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Affaire Mandari. La version Ouamoussi
N° 149
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Dossier réalisé Par Driss Bennani, Chadwane Bensalmia et Aziz A. Boucetta

Palestine orpheline


A l'heure où nous mettons sous presse, les informations contradictoires sur la mort cérébrale de Yasser Arafat se succèdent. Il semble certain, néanmoins, qu'il est entré jeudi soir dans un coma "de niveau 4". D'après les médecins, on ne s'en relève pas, sauf miracle. Tôt dans la matinée de vendredi, les médias arabes laissaient entendre que les démentis palestiniens étaient plutôt d'inspiration politique, et que leur but était de gagner du temps...


(AFP)
La mort cérébrale de Yasser Arafat ouvre une lutte féroce pour la succession, sous l'œil attentif (et peu bienveillant) de Sharon.


Qui succédera à Arafat ? La loi fondamentale de l'Autorité palestinienne ne permet aucun suspense. Ce sera, théoriquement, à Rawhi Fattouh, l’actuel président du conseil législatif, d’assurer l’intérim durant les deux mois qui suivront le décès du patriarche, s'il est officiellement confirmé. Deux mois au terme desquels le pays devra organiser, toujours selon la Constitution, des élections présidentielles. Les premières
élections pluralistes de l'histoire de la Palestine. Et choisir un homme pour remplacer Arafat.
Dans les faits, deux grands problèmes se posent. Le premier se rapporte directement au successeur constitutionnel d’Arafat, Rawhi Fattouh. Un homme sans charisme et sans représentativité qui, dans le meilleur des cas, se contentera de faire de la figuration durant les deux prochains mois, si le décès est officiellement confirmé. Depuis l’hospitalisation d’Arafat à Paris, deux hommes assurent, de fait, la présidence du conseil intérimaire. Ahmed Qoreï et Mahmoud Abbas, respectivement Premier ministre et numéro 2 de l’OLP. Sauf surprise, ils devraient continuer à piloter le pays. Mais jusqu’à quand ?
Des élections présidentielles - et c’est le deuxième problème - sont aujourd’hui impossibles à organiser dans un territoire assiégé, bouillonnant et désormais sans repère. La présence militaire israélienne à proximité des grandes agglomérations palestiniennes n’arrange pas les choses. Le moindre incident pourrait dégénérer en un véritable bain de sang.
Toujours est-il que les Palestiniens n’auront pas le choix. C’est le président ou le chaos. Qui peut, alors, remplacer Arafat ? "La raïss est irremplaçable", tranche le journaliste d'Al Qods, Mahmoud Maârouf. "Pendant plus de 30 ans, il a été le garant de l’unité palestinienne et a forcé le respect de tous, à commencer par ses plus virulents critiques au sein des différentes formations palestiniennes. Durant ses derniers jours, il concentrait des pouvoirs et des attributions qu’aucun autre ne peut gérer". Sans doute, mais il faudra quand même que les Palestiniens se choisissent un nouveau chef. Quatre noms reviennent.

Mahmoud Abbas. Le diplomate
Numéro 2 de l’OLP, il serait selon toute vraisemblance, "le privilégié" aussi bien par les instances palestiniennes qu’israéliennes. Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, a été aux côtés du Premier ministre actuel, Ahmed Qoreï, l’un des principaux négociateurs avec Israël lors des accords d’Oslo en 1993. Il a depuis toujours entretenu des relations solides avec les différentes composantes de la lutte palestinienne et avec les diplomaties européennes. Bush voit déjà en lui "le nouveau leader de l’autorité palestinienne".
Compagnon de route de Yasser Arafat depuis ses débuts à la tête de l’organisation, ce partisan de la diplomatie secrète a cependant divorcé une première fois de Yasser Arafat en 2002. En réclamant la fin des attentats en Israël et en critiquant la seconde Intifada, il s’est mis la rue à dos. Il reviendra cependant en force en 2003 et sera élu Premier ministre, avant de signer son second divorce, définitif celui-là, en démissionnant trois mois plus tard. "Abou Mazen est le plus habilité à assurer la succession", assure Mahmoud Maârouf. Mais, Abou Mazen a également des problèmes de santé. En outre, il pourrait être confronté à une montée en puissance du mouvement radical Hamas.

Ahmed Qoreï. Un président sans charisme
C’est lui qui a succédé à Mahmoud Abbas à la tête du gouvernement palestinien. L’homme a été de toutes les négociations, d’Oslo à Madrid, et avait l’oreille du président pour les questions économiques et financières. Décrit comme un homme pragmatique et modéré, il a fait de la sécurité intérieure son principal cheval de bataille. Le 5 octobre 2003, il est nommé à la tête d’un cabinet d’urgence, composé de huit membres. À la suite de sa nomination, il s'engage dans une longue dispute avec Arafat concernant le poste de ministre de l'Intérieur et le contrôle des forces sécuritaires, et menace de présenter sa démission. Il finira par y renoncer. Ses préoccupations sécuritaires lui valent déjà le soutien américain et européen, mais l’homme ne déchaîne pas les foules. Sans charisme ni popularité, il aura beaucoup de mal à s’imposer, encore plus à fédérer.

