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Sahara. Le ras-le-bol de Kofi Annan
2M. Samira contre le reste du monde
Tunisie. L'autre plus beau pays du monde
Hommage. Les années Lemchaheb
Série : Femmes à poigne. 3. Nora Jamaaoui, Madame l'entraîneur
N° 148
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Par Cahdwane Bensalmia

2M. Samira contre le reste du monde

Samira Sitaïl, la directrice de
l'information, à l'origine du climat
"empoisonné" de la chaîne (DR)
Samira Sitaïl, directrice de l’information de la deuxième chaîne fait face à une fronde violente, et générale. Ses journalistes menacent de faire une grève du journal télévisé. Le syndicat et le ministre de tutelle s’en mêlent. Récit.


La menace de grève lancée mardi dernier par des journalistes de 2M était sans équivoque : "C’est elle ou nous". Quitte à ce qu’il y ait, rien de moins, une grève du journal télévisé. C’est une première, dans la courte histoire du paysage audiovisuel marocain. Au lendemain de l’ultimatum, Samira Sitaïl, directrice
de l’information de la deuxième chaîne, déclarait à TelQuel que cette menace de grève était le résultat de sa "guerre contre la corruption et la politique de l’ancienneté au sein de la chaîne". Depuis, elle se mure dans le silence, se contentant de déclarer qu’elle "ne veut pas verser de l’huile sur le feu". Mais le conflit est là, et le silence de la principale mise en cause ne fait que donner plus de relief aux arguments de ses ennemis.
Mardi 29 octobre, une cinquantaine de journalistes ont pris part à une assemblée générale de la chaîne, à l’ordre du jour tout à fait ordinaire : "discuter de la situation générale des journalistes". Mais la discussion, à laquelle était convié le secrétaire général du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) Younès Moujahid, a vite tourné au procès de Samira Sitaïl, accusée de "mépris affiché" et même de "propos injurieux" envers les journalistes. L’assistance en avait apparemment gros sur le cœur. C’est Hamid Saâdni, rédacteur en chef du journal arabophone, qui ouvre le bal en annonçant que "le climat est tellement empoisonné qu’il devient impossible de travailler avec elle". Prenant la parole, Mohammed Lamrani balbutie quelques secondes avant de… fondre en larmes. Ancien présentateur du JT francophone, Chaïb Hammadi officialise le réquisitoire en proposant un vote "pour ou contre le départ de Sitaïl". Fatiha Ahbabaz, présentatrice d’une émission d’information qui faisait partie de l’entourage de la directrice honnie, il n’y a pas si longtemps, exprime, elle, le souhait de quitter la direction de l’information pour celle des programmes. Quant à Jamila Chadli, journaliste, elle assimile la direction de l’information à "une caserne militaire".
Depuis le 2 mai 2001, date à laquelle elle a été nommée à la tête de la direction de l’information de 2M, Samira Sitaïl n’a jamais spécialement recherché le consensus. Mais jamais non plus elle n’a fait à ce point l’unanimité contre elle. Y compris parmi ses anciens amis. Elle garde quand même des défenseurs, même anonymes. Ainsi de celui-ci qui déclare : "La nomination de Taoufik Debbab et de Reda Benjelloun à la tête de deux nouvelles sous-directions a fait beaucoup de jaloux qui se sont empressés de se retourner contre elle dès que leurs intérêts ont été touchés".
Au final, l’assemblée générale s’est soldée par un communiqué du SNPM et une offensive on ne peut plus personnelle contre Sitaïl. "Ce n’était pas l’objet de la réunion, au départ, se défend l’un des participants. En tant que syndicat, nous étions contre le fait de nous attaquer à un individu. C’est venu sans qu’on le cherche". C’est venu surtout de tous les côtés à la fois. Au lendemain de l’assemblée, la très officielle agence MAP, qui ne s’aventure pourtant jamais dans les méandres des institutions publiques, y est aussi allée de sa dépêche, reprenant le communiqué anti-Sitaïl du SNPM. Trois jours plus tard, c’est le comité syndical des employés de 2M (affilié à l’UMT) qui émet un communiqué, appuyant les revendications des journalistes. "En fait, tout cela est allé trop vite", note un élément "neutre" (mais non moins anonyme) de la rédaction, qui s’interroge sur la présence de Moujahid à