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Par Driss Bennani
Sahara. Le ras-le-bol de Kofi Annan
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Kofi Annan sort désormais
l'argument financier (AFP)
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Kofi Annan est frustré de ne pas être parvenu à un accord politique au conflit du Sahara. Dans son dernier rapport, il recommande la réduction des effectifs et des charges de la Minurso. 40 millions de dollars par an et si peu de résultats
"La ténacité des uns et des autres a finalement eu raison de toute la bonne volonté du secrétaire général onusien". La citation némane, cette fois-ci, daucun diplomate marocain maladroit, mais s'entend déjà, en privé, dans les salons décontractés de nos responsables aux Affaires étrangères. Le |
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dernier rapport de Kofi Annan napporte rien de nouveau, mais se distingue, pour une fois, par le ton désespéré de son auteur. Le secrétaire général de lONU y dit clairement quun "(
) accord (final entre les deux parties) semble plus lointain aujourdhui". Plusieurs fois, Annan déplorera également la démission de son envoyé spécial James Baker, talentueux diplomate pourtant, et dénoncera presque les dernières prises de bec maroco-algériennes.
La responsabilité du blocus ? Elle incombe à toutes les parties, à savoir le Maroc, lAlgérie et le Polisario. Annan na ménagé personne, à tel point que les machines de propagande des deux bords sont restés sur des détails, insignifiants du reste. Petit soulagement du côté marocain tout de même. Le rapport dAnnan fait exclusivement référence à la résolution 1541, recommandant une solution politique mutuellement acceptable, au lieu du référendum dautodétermination. Le plan Baker est donc oublié.
"Ce rapport en fait, Annan aurait préféré ne jamais avoir à le rédiger, car il n'est pas du tout reluisant. Il y a été contraint de reconnaître la faillite de lONU, d'abandonner son éternel optimisme et sa neutralité de ton", relève un observateur local à Smara. Mais en avait-il le choix ? Non, pour deux raisons au moins. Dabord, parce que ce mandat de la Minurso, le énième, expire le 31 octobre prochain. Le temps presse et Annan espère, au moins, la prolongation du mandat jusquen avril prochain. Ensuite, lutilité (ou lefficacité, cest selon) de la mission onusienne ne fait plus lunanimité à New York. Quelques semaines auparavant, le représentant américain à lONU avait déclaré que "la mission au Sahara occidental coûte très cher et napporte pas de résultats".
Référendum
On a tendance à loublier, mais la Minurso est dabord une mission censée veiller "à la préparation et à lorganisation du réferendum dautodétermination". Tâche pourtant abandonnée depuis 1998, date de la fin des opérations didentification. En 4 ans, les observateurs civils de la mission ont identifié 84.000 votants des deux côtés. Problème, 240.000 autres ont fait appel. Dépassée, lONU a finalement laissé tomber pour recentrer lactivité de la mission autour du maintien de la paix.
Laspect, de loin, le plus réussi de la mission. Depuis 1991, le cessez-le-feu a été parfaitement respecté des deux côtés. Mis à part quelques accrochages lors des premières années de la présence onusienne sur le terrain, aucun incident majeur na été enregistré.
Chaque jour, des patrouilles terrestres et aériennes longent le mur de défense pour contrôler le respect du cessez-le-feu, mais aussi le déplacement des troupes et des effectifs mobilisés dun côté comme de lautre du mur de défense.
"En ce sens, la Minurso est une belle réussite. La paix na pas de prix", affirme Hamid Chabar, ambassadeur marocain chargé des relations avec la Minurso à Laâyoune. En tout, la mission compte aujourdhui plus de 600 personnes entre observateurs militaires et personnel civil et administratif. Une machine qui tourne à 40 millions de dollars par an, soit une moyenne dun peu moins de trois millions par mois. "Cest une petite mission. Par exemple, la mission de maintien de la paix au Congo coûte 800 millions de dollars par an. Largument financier nest donc pas tout à fait pertinent", commente Chabar. Dans son rapport pourtant, Annan en fait son principal argument. Il affirme, en effet, quune réduction de leffectif militaire peut être envisagée (au pire) à hauteur de 30 %. Cela entraînera la suppression de trois postes de commandement de la Minurso (à Dakhla et Smara côté marocain et à Mehaires du côté algérien) et le retrait de 37 observateurs militaires. Réaction marocaine, "les différentes parties ne sont pas prêtes à une pareille réduction. La composante militaire est la plus importante. Si réduction il doit y avoir, cest au sein de la composante civile quelle doit intervenir".
La caution du statu quo
Quest-ce à dire ? Que la paix tient à cette seule présence onusienne ? Quune confrontation militaire est à craindre, après plus de 13 ans de cessez-le-feu ? Côté officiel, on joue la carte de lambiguïté. "La Minurso est une force dissuasive", répond-on. "Cest surtout une caution du statu quo", répond cet observateur local. Selon ce dernier, "toute lattention est aujourdhui accordée au maintien de la paix. Les deux parties souhaitent que la situation reste telle quelle. Cela permet au côté marocain de confirmer sa présence sur le terrain et au Polisario dexister sur le plan international en tant que peuple persécuté, colonisé, réfugié et partant, de bénéficier des largesses des organisations mondiales et des ONG préoccupées par la situation des réfugiés dans le monde". Dans son rapport, Annan exhorte dailleurs la communauté internationale à se mobiliser pour venir en aide aux camps de réfugiés. Depuis la publication des rapports relatifs à la torture de prisonniers marocains, plusieurs organisations ont suspendu leurs programmes daides dans les camps qui commencent à souffrir dun manque flagrant de denrées alimentaires.
Que se passera-t-il maintenant ? Le Conseil de sécurité se réunit les 28 et 29 octobre courant. Sauf surprise, il votera le prolongement du mandat de la Minurso pour permettre, au moins, au successeur de Baker, le Péruvien De Soto de tenter sa chance, et donc de faire une proposition aux différents protagonistes du conflit. Le Conseil de sécurité décidera-t-il de la réduction de leffectif de la Minurso ? Cet officiel marocain pense que la question ne sera même pas débattue. "Sauf, note cet élu sahraoui, si les États-Unis insistent pour réduire les charges de la mission. Le SG naura alors pas de contre-argument. Il sera contraint daccepter". Retour à la case départ. |
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Nouveau. Trafic dhommes au Sahara
Pour presque la première fois, lONU relève la question démigration clandestine au Sahara occidental. Le rapport du SG fait état de larrestation de 43 personnes en provenance dInde, du Bangladesh et du Pakistan. Ils ont été retrouvés en zone sécurisée par lONU, une sorte de no mans land tout autour du mur de défense. Kofi Annan parle de mafias de trafic dêtres humains. Des émigrants clandestins, souvent abandonnés par leur guide, sans vivres, au milieu de terrains minés et inhabités. Un véritable phénomène, selon certains observateurs. Une préoccupation humanitaire de plus, pour laquelle Annan demande lintervention du HCR et des organisations concernées par les questions de lémigration. |
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