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N° 148
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Manuels de darija pour tous

Écrire la darija, l’enseigner, l’utiliser pour faciliter l’alphabétisation, permettre aux gens du terroir d’accéder avec plus de facilité au monde de l’écrit, donner aux étrangers les codes de la langue usuelle. Voici en gros les objectifs affichés d’Elena Prentice, qui vient de publier deux manuels, Yallah naqraw (Allons apprendre à lire), l’un pour enfants et l’autre pour adultes. La différence est que le premier est conçu pour aider les petits, en phase pré-scolaire, à appréhender la langue arabe. Comme prévu par la charte de la COSEF, la langue maternelle devrait servir de "premier palier d’apprentissage" et la darija en est une. Le second manuel, quant à lui, est adressé principalement aux formateurs de l’enseignement parallèle, qui
sillonnent les campagnes pour lutter contre l’illettrisme, ainsi qu’aux enseignants bénévoles qui aident les étrangers à mieux parler la langue du terroir.
Le fait que cette initiative soit l’œuvre d’une étrangère, passionnée de la darija, hors de tout circuit officiel, n’est pas surprenant. D’abord, les seuls manuels qui circulaient jusque-là, "Tarbouch et Maticha", étaient concoctés avec l’aide d’Imane Zerouali, par Ruth Grosrichard, directrice du centre d’études arabes, dépendant de l’ambassade de France. Ensuite, la darija, quoique prévue comme langue d’apprentissage dans le pré-scolaire, est bannie du ministère de l’Éducation nationale qui a du mal à la considérer comme notre "langue nationale". Alors qu’elle l’est, par la force des choses. Enfin, la darija, quoique outil de création de plus en plus prisé, n’est prise au sérieux sur le plan académique que par des étrangers, comme Dominique Caubet. Cette dernière détient une chaire de langues maghrébines aux Langues O et vient de publier un recueil d’interviews avec des artistes et humoristes, dont le premier matériau est la darija, Les mots du bled. Alors, jusqu’à quand la darija restera étrangère chez elle ?


Littérature. Des nouvelles en soi

L'Association pour la promotion des écrivains du Maroc (APEC), qu’a initiée depuis plusieurs années déjà Jean-Pierre Koffel, passe à la vitesse supérieure. Ne se contentant plus de sa revue "confidentielle", Agora, elle publie un recueil collectif de nouvelles, Côté Maroc. L’exigence technique ? Assurée. Le genre respecté. La ligne directrice ? Difficile à trouver. Mais, ça et là, chez Koffel lui-même, Moha Souag, ou encore Abderrahmane El Gorfti, on retrouve un sens naturel du détail, du banal, de l’imperceptible réalité. Peut-on parler d'une école littéraire, d'une tendance ? Pas vraiment. Mais d'une famille de pensée, pourquoi pas.

Éd. Marsam (50 DH)



Publication. Des perles rares rééditées

Une nouvelle maison d’édition a pignon sur rue à Casablanca. Et ce qui ne gâche rien à la chose, Frontispice se donne comme mission de déterrer des livres rares, ou quasiment introuvables, sur le Maroc. Au menu, Marrakech des origines à 1912 de Gaston Deverdun, et surtout la série encyclopédique, Mission scientifique du Maroc, qui retrace en plusieurs tomes la topographie et les caractéristiques des tribus marocaines. L’ouvrage vaut le détour. Contacter A. Badri au 022 24 26 26.

 
 
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