Une onde, deux chocs
(Le Moyen Orient est déjà une poudrière. Conjuguée à la disparition de Arafat,
la réélection de Bush pourait faire jaillir l'étincelle. )
Mardi soir, le monde était encore plein despoir. Kerry pouvait encore gagner et redistribuer les cartes au Moyen-Orient. Deux jours plus tard, après la réélection consommée de George W. Bush à la présidence des États-Unis et la mort cérébrale de Yasser Arafat (à lheure où nous mettons sous presse, il est toujours artificiellement maintenu en vie), cest un avenir profondément incertain qui se dessine au Moyen-Orient, et la perspective du chaos qui sy profile.
Le chaos, lIrak baigne déjà dedans. En Palestine, cela ne tardera probablement pas. Vivant, Arafat avait déjà un mal fou à tenir "ses" radicaux. Officiellement mort, plus rien ne les empêchera dopérer une suicidaire fuite en avant dans les attentats terroristes. Sous Bush I, déjà, Sharon nhésitait pas à multiplier les massacres de civils palestiniens. Sous Bush II, cela pourrait être encore pire.
Pourquoi le président américain se muerait-il soudain en modéré ? Pourquoi lhomme, que le quotidien espagnol El Païs qualifie de "tout à la fois Néron et Caligula, Hitler et Pol Pot, Staline et Torquemada", adoucirait-il sa violente politique étrangère ? Le plus probable est qu'il verra dans sa confortable réélection une double légitimation : celle de Dieu et celle du peuple américain. Un boulevard ouvert à toutes les abominations.
Et ce nest pas tout. Rien ne laisse croire que George W. Bush abandonnera sa théorie de "laxe du mal". Si la Corée du nord ne semble guère lintéresser - il ny a pas de pétrole, là bas - lIran est toujours dans son collimateur. Il est vrai que Téhéran dispose dun programme nucléaire. Mais il nest pas encore prouvé quil soit destiné à des fins militaires. La fable des armes de destruction massives irakiennes a démontré que la notion de preuve ne constituait pas un obstacle pour les néo-conservateurs, saisis dune fièvre messianique de "démocratisation" par le fer et par le feu. Pour lheure, une guerre contre lIran semble improbable, les effectifs de larmée américaine nétant pas inépuisables. Mais un simple embargo pétrolier (ouvertement envisagé par Washington) contribuerait à faire grimper le prix du baril à 100 dollars, ce qui paralyserait, pour ainsi dire, léconomie mondiale.
Tout cela, cest juste ce qui est prévisible. Ce qui ne lest pas, cest la réaction du terrorisme international. Ben Laden est toujours vivant, et probablement pas à court didées.
Le fait que le Moyen-Orient soit une poudrière ne date pas dhier. Mais le double choc de la réélection de Bush et de la disparition dArafat pourrait faire jaillir létincelle fatale.
La terre continuera de tourner, certes. Mais mon Dieu, à quoi ressemblera-t-elle ? |