Marouane Barghouti. L'élu du peuple
S’il y a un homme pour symboliser la lutte palestinienne après Arafat, ce serait lui. Jeune, battant, incorruptible, fidèle à ses idées, il incarne l’image du militant idéal. Chef du Fatah pour la Cisjordanie, il a rejoint le mouvement dès l’âge de 15 ans. Marouane Barghouti a longtemps été un fervent défenseur des accords d’Oslo avant de soutenir la lutte armée.
En avril 2002, il est arrêté à Ramallah, accusé de l’organisation de plusieurs attentats suicides, et condamné à perpétuité par un tribunal israélien. Il a le soutien indéfectible de tous les Palestiniens et demeure de loin le plus populaire de tous les candidats. Pour la même raison, il est tout ce que les grandes puissances mondiales ne veulent pas. Sa libération par Israël est tout aussi incertaine que l’aboutissement du conflit.

Mohamed Dahlane. Le challenger de Gaza
Ancien chef des services de sécurité à Gaza, c’est le challenger de cette succession. Homme fort de l'Autorité palestinienne, il fait partie de cette nouvelle garde de militants, populaires et frontaux. Au lendemain de sa mise à l’écart par le président Arafat (on dit qu’il commençait à faire peur aux vieux routiers de l’OLP), le jeune Dahlane a mené campagne contre la corruption au sein de l’Autorité, évitant toutefois de s’attaquer directement au raïs. Dahlane n’a jamais caché son appétit politique. Quelque temps après sa mise à l’écart, il était déjà question qu’il réintègre le gouvernement au poste sensible de ministre de l’Intérieur. Lui-même avait qualifié sa rencontre avec Qoreï de "chance pour la paix". Jeune, crédible, influent à Gaza, populaire, modéré et proche de Mahmoud Abbas, il a tout pour jouer un rôle clé lors de la prochaine étape. Même si ses chances à la présidence sont très faibles, il reste incontournable à Gaza après le retrait israélien.



Chronologie . Les derniers jours

Vendredi 29 octobre.
Atteint d’une infection virale compliquée, Yasser Arafat quitte sa mouqataâ assiégée pour la première fois depuis trois ans. Il s'envole vers Amman à bord d’un hélicoptère jordanien qui ne survolera pas l’espace aérien israélien. Un avion français le transportera ensuite à Paris. Il y atterrit à 14 heures 10 et est reçu à l’hôpital militaire de Percy. Quelques heures auparavant, Jacques Chirac déclarait qu’Arafat était le bienvenu en France. Sharon, lui, dit qu’il ne s’opposerait pas à son retour à Ramallah.

Dimanche 31 octobre.
Sharon s’oppose radicalement à l’éventuel enterrement d’Arafat à Jérusalem.

Mardi 2 novembre.
Un premier bilan de santé écarte l’éventualité d’une leucémie. Mais le diagnostic exact n’est pas encore établi.

Mercredi 3 novembre.
Dans l’après-midi, Arafat est admis dans une unité de soins intensifs. Il perdra trois fois connaissance dans la soirée.

Jeudi 4 novembre.
Le président va mal. À 16h40, le Premier ministre luxembourgeois affirme à Bruxelles "qu’Arafat est mort il y a 15 minutes". À 17 h45, un responsable de l’hôpital affirme qu’"Arafat n’est pas décédé". À 19h22, Arafat est dans un état de mort cérébrale, il tombe dans un coma très profond de stade 4.

Vendredi 5 novembre.
A l'heure où nous mettons sous presse, Yasser Arafat n'a toujours pas été déclaré officiellement mort. Mais les médecins assurent que son état est irréversible.



Funérailles. Un homme, une terre

Yasser d’Arafat pourra-t-il être inhumé, conformément à sa demande, à Jérusalem ? Rien n'est moins sûr. En début de semaine, le Premier ministre israélien a été très clair en déclarant : "Tant que je serai au pouvoir, et je n’ai pas l’intention de le quitter, Arafat ne sera pas enterré à Jérusalem". Sa dépouille sera très probablement inhumée en Cisjordanie, "sur un territoire qu’il contrôle", avait précisé Ariel Sharon.
Tôt dans la matinée du jeudi, l’armée israélienne était déjà en alerte maximale et prête à faire face à tout débordement. À l’origine du refus d’Israël, la considération par l’État hébreu que Jérusalem est sa capitale "éternelle et indivisible". En ce sens, "il ne saurait permettre aux Palestiniens d’y asseoir un si fort symbole", explique le militant pro-palestinien Khalid Soufiani. Les observateurs sont inquiets quant aux risques d’explosion sur le terrain. Confirmée, la mort d’Arafat sera à l’origine d’une désolation générale dans les territoires. Si elle se frotte à l'arrogance israélienne, cela provoquera immanquablement une vague de colère difficilement maîtrisable sans un énorme bain de sang. Des colons juifs à Jérusalem ont déjà menacé de se mettre en travers de n’importe quelle marche palestinienne vers la ville sainte.


