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Économie
Affaire Mandari. La version Ouamoussi
N° 149
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Cotation. Maroc Telecom, jackpot en vue

La Bourse de Casablanca génèrera
60 % du montant en jeu. Le reste
ira à la Bourse de Paris (AIC Press)
L’introduction en Bourse de l'opérateur historique est programmée le 22 novembre, sauf imprévu, à Casablanca et à Paris. La cagnotte est estimée à plus de 15 milliards de dirhams. Tous les détails de l’opération boursière du siècle.


Le sort de Maroc Telecom sera bientôt scellé. Selon une source autorisée, l’introduction en Bourse de l’opérateur historique est prévue pour le 22 novembre. Initialement, l’opération devait se faire du 10 au 15 novembre. Mais le calendrier a été légèrement repoussé. Youssef Rouissi, administrateur directeur général de Attijariwafa Finances corp, la société marocaine en charge de l’affaire, se refuse de confirmer cette date. Il précise cependant que "les négociations avec les autorités boursières vont bon train. Le dossier avance bien et le calendrier sera respecté". Il est, en effet, d’usage que la préparation à l’introduction en Bourse d’une société se passe dans la confidentialité totale, jusqu'au jour de l’annonce publique. Il faut donc s’attendre à une sortie en force pour présenter le détail de l’opération dans les dix prochains jours. Entre temps, les premières indiscrétions parlent d’une mobilisation maximale
pour la réalisation de cette privatisation en Bourse. Les réunions se suivent et les négociations avec Vivendi, actionnaire à hauteur de 35 % dans le capital de Maroc Telecom, sont marathoniennes. Pas plus tard que le jeudi 28 octobre, le conseil de surveillance (une mini-assemblée des actionnaires stratégiques) de l’opérateur historique a porté les dernières retouches au dossier. Mais bien avant, il avait fallu d’abord se mettre d’accord sur le capital de la société. "Alors que Vivendi limitait le capital à 6 milliards de dirhams, le gouvernement, qui siège dans le conseil du surveillance, insistait sur 9 milliards. Finalement, les deux partenaires se sont mis d’accord sur 8,7 milliards", nous raconte une source proche du dossier. Il fallait ensuite préparer la mariée aux spécificités de sa future condition : la refonte de la comptabilité selon les normes en vigueur en Europe et surtout présenter le dossier de l’introduction selon la norme 144 A. C’est une loi qui découle de la législation américaine sur les valeurs mobilières. En gros, elle définit la teneur du rapport à remettre aux institutionnels américains. Déduction logique : des assureurs, fonds de pensions, banquiers et sociétés américains investissant en Bourse ont également visés. Un rapport a été effectivement rédigé par des avocats internationaux pour être présenté selon les normes américaines à des investisseurs européens et américains. Autre déduction : une telle démarche ne devait être faite que si le Maroc optait pour une introduction dans une Bourse internationale. Ce qui nous ramène à la formule qui devrait être appliquée le 22 novembre prochain.

