministère de lIntérieur fait circuler un avant-projet de loi sur les partis. Les concernés sont invités à réagir dici fin novembre, avant que le texte soit remodelé pour intégrer lirréversible circuit législatif.
Il est trop tôt pour connaître leur réaction mais déjà, on peut sattendre à ce que les partis protestent. Comment ne le feraient-ils pas ? Larticle 22 stipule par exemple que "les statuts (dun parti) doivent permettre la désignation de lensemble de ses organes par voie élective". Ce qui veut dire que les apparatchiks ne pourront plus nommer leurs clients aux postes-clé. Ils ne ladmettront pas facilement. Larticle 24 stipule aussi que "le mode daccréditation des candidats du parti (aux élections) doit être fondé sur des principes démocratiques". Ça ne veut pas dire grand chose, mais ça exclut quand même les parachutages de dernière minute. Ce qui posera problème, puisquune grosse part de largent des partis vient de là. En parlant dargent, les articles 29 à 40 rationalisent dangereusement le financement des partis. Il y est prévu darrêter leurs comptes une fois lan, de les faire certifier et de les publier. Une révolution en perspective ! Autre révolution, toujours concernant largent : selon larticle 41, les partis ne pourront plus bénéficier de subventions publiques sils ne tiennent pas au moins un congrès tous les quatre ans. Bravo ! Notons enfin lobligation faite à chaque parti de disposer dun programme écrit (article 8). Idéalement, il aurait fallu définir aussi ce quest un programme : des buts, des moyens et un calendrier pour y arriver. Le tout bourré de chiffres crédibles, justifiés, vérifiables. Mais ne rêvons pas trop. Au stade où nous en sommes, obliger les partis à coucher leurs orientations (même vagues) par écrit, cest déjà un pas. Écrire sert à mettre de lordre dans ses idées, cest bien connu. Notre classe politique en a dramatiquement besoin.
Faut-il applaudir ce texte ? Quand même pas. Le diable, comme toujours, se cache dans les détails. Tel quil est rédigé, cet avant-projet de loi regorge de pièges et de formulations imprécises. Autant doccasions de bloquer la constitution dun parti qui dérangerait lÉtat, pour une raison ou pour une autre. Tout dépendra de la bonne foi du ministère de lIntérieur et de ses services. Vu leur passif en la matière, il est permis de nourrir quelques craintes. Quant à la justice, censée trancher en cas de litige, il est préférable de ne jamais y avoir recours. Dans létat où elle est, un jugement équitable nest même plus une question de bonne foi, cest une question de chance.
Conclusion ? Cest un bon texte, dans un mauvais contexte. Mais il faut bien commencer quelque part, alors faisons le pari dy croire. Et attendons la suite... |