Équilibre précaire

La disparition d'Arafat mettrait fin au mythe fragile de l'unité palestinienne. La course au pouvoir est ouverte et la lutte armée risque de se renforcer.


Jeudi 30 octobre, au lendemain de l’hospitalisation du chef palestinien, le Hamas et le Jihad annoncent leur intention "d’éviter toute lutte interne pour le pouvoir", en cas de disparition d'Arafat. Une résolution également affichée par quelques groupuscules sécessionnistes du Fatah, comme les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, qui ont pourtant été extrêmement critiques sur la stratégie d'Arafat. Et à l’heure où nous mettons sous presse, les représentants de 13 mouvements palestiniens s’apprêtent à tenir une réunion extraordinaire à Gaza pour parer aux risques de dérapage. Une solidarité plutôt rassurante.
Mais ce calme apparent est-il crédible ? Dans les faits, la succession d'Arafat est triple, car le vieux lion dirigeait non seulement l’Autorité palestinienne, mais aussi l’OLP et le Fatah. Du coup, ce sont trois postes clés qui se libèreraient. Le premier - le moins litigieux, si élections transparentes il y a - c’est le peuple palestinien qui le pourvoira. Néanmoins, les militants du Fatah ne renonceraient pas aisément au fauteuil du chef d’État qu’ils considèrent comme "leur héritage légitime". Reste à savoir si les autres composantes de l’Autorité palestinienne continueront à leur accorder la primeur pour éviter "une lutte interne". De même pour la présidence de l’OLP. Le Fatah est majoritaire au sein de l’organisation. Un argument qui a son poids et que les autres mouvements auront du mal à contrecarrer. Pour le moment, le Hamas et le Jihad, ses principaux "rivaux", sont fragilisés par les récents assassinats de leurs leaders et symboles, Yassine et Rantissi. Ils ont une autre priorité : se restructurer.
Vendredi 31 octobre, le responsable du Hamas, Ismail Haneyeh, a appelé les Palestiniens à rester solidaires dans le cadre de l'Intifada contre Israël. Un appel qui intervient au moment même où le pays vit sous la menace d’une explosion de violence.
Le risque de violence au sein du Fatah lui-même n’est pas écarté. À Gaza comme à Naplouse, deux mouvements paramilitaires issus du Fatah sont en guerre ouverte. Et Arafat n'est plus là pour atténuer les divergences entre sympathisants et opposants de la lutte armée.
Pour l'heure, le chef du Hamas a préconisé la formation d'une direction nationale unifiée, qui serait la plus haute autorité politique pour le peuple palestinien. Une sorte de comité de salut public ?


Le parcours du combattant

Yasser Arafat aura dédié sa vie à la libération de la Palestine. Du Caire à Beyrouth, de Tunis à Gaza, retour sur le destin d’un des derniers "grands".