l’assemblée. En jouant au médiateur, le SNPM est bien dans son rôle. Mais cette affaire constitue aussi, pour lui, l’occasion de reprendre pied dans l’audiovisuel. Ce secteur, en effet, menace sédition depuis que Ali Khella, dissident du SNPM, parle de constituer un syndicat autonome de l’audiovisuel (ce serait prévu pour l’après ramadan). Dans les deux camps, la paranoïa gagne du terrain. Autre théorie en vogue : la direction générale de 2M n’est pas étrangère à tout ce remue-ménage. Mustapha Benali, aussi, voudrait la peau de Sitaïl, qu’il considèrerait, disent beaucoup, comme "un lourd héritage" dont il n’arrive pas à se débarrasser. C’est un fait, les appuis politiques de la directrice de l’information (Fouad Ali al Himma et "le Palais" en général) lui ont conféré, au fil du temps, une autonomie quasi-absolue. Benali, notamment, n’aurait pas son mot à dire dans la gestion de l’information. Depuis le déclenchement de l’affaire, il a reçu trois fois le comité syndical anti-Sitaïl, sans arriver à désamorcer la crise. "Benali nous incite au dialogue, dit un journaliste. Mais comment peut-on dialoguer avec une femme qui n’a jamais cru aux vertus du dialogue ? Que répondre à une directrice dont la première réaction au lendemain de la publication du communiqué, a été de marcher dans les couloirs en criant 'ça pue, j’ai envie de vomir' ? Elle ne nous a pas laissé le choix". Le front anti-Sitaïl semble arrivé à un point de non retour. La goutte qui a fait déborder le vase, c’est l’accusation de corruption proférée par la directrice de l’information dans TelQuel, la semaine dernière. "Elle sait de quoi elle parle, même si elle n’a pas voulu citer de noms", déclare un membre de la rédaction qui affiche sa neutralité. En attendant, tout le monde s’est senti visé, les innocents comme les coupables. Et certains parlent de la poursuivre pour diffamation.
Du côté de Samira Sitaïl, en revanche, une tentative de conciliation a été lancée jeudi 28 octobre. Un communiqué anonyme signé "la majorité silencieuse des journalistes de 2M" a atterri sur un bureau de la MAP, donnant lieu à une dépêche. "Loin de vouloir améliorer les conditions et la qualité de travail des journalistes", accuse le communiqué, les doléances "aux allures d’accusations (…) installent au sein de la rédaction un climat nuisible à la mission d'information". Ces doléances, du reste, n’émanent que "d’une minorité", affirme "la majorité". Laquelle regrette "la tournure personnalisée" des évènements, et finit par appeler au dialogue. Mais n’est-ce pas trop tard ? Les anti-Sitaïl semblent s’être complètement bouché les oreilles, ne voulant plus du moindre compromis. Pour seule réponse, ils annoncent leur intention de publier un "livre noir" sur les pratiques de la direction de l’information.
Bref, c’est l’impasse. À tel point que le ministre de la Communication (qui est aussi président du conseil d’administration de 2M) s’en est mêlé. Jeudi 28 octobre, il a convoqué le comité syndical pour "l’écouter". L’entrevue a duré un peu plus d’une heure, sans aboutir sur aucun compromis. Tout en affirmant "sa totale compréhension", le ministre aurait demandé aux mécontents de "baisser le ton" et leur aurait assuré : "Plus jamais, je ne permettrai qu’un journaliste de la chaîne soit humilié". Décodons : si Sitaïl insulte à nouveau les journalistes en public, le ministre pourrait fort bien la traduire en conseil disciplinaire, et citer des témoins. Il ne déplairait pas à Nabil Benabdellah, lui aussi, de prendre sa revanche sur la directrice de l’information de 2M. Car il a une revanche à prendre. En tant que porte-parole du gouvernement, Benabdellah fait une déclaration par semaine, censée être couverte par les deux chaînes. 2M s’y serait dérobée, quatre fois. Au PPS, le parti du ministre, on lui reprocherait ouvertement de "n’avoir aucune autorité sur les deux chaînes".
En conclusion, Samira Sitaïl semble avoir beaucoup d’ennemis déclarés, et une poignée de supporters anonymes. Tiendra-t-elle, dans ces conditions,? Tout dépend de la solidité de ses appuis. Que pense Fouad Ali al Himma de tout cela ? Personne n’en sait rien. Et c’est probablement la clé de l’affaire.

 
 
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