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Sahara. Le ras-le-bol de Kofi Annan
2M. Samira contre le reste du monde
Tunisie. L'autre plus beau pays du monde
Hommage. Les années Lemchaheb
Série : Femmes à poigne. 3. Nora Jamaaoui, Madame l'entraîneur
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Sahara. Le ras-le-bol de Kofi Annan
2M. Samira contre le reste du monde
Tunisie. L'autre plus beau pays du monde
Hommage. Les années Lemchaheb
Série : Femmes à poigne. 3. Nora Jamaaoui, Madame l’entraîneur

Par Driss Bennani

Sahara. Le ras-le-bol de Kofi Annan

Kofi Annan sort désormais
l'argument financier (AFP)
Kofi Annan est frustré de ne pas être parvenu à un accord politique au conflit du Sahara. Dans son dernier rapport, il recommande la réduction des effectifs et des charges de la Minurso. 40 millions de dollars par an et si peu de résultats…


"La ténacité des uns et des autres a finalement eu raison de toute la bonne volonté du secrétaire général onusien". La citation n’émane, cette fois-ci, d’aucun diplomate marocain maladroit, mais s'entend déjà, en privé, dans les salons décontractés de nos responsables aux Affaires étrangères. Le
dernier rapport de Kofi Annan n’apporte rien de nouveau, mais se distingue, pour une fois, par le ton désespéré de son auteur. Le secrétaire général de l’ONU y dit clairement qu’un "(…) accord (final entre les deux parties) semble plus lointain aujourd’hui". Plusieurs fois, Annan déplorera également la démission de son envoyé spécial James Baker, talentueux diplomate pourtant, et dénoncera presque les dernières prises de bec maroco-algériennes.
La responsabilité du blocus ? Elle incombe à toutes les parties, à savoir le Maroc, l’Algérie et le Polisario. Annan n’a ménagé personne, à tel point que les machines de propagande des deux bords sont restés sur des détails, insignifiants du reste. Petit soulagement du côté marocain tout de même. Le rapport d’Annan fait exclusivement référence à la résolution 1541, recommandant une solution politique mutuellement acceptable, au lieu du référendum d’autodétermination. Le plan Baker est donc oublié.
"Ce rapport en fait, Annan aurait préféré ne jamais avoir à le rédiger, car il n'est pas du tout reluisant. Il y a été contraint de reconnaître la faillite de l’ONU, d'abandonner son éternel optimisme et sa neutralité de ton", relève un observateur local à Smara. Mais en avait-il le choix ? Non, pour deux raisons au moins. D’abord, parce que ce mandat de la Minurso, le énième, expire le 31 octobre prochain. Le temps presse et Annan espère, au moins, la prolongation du mandat jusqu’en avril prochain. Ensuite, l’utilité (ou l’efficacité, c’est selon) de la mission onusienne ne fait plus l’unanimité à New York. Quelques semaines auparavant, le représentant américain à l’ONU avait déclaré que "la mission au Sahara occidental coûte très cher et n’apporte pas de résultats".