"Je ne conseille à aucune compagnie d'assurer Arafat sur la vie", disait Ariel Sharon voici quelques mois. "Il a essayé de me tuer 13 fois pendant le siège de Beyrouth", affirmait Yasser Arafat de son côté. Ainsi s'exprimaient les deux plus féroces ennemis de notre époque. Mais aucun ne tuera l’autre. Jeudi 4 novembre 2004, Yasser Arafat a été déclaré en état de mort cérébrale, dans sa clinique parisienne. Incontestablement, une page de l'Histoire se tourne et le monde perd une de ses plus grandes figures contemporaines. Seuls Nelson Mandela et Fidel Castro sont encore auréolés d’un tel prestige universel. Avec son célèbre keffieh et sa barbe indéfiniment naissante, "Abou Ammar", aura incarné jusqu'à la dernière limite la lutte du peuple palestinien pour sa liberté.
Mohamed Abd el Rahman Abd el Raouf Al Husseini Arafat voit le jour en 1929 au Caire, dans une famille originaire de Jérusalem, disposant déjà d’une tradition de leadership. Son grand oncle, Haj Amin El Husseini, était le Grand mufti de Jérusalem, ami d'Hitler et ennemi acharné du sionisme. De lui, le jeune Yasser (très vite, son prénom usuel) hérite aussi bien l'attachement à la nation palestinienne que le sens aigu des erreurs historiques. Lycéen en 1948, Yasser Arafat fait le coup de feu en Palestine. Ingénieur civil en 1956, il transporte des armes pendant la crise de Suez. Il s'installe au Koweït trois ans plus tard et, avec ses trois compagnons de lutte, Abou Mazen, Abou Jihad et Farouk Kaddoumi, y crée le Fatah, dont l'objectif déclaré est la lutte armée pour l’indépendance de la Palestine. Fort de son nouvel outil de combat, Yasser Arafat s’installe à Damas et multiplie les actions armées contre l'Égypte nassérienne et Israël. Lors de la bataille de Karameh en mars 1968, Tsahal, l'armée israélienne, se heurte à une très forte résistance du Fatah et recule, laissant derrière elle des dizaines de morts et accroissant le prestige de Arafat. La politique agressive du Fatah lui vaut une prééminence certaine sur les autres mouvements palestiniens. C'est donc en toute aisance qu'en 1968, Arafat intègre l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et en conquiert l'année suivante la présidence, poste qu'il ne quittera jamais.
En 1970, Arafat est en Jordanie et la lutte pour le pouvoir se poursuit entre les factions rivales de l'OLP, le Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) et son pendant, le Front Populaire (FPLP). Les positions des uns et des autres se radicalisent et arrive "Septembre noir" : une série d'attentats spectaculaires en Jordanie, et pour finir, une tentative d’assassinat sur la personne du roi Hussein. Ce dernier réagit par un massacre généralisé des Palestiniens de Jordanie et Yasser Arafat est contraint de s’exiler au Liban. Il trouve un pays à sa mesure, ni trop grand, ni trop puissant. Le Fatah donne alors libre cours à son activisme et Arafat dénonce - déjà - les attentats contre des cibles civiles tout en tenant le rôle de chef de guerre.
L'année 1974 est celle de la consécration diplomatique : le sommet arabe de Rabat adoube l'OLP comme représentant légitime du peuple palestinien et le 13 novembre suivant, Arafat délivre un discours historique devant l'Assemblée générale de l'ONU, arborant revolver et rameau d'olivier. En 1975, l'activisme de l'OLP à travers ses diverses composantes est à l'origine de la guerre civile au Liban. Arafat applique alors inlassablement une doctrine bien établie, dite "des étapes" : il s'agit, contrairement à l'erreur stratégique de 1948, qui consistait à refuser en bloc le partage proposé par la Grande-Bretagne, de reconquérir progressivement la Palestine étape par étape, zone par zone. L'activisme palestinien s'accentue dès lors contre Israël ce qui déclenche, quelques années plus tard, l'intervention de Tsahal au Liban. On en connaît les résultats : la débâcle de l'OLP, quelques massacres des populations palestiniennes et un autre départ pour Yasser Arafat. Direction Tunis, cette fois, où son organisation prend ses nouveaux quartiers. Le jour de son départ de Beyrouth, Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, interdit à l'un de ses tireurs d'élite qui avait Arafat dans son viseur, d'appuyer sur la gâchette…
L'histoire se précipite brusquement dès 1988 : en novembre de cette année, à Alger, Arafat proclame la création d'un État palestinien et dans la foulée, reconnaît Israël en déclarant caduque l'ancienne charte palestinienne. En 1990, son soutien à Saddam Hussein pendant la "mère de toutes les batailles" l'isole de l’Occident et de ses pairs arabes, et tarit ses ressources financières en provenance du Golfe. La première Intifada bat alors son plein et Arafat en profite pour se remettre en selle. La Conférence de Madrid consécutive à la guerre du Golfe n'ayant rien donné (on se souvient des échanges violents entre Syriens, Palestiniens et Israéliens), Arafat entame de nouvelles négociations avec Tel Aviv. Elles aboutiront au processus d'Oslo. Le 13 septembre 1993 à la Maison blanche, c'est la consécration. Sous les auspices du président américain Bill Clinton, Arafat serre la main du Premier ministre israélien Itzhak Rabin et de son ministre des Affaires étrangères Shimon Pérès. La bande de Gaza, ainsi qu’une partie de la Cisjordanie, sont rétrocédées aux Palestiniens. L’année suivante, les trois hommes se partagent le Prix Nobel de la Paix.
Arafat s’installe à Gaza en 1994, y met en place l'Autorité palestinienne, et s'en fait élire président avec 87 % des suffrages. À 65 ans, il trouve le temps de se marier et de devenir père d’une petite fille. Mais politiquement, c’est le début de la fin. Le processus de paix prévoyait la poursuite des négociations sur le statut définitif de la Cisjordanie et de Gaza, le sort de Jérusalem et celui des réfugiés. En 1999, Arafat entame des négociations avec le Premier ministre israélien Ehud Barak, à Sharm el Cheikh. L’année suivante, sous la houlette de Bill Clinton, il rencontre Barak à Camp David, puis à Taba. Beaucoup de choses ont été dites sur ces négociations et sur la responsabilité du leader palestinien dans leur échec. L'Histoire jugera.
Ariel Sharon arrive au pouvoir en 2001, juste après (ou à cause de) l'éclatement de la seconde Intifada. Le cours de l’Histoire s'accélère : arrivée de Bush en 2000, 11 septembre 2001, invasion par Tsahal des territoires récupérés et réclusion du vieux leader à Ramallah en 2002, jusqu'à son transfert récent à Paris.
Yasser Arafat a été perçu tantôt comme un grand homme d'État, tantôt comme un terroriste, souvent comme le père désintéressé des Palestiniens, parfois comme un potentat corrompu. L'Histoire liera pourtant, et pour la postérité, le nom d’Arafat à l’idée même de Palestine.