Tollé politique
Selon les déclarations au Parlement de Fathallah Oualalou, ministre des Finances et de la Privatisation, "il y aura une double introduction, à Casablanca et à Paris de 15% du capital de Maroc Telecom. Casablanca aura 60% des titres mis en vente". En calcul simple, 10% du capital de l’opérateur historique sera réservé à Casablanca. C’est ce qui explique aussi l’amendement de la loi sur les privatisations. Fathallah Oualalou a présenté au Parlement une correction du texte sur le transfert des établissements et des entreprises publics. Mardi 2 novembre, la chambre des représentants a validé l’amendement. Objectif : mettre fin à l’obligation de passer par la seule Bourse de Casablanca. Désormais, il est possible d’aller sur d’autres Bourses étrangères. Le ministre a profité de l’occasion pour ouvrir une brèche juteuse. L’amendement permet de fragmenter le nominal des sociétés publiques. Selon la loi, le capital d’une société est constitué d’actions dont la valeur initiale (ce qu’on appelle le nominal) est fixée à 100 DH. Après l’adoption de l’amendement, le nominal peut être divisé par dix à 10 DH l’unité. "C’est une correction technique qui permet l’émission en Bourse d’un grand nombre de titres et ce faisant, de baisser le prix par action", nous explique Mustapha Hanine, président de la commission financière au Parlement. Par exemple, au lieu de vendre 1000 actions, le capital fragmenté offre 10.000 actions. Et au lieu de fixer une valeur de vente élevée, le vendeur baisse le prix de l’action, puisque le nombre des titres lui permet de réaliser une bonne affaire.
Mustapha Hanine aurait aimé que la correction de la loi introduise une limitation. Selon lui, il fallait préciser que l’introduction en Bourse doit se faire sur des places financières "de premier ordre". De fait, le choix se portera sur les Bourses européennes, surtout celles de Paris et de Londres. Cette proposition laisse entrevoir la crainte que ce gouvernement ou les prochains sacrifient une société publique pour des raisons de politique étrangère. D’autres craintes se sont manifestées lors du débat au Parlement. Lahcen Daoudi, l’économiste du PJD (Parti de la justice et du développement), ne pouvait manquer cette occasion pour mettre Oualalou sur la défensive. "Nous comprenons que les contraintes budgétaires obligent le gouvernement à vendre les bijoux de famille. Mais nous ne comprenons pas le choix d’une Bourse étrangère". Oualalou, selon l’opposition parlementaire, devait programmer cette privatisation à la Bourse de Casablanca en deux temps. "Si le gouvernement estimait que la Bourse de Casablanca ne lui offrait pas assez d’argent en une seule opération, il pouvait introduire une partie, puis après un délai, vendre le reste", soutient Daoudi. Or, c’est ce délai qui manque à Oualalou.

