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Économie
Affaire Mandari. La version Ouamoussi
N° 149
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Une onde, deux chocs
(Le Moyen Orient est déjà une poudrière. Conjuguée à la disparition de Arafat,
la réélection de Bush pourait faire jaillir l'étincelle. )

Mardi soir, le monde était encore plein d’espoir. Kerry pouvait encore gagner et redistribuer les cartes au Moyen-Orient. Deux jours plus tard, après la réélection consommée de George W. Bush à la présidence des États-Unis et la mort cérébrale de Yasser Arafat (à l’heure où nous mettons sous presse, il est toujours artificiellement maintenu en vie), c’est un avenir profondément incertain qui se dessine au Moyen-Orient, et la perspective du chaos qui s’y profile.
Le chaos, l’Irak baigne déjà dedans. En Palestine, cela ne tardera probablement pas. Vivant, Arafat avait déjà un mal fou à tenir "ses" radicaux. Officiellement mort, plus rien ne les empêchera d’opérer une suicidaire fuite en avant dans les attentats terroristes. Sous Bush I, déjà, Sharon n’hésitait pas à multiplier les massacres de civils palestiniens. Sous Bush II, cela pourrait être encore pire.
Pourquoi le président américain se muerait-il soudain en modéré ? Pourquoi l’homme, que le quotidien espagnol El Païs qualifie de "tout à la fois Néron et Caligula, Hitler et Pol Pot, Staline et Torquemada", adoucirait-il sa violente politique étrangère ? Le plus probable est qu'il verra dans sa confortable réélection une double légitimation : celle de Dieu et celle du peuple américain. Un boulevard ouvert à toutes les abominations.
Et ce n’est pas tout. Rien ne laisse croire que George W. Bush abandonnera sa théorie de "l’axe du mal". Si la Corée du nord ne semble guère l’intéresser - il n’y a pas de pétrole, là bas - l’Iran est toujours dans son collimateur. Il est vrai que Téhéran dispose d’un programme nucléaire. Mais il n’est pas encore prouvé qu’il soit destiné à des fins militaires. La fable des armes de destruction massives irakiennes a démontré que la notion de preuve ne constituait pas un obstacle pour les néo-conservateurs, saisis d’une fièvre messianique de "démocratisation" par le fer et par le feu. Pour l’heure, une guerre contre l’Iran semble improbable, les effectifs de l’armée américaine n’étant pas inépuisables. Mais un simple embargo pétrolier (ouvertement envisagé par Washington) contribuerait à faire grimper le prix du baril à 100 dollars, ce qui paralyserait, pour ainsi dire, l’économie mondiale.
Tout cela, c’est juste ce qui est prévisible. Ce qui ne l’est pas, c’est la réaction du terrorisme international. Ben Laden est toujours vivant, et probablement pas à court d’idées.
Le fait que le Moyen-Orient soit une poudrière ne date pas d’hier. Mais le double choc de la réélection de Bush et de la disparition d’Arafat pourrait faire jaillir l’étincelle fatale.
La terre continuera de tourner, certes. Mais mon Dieu, à quoi ressemblera-t-elle ?

 
 
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