Sélection et traduction : Cerise Maréchaud

L’angoisse du monde

(AFP)
Le monde selon Bush, c’est reparti pour quatre ans. Rares sont les capitales auxquelles cette reconduction ne donne pas froid dans le dos. Par cette sélection d’éditoriaux issus des cinq continents, TelQuel vous propose une visite de la planète, avant que celle-ci ne s’arrête de tourner...


Près de 60 millions d’Américains ont voté pour George W. Bush. Mais ce sont des milliards de personnes que cette seconde investiture concerne, de près ou de loin. Et le cow-boy texan de se sentir pousser des ailes, celles d’un empereur… décidemment
élu, puisque réélu. Fidèle aux passions qui ont remué ciel et terre de bout en bout de cette campagne, la presse internationale réagit. Le premier mandat de Bush laisse des séquelles, le second porte les germes de bouleversements. Parce que le pouvoir appelle le pouvoir, des voix unanimes prophétisent, probablement à raison, une radicalisation de la politique étrangère imposée par la Maison Blanche. Au cœur de cette angoisse planétaire, le Moyen-Orient, sans conteste le projet numéro 1 de l’ère Bush 2. Mais aussi l’incompréhension, face à cette moitié d’Amérique qui n’a, semble-t-il, pas écouté les appels désespérés du monde.


Mexique. Le vote de Dieu (El Proceso)

Dur de l’emporter contre Dieu. C’est bien ce qui s’est passé le 2 novembre, lorsque les Américains votèrent pour celui qui s’est autoérigé en épée divine contre le mal porté par les peuples arabes, les mariages homosexuels et les millions de pauvres qui pullulent dans les rues de l’empire. (…) Ils le firent par crainte d’une nouvelle expression du terrorisme arabe incarné par Oussama Ben Laden qui, ô surprise, à travers une audience des plus larges et à la veille de l’élection, a envoyé un message authentifié par la Maison Blanche promettant de relancer la fronde contre les États-Unis. "Ils nous prennent pour des cons", des réactions du même acabit étaient sur toutes les bouches au Mexique à la nouvelle de cette "apparition"(…) Dieu a voté aux États-Unis et que le monde s’apprête à recevoir les commandements divins que Bush, sans l’ombre d’un doute, utilisera pour poursuivre sa politique d’expansion impériale, travestie sous la toge de la sainte justice dans la nouvelle croisade contre les musulmans du 21ème siècle, appelés terroristes.


Israel. Sharon respire (Haaretz)

Le Premier ministre Ariel Sharon avait parié gros sur George Bush, et n’a pas été déçu. (…) l’alliance avec Bush était la pierre angulaire de sa stratégie depuis le jour de son entrée en fonction, il s’y est collé. (…) Sharon savait bien que la victoire de Kerry ressusciterait le camp de la paix et ouvrirait la voie à une flopée de missions et initiatives politiques depuis Washington. Le nouveau président continuera à soutenir les incursions militaires israéliennes dans les territoires et le plan de désengagement. (…) Sharon peut dormir sur ses deux oreilles. (…) Difficile pourtant de penser personnalités plus opposées que celles de Bush et Sharon. L’un est un dévot illuminé, l’autre séculier dans l’extrême. Pas d’amitié spéciale, ni d’appels tard dans la nuit. Le dialogue entre les deux passe essentiellement par leurs bras droits, Dov Weisglass et Condoleeza Rice. Mais ça marche. Ils partagent cette vision agressive du monde. (…) Bush et Sharon aiment travailler avec une poignée de fidèles et se concentrent sur quelques problèmes majeurs au détriment d’autres demandes. (…) Le bureau de Sharon a exulté ce mercredi à la victoire de Bush et attend désormais des changements dans l’administration. Vu d’Israël, pour le secrétariat d’État, les faveurs vont à Condoleeza Rice et à son disciple actuel, Steve Hadley.


Australie. Moyen-Orient : l’épée de Damoclès (The Australian)

La réélection de Bush n’était pas encore entérinée que déjà elle envoyait des ondes de choc de par le Moyen-Orient. Israël, le gouvernement intérimaire irakien et les pays arabes alignés sur les intérêts américains se frottent les mains, pendant que d’autres nations, dans le collimateur de l’Oncle Sam, comme l’Iran et la Syrie, réalisent à présent que leurs espoirs d’une Maison Blanche plus malléable ont été déçus. La très idéologique vision américaine de la région, pétrie par la guerre contre la terreur, peut prospérer encore pendant quatre ans. (…) Un gain précieux pour Sharon tiré de cette victoire sera une perte pour l’autorité palestinienne. Yasser Arafat, mourant dans un hôpital parisien, a été ostracisé par l’équipe de la Maison Blanche comme complice de la terreur. Le besoin palestinien de trouver une nouvelle génération de leaders est désormais plus que vital. (…) Un leader réélu peut généreusement avancer ses pions pour le changement, et Bush caresse le rêve d’un bouleversement révolutionnaire au Moyen-Orient. (…) Sans occulter que nombreux sont les intellectuels et faiseurs d’opinion arabes qui [le] soutiennent, (…) un courant d’opinion qui ne peut que gagner en audace. Clients et supporters arabes des États-Unis, comme la Jordanie et l’Égypte, sont toujours plus à l’aise avec une Maison Blanche stable, mais d’autres États arabes sont autrement plus méfiants. Premier parmi ceux-ci, la Syrie, dont les États-Unis attendent de pied ferme l’abandon de son soutien logistique du terrorisme et le retrait de ses troupes du Liban voisin. (…) Le retour de l’administration Bush, celle d’un président listant le régime de Téhéran dans l’"Axe du Mal", est loin d’être bienvenu pour le cercle des conservateurs au pouvoir, faisant planer le spectre d’une imminente confrontation au nom des ambitions nucléaires de l’Iran. (…) Au Moyen-Orient, le résultat de mercredi promet l’exact opposé de la stabilité : une continuité acharnée dans les tentatives de redessiner les contours du paysage politique de la région.