Référendum
On a tendance à l’oublier, mais la Minurso est d’abord une mission censée veiller "à la préparation et à l’organisation du réferendum d’autodétermination". Tâche pourtant abandonnée depuis 1998, date de la fin des opérations d’identification. En 4 ans, les observateurs civils de la mission ont identifié 84.000 votants des deux côtés. Problème, 240.000 autres ont fait appel. Dépassée, l’ONU a finalement laissé tomber pour recentrer l’activité de la mission autour du maintien de la paix.
L’aspect, de loin, le plus réussi de la mission. Depuis 1991, le cessez-le-feu a été parfaitement respecté des deux côtés. Mis à part quelques accrochages lors des premières années de la présence onusienne sur le terrain, aucun incident majeur n’a été enregistré.
Chaque jour, des patrouilles terrestres et aériennes longent le mur de défense pour contrôler le respect du cessez-le-feu, mais aussi le déplacement des troupes et des effectifs mobilisés d’un côté comme de l’autre du mur de défense.
"En ce sens, la Minurso est une belle réussite. La paix n’a pas de prix", affirme Hamid Chabar, ambassadeur marocain chargé des relations avec la Minurso à Laâyoune. En tout, la mission compte aujourd’hui plus de 600 personnes entre observateurs militaires et personnel civil et administratif. Une machine qui tourne à 40 millions de dollars par an, soit une moyenne d’un peu moins de trois millions par mois. "C’est une petite mission. Par exemple, la mission de maintien de la paix au Congo coûte 800 millions de dollars par an. L’argument financier n’est donc pas tout à fait pertinent", commente Chabar. Dans son rapport pourtant, Annan en fait son principal argument. Il affirme, en effet, qu’une réduction de l’effectif militaire peut être envisagée (au pire) à hauteur de 30 %. Cela entraînera la suppression de trois postes de commandement de la Minurso (à Dakhla et Smara côté marocain et à Mehaires du côté algérien) et le retrait de 37 observateurs militaires. Réaction marocaine, "les différentes parties ne sont pas prêtes à une pareille réduction. La composante militaire est la plus importante. Si réduction il doit y avoir, c’est au sein de la composante civile qu’elle doit intervenir".

La caution du statu quo
Qu’est-ce à dire ? Que la paix tient à cette seule présence onusienne ? Qu’une confrontation militaire est à craindre, après plus de 13 ans de cessez-le-feu ? Côté officiel, on joue la carte de l’ambiguïté. "La Minurso est une force dissuasive", répond-on. "C’est surtout une caution du statu quo", répond cet observateur local. Selon ce dernier, "toute l’attention est aujourd’hui accordée au maintien de la paix. Les deux parties souhaitent que la situation reste telle quelle. Cela permet au côté marocain de confirmer sa présence sur le terrain et au Polisario d’exister sur le plan international en tant que peuple persécuté, colonisé, réfugié et partant, de bénéficier des largesses des organisations mondiales et des ONG préoccupées par la situation des réfugiés dans le monde". Dans son rapport, Annan exhorte d’ailleurs la communauté internationale à se mobiliser pour venir en aide aux camps de réfugiés. Depuis la publication des rapports relatifs à la torture de prisonniers marocains, plusieurs organisations ont suspendu leurs programmes d’aides dans les camps qui commencent à souffrir d’un manque flagrant de denrées alimentaires.
Que se passera-t-il maintenant ? Le Conseil de sécurité se réunit les 28 et 29 octobre courant. Sauf surprise, il votera le prolongement du mandat de la Minurso pour permettre, au moins, au successeur de Baker, le Péruvien De Soto de tenter sa chance, et donc de faire une proposition aux différents protagonistes du conflit. Le Conseil de sécurité décidera-t-il de la réduction de l’effectif de la Minurso ? Cet officiel marocain pense que la question ne sera même pas débattue. "Sauf, note cet élu sahraoui, si les États-Unis insistent pour réduire les charges de la mission. Le SG n’aura alors pas de contre-argument. Il sera contraint d’accepter". Retour à la case départ.



Nouveau. Trafic d’hommes au Sahara

Pour presque la première fois, l’ONU relève la question d’émigration clandestine au Sahara occidental. Le rapport du SG fait état de l’arrestation de 43 personnes en provenance d’Inde, du Bangladesh et du Pakistan. Ils ont été retrouvés en zone sécurisée par l’ONU, une sorte de no man’s land tout autour du mur de défense. Kofi Annan parle de mafias de trafic d’êtres humains. Des émigrants clandestins, souvent abandonnés par leur guide, sans vivres, au milieu de terrains minés et inhabités. Un véritable phénomène, selon certains observateurs. Une préoccupation humanitaire de plus, pour laquelle Annan demande l’intervention du HCR et des organisations concernées par les questions de l’émigration.

 
 
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