Et les salariés ?
L’année budgétaire touche à sa fin. Pour arrêter les comptes à fin décembre 2004 et surtout trouver l’équilibre entre dépenses et recettes, il faut vendre en un seul coup. Le déficit budgétaire réel approche les 5 % du budget de l’État. Or, les engagements du gouvernement portent sur un dépassement avoisinant 3%. Il a commencé par vendre 20% du capital de la Banque centrale populaire. La cagnotte était de 800 millions de dirhams. Pas assez. Il lui fallait une autre opération d’envergure pour atteindre 12 milliards de dirhams de recettes de privatisation. Et dans le contexte actuel, seul Maroc Telecom pouvait atteindre ce chiffre. L’opérateur a généré en 2003 un chiffre d’affaires de plus de 13 milliards de dirhams. Ses bénéfices avoisinaient en 2002 plus de quatre milliards de dirhams. Et attention, après impôt ! Il emploie plus de 12.000 personnes et sa contribution au budget public est conséquente via les dividendes versés à l’État, sans compter plus d’un milliard en impôt. Pour la cession des 35% du capital de Maroc Telecom en 2001, l’État avait encaissé un chèque de 23 milliards de dirhams. C’est un très gros morceau. D’ailleurs, selon une source gouvernementale, l’introduction en Bourse devra rapporter presque 15 milliards de dirhams, voire plus. Pour une autre source officielle, qui a requis l’anonymat, le choix de la Bourse parisienne n’est pas anodin. La double introduction permet de booster la recette. Entre les deux places financières, l’État estimerait la cagnotte à 2,9 milliards de dollars, soit presque 25 milliards de dirhams. Les analystes du marché jugent ce chiffre fantaisiste. En tout cas, dans les déclarations officielles, aussi bien le Premier ministre que son ministre des Finances, ne tablent que sur 10 milliards de dirhams de recette. "Si 50 % de cette enveloppe doit revenir au Fonds Hassan II, comment le gouvernement allait-il boucler son budget avec un déficit de 3% ?", s’interroge Daoudi. Lors de la création du Fonds Hassan II pour le développement économique et social, Hassan II avait insisté sur l’obligation qu’une partie de l’argent de la privatisation soit affectée au Fonds. Le but est de limiter le recours à cet argent pour boucher les trous du budget de l’État. Il voulait surtout qu’une bonne partie soit placée dans l’aide à l’investissement. Le but est de réaliser un effet multiplicateur. Pour un dirham versé par le Fonds Hassan II, 6 à 7 DH doivent être investis. Or, depuis le déclenchement des privatisations, le budget de l’État a englouti l’équivalent de 35 milliards de dirhams dans le fonctionnement et les salaires. C’est trop. Et ce n’est pas fini. Il a désormais besoin de liquidités pour boucler le budget 2004. D’où la vente de la plus belle société de l’État et du pays.
Pour le prix de vente, Youssef Rouissi précise que "le prix qui sera présenté au moment de l’offre publique de vente sera le plus bas de toute l’histoire des introductions à la Bourse de Casablanca". Effectivement, la fragmentation du nominal le permet. Et tout laisse croire que ce prix ne dépassera pas 500 DH l'action. Sauf, bien entendu, qu’une remise pourrait être accordée aux salariés de Maroc Telecom. Selon Talbi Alami, ministre délégué chargé de l’Économie des affaires générales, "un plan spécial sera taillé sur mesure pour permettre aux salariés d’avoir une partie du capital. Nous avons tenu à ce qu’ils participent à cette opération". Injoignable, Abdeslam Ahizoune, président du directoire de Maroc Telecom, n'a pas pu nous fournir plus de détails. Les sociétés préparent, en effet, un système préférentiel pour intéresser leurs employés. Dans le cas de la BMCE Bank, des avances pour financer l’achat d’actions ont été offertes aux salariés. Maroc Telecom pourrait faire de même. Sinon, les erreurs commises lors de la privatisation de la Samir et de la CTM pourraient être répétées.
Reste une dernière question : Maroc Telecom gardera-t-il une partie de la recette pour financer ses projets d’avenir ? L’introduction en Bourse sert, en principe, à générer du cash, et à financer des investissements de développement sans passer par la banque et donc payer des intérêts sur le crédit. Dans le cas de Maroc Telecom, le seul objectif affiché est de renflouer les caisses de l’État. Une sorte de bouée de sauvetage que l’État exploitera de manière brutale et discrétionnaire. Le secteur des télécoms requiert des investissements lourds. La rapidité avec laquelle évolue la technologie oblige les opérateurs télécoms à se mettre à niveau engageant ainsi des enveloppes de centaines de millions de dirhams. De même, la disparition du monopole de Maroc Telecom à partir de l’année prochaine, l’oblige à chercher à acquérir des opérateurs étrangers. L’objectif est de permettre à la taille de compenser la perte de parts de marché due à la concurrence. Mais aussi, d’augmenter le chiffre d’affaires et donc les bénéfices. L’opérateur a déjà un pied en Mauritanie et envisage de s’étendre plus encore au-delà des frontières nationales. Et quand ce jour viendra, Maroc Telecom attendra une autre opération de vente en Bourse ou prendra ce qu’il faut sur ses bénéfices.



Maroc Telecom. Les Dates clés

1892. Création du premier service postal chérifien du Maroc
1913. Création de l’Office Chérifien des PTT
1924. Instauration du monopole de l'État en matière de téléphonie
1956. Création du ministère des Postes, Téléphone et Télégraphe
1964. Reprise de la concession téléphonique de la zone Nord
1969. Reprise de la concession téléphonique de Tanger
1970. Introduction de la transmission par satellite Intelsat
1984. Création de l’Office national des postes et télécommunications
1998. Création d’Itissalat Al Maghrib S.A
1999. Début de la concurrence sur le mobile
2002. Vente de 35 % du capital à Vivendi Universal
2004. Introduction en Bourse
2005. Ouverture à la concurrence de la téléphonie fixe

 
 
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