Liban. Pater austère, le retour (L’Orient le Jour)

Avec George Bush retombant dans son fauteuil et John Kerry tombant du cocotier, c’est une fois de plus un cours magistral de démocratie asséné aux Alcazar et autres Tapioca moustachus du monde arabe, champions de la caricature électorale des 99 % et des dynasties préfabriquées. Ne reste plus qu’à attendre et voir maintenant les pays et régimes appelés à déguster les foudres jusqu’aux bushistes à la sauce de bénitier. Quoi qu’il en soit, avec quelque 3,5 millions de voix d’écart, ce n’est plus seulement une marge dont a bénéficié le "Double Vé" texan face à l’époux de Madame Ketchup, mais d’un matelas bien douillet. À la tête d’une Amérique bouffie par la gonflette militaire, le colosse d’airain a pourtant une glotte d’argile, puisqu’il suffit d’un bretzel pour le réduire en capilotade. Mais qu’est-ce qu’on a pu lire entre-temps comme âneries dans la presse arabe et européenne ! Ceux qui s’en sont abreuvés auront au moins compris la leçon : ne jamais confondre lecteurs et électeurs. Ni lu et élu. Maintenant on dit merci qui, pour cette victoire les doigts dans le nez du Pater austère et de ses copains en fauconnerie ? Merci Oussama, bien sûr, qui n’a pas trouvé plus intelligent que de débouler en pleine campagne électorale américaine pour exciter son internationale barbue. Jongler avec les milliards pour finir en guenilles, sirotant du thé au fond d’une grotte afghane, il doit être drôlement secoué, le violeur des jumelles de New York. En lui, George Dobelyou a certainement trouvé son attaché de prêche... Pauvre John Kerry ! Depuis le temps qu’il prédisait que tout ça va mal finir. Pour lui, en tout cas, c’est déjà fini...


Écosse. Pessimisme (The Herald)

Un militant démocrate indonésien se rongeait les ongles à regarder tomber les résultats des élections américaines mercredi. "C’est comme voter pour le président du monde". Sauf que le monde n’a pu que rester béat devant l’horreur, alors que le peuple américain a renvoyé à la Maison Blanche l’homme qui a plus fait pour polariser l’opinion mondiale que n’importe quel leader depuis la Guerre Froide. Ceux enclins à l’optimisme suggèrent que Bush second modèle sera différent du prototype. N’ayez point d’illusion, c’est un vœu pieu. (…) Si George Bush s’est embarqué dans une politique radicalement unilatérale sur la base d’une minorité du vote populaire en 2003, pourquoi devrions-nous espérer de lui qu’il se désengage maintenant qu’il jouit d’un mandat plus clairement démocratique ? Près de 60 % des votants (quelque 120 millions) ont exercé leur droit, le plus fort pourcentage depuis 1968. Se permettant même les errements d’un système électoral obsolète et honteux, pour aboutir à ça : quatre ans de plus. (…) Bien-sûr, rien n’est inévitable. N’en déplaise sa rhétorique pro-israélienne, Bush s’est annoncé comme favorable à la constitution d’un État palestinien souverain et, après avoir sécurisé la démocratie en Irak, cela devrait être sa priorité. Il est possible de penser qu’un second mandat Bush y soit plus favorable qu’un premier mandat Kerry. Donner quelque espoir à l’Afrique sub-saharienne, où ils sont des millions qui vivent et meurent avec moins de 1 dollar par jour et qui constitue le prochain terrain fertile aux terrorisme islamique, devrait venir ensuite. Un va-t-en guerre unilatéral peut-il se muer en pacifiste à l’écoute des autres ? Tout reste à prouver.


Espagne. Accident de l'Histoire (El Pais)

Pour les Européens, George Bush est ce type qui appartient à une Église bizarre, favorable à la guerre et toujours prêt à aider les riches. John Kerry, à l'inverse, est certes multimillionnaire, mais il disait vouloir la paix et rêvait pour tous les Américains de cette exquise éducation qui parvient à faire des Européens des êtres cultivés, sophistiqués et sensibles, comme toute l'histoire du Vieux Continent le démontre. […] Vu d'ici, il est donc incompréhensible que le candidat du bien n'ait pas écrasé son stupide et maléfique adversaire avec 20 ou 30 points d'avance. Comment un président qui est tout à la fois Néron et Caligula, Hitler et Pol Pot, Staline et Torquemada peut-il emporter l'adhésion d'une bonne moitié de l'électorat ? Et, comme tous les Américains ne sont ni des millionnaires, ni des actionnaires de l'industrie de l'armement, ni de pervers ennemis de l'environnement, ni des grenouilles de bénitier, il est donc aisé pour les Européens de conclure que les États-Unis sont un pays de crétins. Certes, il n'est pas utile de participer activement à l'orgie d'autocondescendance européenne pour considérer la présidence de George Bush comme un accident de l'Histoire particulièrement lamentable. Il est en revanche indispensable d'y souscrire pour faire l'apologie béate de John Kerry. Après tout, l'essentiel du talent politique de cet homme a été de dire à chacun de ses interlocuteurs ce qu'il voulait entendre. Avec de telles méthodes, on récolte la sympathie, mais pas le respect.


Sénégal. Fatalisme (Le Quotidien)

Cette fois c’est sûr. Point de doute possible, point de contentieux envisageable. Le recours aux neuf sages de la Cour Suprême ne sera pas nécessaire. La victoire du 43e président des États-Unis, désormais 44e, George Walker Bush, est incontestable et son adversaire démocrate, John Kerry, contraint de le reconnaître. (…) Les armes de destruction massive fantomatiques, le refus de ratification du protocole de Kyoto et de la Cour pénale internationale, la situation chaotique d’un Irak exsangue, Abou Ghraib, Guantanamo, le " Patriot Act ", l’Axe du Mal venu donner corps à l’idée d’un choc des civilisations façon Samuel Huntington dont le monde se serait bien passé, tous ces hauts faits d’armes n’auront pas suffi à bouter ce "born again Christian" hors du bureau ovale. Le 2 novembre 2004 ne donne pas seulement la gueule de bois aux irréductibles de l’anti-américanisme à la sauce Monde diplomatique. L’élection de John Kerry (…) aurait été une bonne occasion de donner à ce pays un autre visage. Un visage qu’auraient tout de même préféré offrir les 55 millions d’électeurs ayant voté démocrate.


France. Révolution (Libération)

La victoire de George W. Bush va bien au-delà de la revanche personnelle d'un homme souvent ridiculisé par ses adversaires et hanté par le souvenir de l'humiliante défaite de son père en 1992. C'est une révolution dont les conséquences seront plus durables que la "gueule de bois" de ses critiques de par le monde, y compris en France. Sa réélection, avec plus de voix que tout autre président des États-Unis, parachève une "révolution conservatrice" en cours depuis plus de dix ans, et que la parenthèse Clinton avait fait croire transitoire.
C'est bien l'Amérique qui a fait son choix, en la personne de ce Texan d'adoption. Une Amérique populaire, majoritairement suburbaine ou rurale, fondamentalement nationaliste. Préoccupée avant tout de sa sécurité et crispée sur les valeurs fondamentales de sa religion chrétienne, les deux motivations essentielles du vote Bush. Amérique "continentale" (le Sud, les Grandes Plaines et l'Ouest) qui se fiche de ce que le reste du monde pense d'elle, et l'ignore. Qui déteste la tolérance au coeur de la révolution culturelle du demi-siècle écoulé. Il existe certes une autre Amérique, "océanique", des côtes Est et Ouest et des Grands Lacs, cosmopolite, diverse, modérée et tournée vers le monde extérieur. Elle s'est mobilisée pour Kerry, mais elle est minoritaire, quoique plus visible (surtout à l'étranger).
L'Amérique du début du 21ème siècle est réactionnaire. Sous l'aiguillon de la peur, née un 11 septembre, elle peut devenir ultra et agressive. Les républicains contrôlent désormais tous les pouvoirs. La majorité "libérale" qui s'était coalisée autour de Roosevelt après la dépression avait durablement dominé et modelé la société américaine. Une nouvelle majorité réactionnaire, rassemblée autour de Bush par un réflexe légitimiste de temps de guerre, a cimenté son emprise sur la démocratie en Amérique. Le reste du monde peut le déplorer, mais devra s'adapter à cette réalité.


Argentine. Bush l’affranchi (Clarin)

Ce mardi, les Américains ont injecté une énorme dose de pouvoir à G.W. Bush. Légitimé, son agenda approuvé dans l’ignorance totale des problèmes économiques ou du cortège de désastres traîné par la guerre d’Irak. (…) La même chose, mais encore plus. LA question est de savoir ce qu’il fera de tant de pouvoir. D’aucuns spéculent qu’il mettra de l’eau dans son vin pour jeter des ponts nouveaux avec l’Europe et sauver l’atlantisme. Mais Bush et l’armée de néo-conservateurs qui l’entoure ont montré davantage d’application pour accentuer la donne que pour la modérer. (…) Il faut comprendre que Bush, immergé dans sa mystique, peut ne rien laisser présager de bon, déjà converti en 007, au pouvoir illimité et affranchi de tout obstacle.



Voix américaines à Casablanca

Déçue et en colère
Je ne comprends pas que le vote des jeunes n’ait pas fait la différence. Je ne comprends pas mon pays. Bush réélu, c’est rajouter l’insulte à la blessure. En Ohio, Kerry aurait dû se battre jusqu’au bout, il n’avait rien à perdre. Je suis amère car ce système d’absentee ballots (votes prévisionnels) est un outil pour écarter de nombreux électeurs démocrates. Des Américains vivant à l’étranger, la plupart d’entre nous étant de gauche, des personnes avec un casier judiciaire ou des gens inquiétés pour leur nationalité, la plupart des minorités. Mais ceci à part, que dire ? Je ne pense pas que la moitié de mon pays soit stupide, ils ont voté par conviction. Le problème, c’est cette conviction.

Greta

J’ai voté Bush
Mais je compte sur votre discrétion… être républicain ici est très mal accepté, même si certains tombent dans la paranoïa de la menace… Certaines écoles américaines de Casablanca sont réputées pour être traditionnellement républicaines, et l’histoire court selon laquelle des parents se seraient rués pour retirer leurs enfants de ces cours de peur d’une attaque à la bombe… Ces réactions ne sont pas politiques, elles sont trop émotives. Pour le Moyen-Orient, par exemple, je crois dans le désir de Bush d’aider la région. Les Américains n’ont jamais vu leur mission comme une entreprise de colonisation, ils n’ont jamais été pays colonisateur ! Mais les pays de la région l’ont subie, que ce soit l’Irak ou l’Afghanistan, c’est pourquoi ils le vivent comme ça.

Un républicain

La farce illégitime
Je suis tellement, tellement déçu. Encore quatre ans de captivité babylonienne, de tragédie. Je comprends les Marocains, ils se sentent concernés par la justice. Force et justice, c’est ce qu’ils soutiennent. Bush prône la force illégitime. Les leaders du monde lui ont déjà annoncé leur soutien… c’est très diplomate, mais je ne pense pas une seconde qu’il y ait aucun espoir de modération. "Hope spring’s eternal". Notre proverbe pour dire "incha Allah".

Mouhid

Je ne dirai rien
Je ne souhaite pas dire pour qui j’ai voté. Cela relève presque de l’intimité chez nous. Mais je peux vous assurer que j’ai voté pour une personne, par pour un parti. Aux dernières élections d’ailleurs, j’avais voté pour le camp adverse. Ayant suivi les mois de la campagne depuis le Maroc, j’ai été forcément sensible à la politique étrangère. C’est un devoir d’être certain que sa politique est un modèle. Je me suis sentie plus touchée cette année, par la violence parfois du débat. Bien qu’il n’y ait pas eu de manifestation majeure pour suivre les évènements. Et je ne sais même pas si mon bulletin de vote est arrivé à bon port, en Géorgie. Mais surtout parce que d’ici l’on a un meilleur accès à l’ensemble de l’information, aux médias internationaux. Aux États-Unis, malgré la force de la presse nationale, les horizons demeurent encore très limités, pas assez ouverts sur le monde.

Meredith

Les marocains proches des républicains
Plusieurs raisons peuvent faire élire un président. Là-bas aux États-Unis, c’est la sécurité nationale qui prime. En 24 heures de débat, pas une seule fois la Palestine n’a été mentionnée, ça ne nous préoccupe pas. Le président Bush a été élu pour des questions de morale. Les Marocains sont paradoxaux : ils ont les yeux rivés sur la politique étrangère, Irak, Palestine, et exècrent les Républicains, mais vous ne pouvez pas nier que sur ces questions de morale, les gens d’ici s’entendent très bien avec les électeurs de Bush. Et sont à mille lieues des démocrates. Prenez le mariage homosexuel, l’avortement… Bush est le plus compétent. Dans tous les sondages, j’ai été frappé de voir à quel point les opinions, toutes virulentes, étaient soit pour Bush, soit contre lui. La division est réelle, mais cela veut bien dire une chose : Bush suscite ces réactions car il est honnête, entier. Il a entamé une guerre en Irak et se trouve aujourd’hui à mi-chemin. C’est délicat, si on changeait maintenant de président, la situation risquerait d’empirer. Kerry n’a même pas reconnu Illyad Alaoui lors de sa venue aux États-Unis, comment pourrait-il assurer une continuité ? Nous sommes en Irak, c’est un fait. On ne change pas le passé. Je pense que le président a tiré des leçons des difficultés. Comme au temps de Reagan II, ce mandat sera plus soft. Dans ces moments de guerre, c’est insensé d’élire un président qui sera bloqué par le Congrès. Au contraire, j’espère que l’opposition sera plus souple envers Bush, maintenant qu’il ne cherche plus à être réélu.

Un républicain

 
 
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