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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Telecommunications. Méditelecom veut les trois licences

Miguel Menchén, directeur général
de Méditelecom (Méditelecom)
L’ouverture des nouvelles licences de téléphonie fixe est prévue pour janvier 2005. Méditelecom y sera en force, Maroc Connect également. Mais avant, il faut que les tarifs d’interconnexion soient encourageants.


Les jeux sont faits. La configuration finale de l’ouverture à la concurrence de tous les segments des télécommunications a été adoptée par le conseil d’administration de l’Agence nationale de réglementation des télécoms (ANRT), lundi 11 octobre. Le timing de la décision de l’ANRT n’est pas fortuit. L’annonce de
l’arrivée de la concurrence devait être faite avant l’introduction en bourse de Maroc Telecom. Tout investisseur qui veut rejoindre le tour de table de l’opérateur historique a besoin de savoir à quoi ressemblera le schéma du secteur téléphonique au Maroc. Abdeslam Ahizoune, président du directoire de Maroc Telecom, s’en félicite : "Nous n’avons posé aucune condition à la libéralisation. En revanche, nous avons insisté pour que le schéma de la libéralisation soit public avant la cotation de l’opérateur historique". Et à lui d’ajouter "l’essentiel pour nous est que le cadre réglementaire du secteur soit appliqué à la lettre. C’est une condition capitale pour le devenir des télécommunications au Maroc". Sur le schéma de la libéralisation, Ahizoune adopte un ton diplomatique : "Ce n’est pas à nous de critiquer le régulateur". Que contient le plan de l’ANRT ?
à partir de janvier 2005, trois types de licence d’exploitation seront soumis à la concurrence. Tous se rattachent à la téléphonie fixe : le backbone, la boucle locale et l’international. Le premier désigne un nœud central qui supporte le gros du trafic, en utilisant les technologies les plus rapides et une grande bande passante sur des distances importantes. La boucle locale est un moyen de transport qui se positionne entre les opérateurs et les usagers. La licence internationale autorise le transport des télécommunications de l’étranger vers les clients, quel que soit l’opérateur à qui ils appartiennent. Trois préalables sont nécessaires à l’ouverture de ces marchés. "Nous avons mis en place un plan des fréquences, qui permet une gestion optimale nous permettant dans un avenir très proche de libérer certaines fréquences et de doper la capacité du trafic du marché", explique Mohamed Benchaaboune, directeur général de l’ANRT.

Méditelecom appréhende l’interconnexion
La fréquence est l’épine dorsale des télécommunications et sa disponibilité augmente la capacité du réseau et donc la présence de plusieurs opérateurs. Un autre préalable de taille réside dans la définition des tarifs d’interconnexion pour le fixe. Chaque année au mois d'octobre, Maroc Telecom doit faire une offre de tarif d’interconnexion. C’est le prix que doivent payer les autres opérateurs qui utilisent l’infrastructure de l’opérateur historique. Le prix qui sera validé est déterminant. D’ailleurs, Miguel Menchén, directeur général de Méditelecom le souligne avec force : "Tout dépend de l’offre de l’opérateur historique. Les prix d’interconnexion qui seront mis en place décideront de l’avenir du secteur, car leur niveau peut être encourageant comme il peut être dissuasif pour le nouvel entrant". L’ANRT est actuellement en négociation avec Maroc Telecom sur le catalogue des tarifs d’interconnexion. Une dernière mouture doit être connue de tous avant le lancement de l’appel d’offres en janvier prochain. Pour cause, l’absence de ce catalogue condamne la libéralisation à l’échec. La dernière tentative d’ouvrir le secteur en 2002 a échoué. Aucun prétendant ne s’est porté candidat à l’exploitation de la licence fixe. Les proches du dossier sont unanimes : les tarifs de l’interconnexion étaient l’inconnue de l’équation. L’Agence de régulation ne peut commettre la même erreur deux fois de suite. Le patron de Méditelecom a une autre crainte. Selon lui, "il faut laisser le soin aux opérateurs de définir la vitesse de leur déploiement". Méditelecom, qui au passage nous confirme son intention de postuler pour les trois licences, renvoie, encore une fois, à l’expérience malheureuse de 2002. Le régulateur avait imposé que le nouvel entrant sur le segment du fixe équipe sept villes au départ et 16 au bout de cinq ans. Les investissements dans le fixe étant lourds, aucun opérateur ne pouvait remplir cette condition tout en sécurisant sa rentabilité. "C’est le marché qui décidera de la capacité de déploiement et ce, en opérant dans un système de compensation où les régions qui génèrent du cash assureront le déploiement vers les autres régions du pays", confie Miguel Menchén. Mohamed Benchaaboune, patron de l’ARNT s’engage à éviter ce genre de diktat. Toutefois, il ne cache pas que le déploiement sera un facteur important dans le choix de l’opérateur.

La CDG et l’ONA dans la course
Toujours dans le même registre, avant la relance de la libéralisation, une troisième donne devait être éclaircie : le dégroupage. Ce dernier permet l’exploitation d’une seule ligne téléphonique par plusieurs opérateurs. Une même ligne servie par un opérateur sera ainsi utilisée pour la voix, Internet et pour le transport du contenu audiovisuel (la télévision par téléphone). Pour chaque service, le client peut choisir l’opérateur qui lui convient. Actuellement, seul Maroc Telecom a l’exclusivité de l’exploitation des lignes fixes. L’ANRT a mis en place un calendrier pour le dégroupage, qui sera partiel à partir de 2006 et total en 2008. "Nous aurions aimé que le dégroupage soit total à partir de 2006. Le régulateur en a décidé autrement", précise Karim Zaz, directeur général de Maroc Connect. Un acteur comme ce dernier y a intérêt en effet. Depuis l’aménagement du tour de table de la société, Maroc Connect ne cache pas son ambition de devenir un opérateur à part entière. Karim Zaz le confirme : "Nous postulerons pour une ou plusieurs licences". D’ailleurs, l’achat de la part de France Télécom dans Maroc Connect par la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et Attijariwafa bank (et donc indirectement, l’ONA), au courant de l’été 2004, laissait présager ce positionnement. Des partenaires financiers sont désormais là pour soutenir le développement de Maroc Connect. Mais cela ne suffit pas. "Nous aurons besoin de l’apport d’un opérateur télécom", confie Zaz. En clair, ce dernier cherchera un partenaire, sûrement étranger, au moment de la soumission à l’appel d’offres pour l’obtention des licences proposées. Et ce n’est sûrement pas France Télécom, car il n’est pas intéressé par le marché marocain. Une crainte demeure cependant. L’ANRT a pris soin de préciser que pour chaque type de licence, il y aura deux adjudicataires (deux pour la backbone, deux pour la boucle locale et deux pour l’international). Si le marché marocain attire les majors du secteur, les chances de Maroc Connect d’obtenir la licence seront minimes. Karim Zaz avait, lors des consultations effectuées par le régulateur, proposé trois adjudications au lieu de deux seulement. Sa requête n’a pas été retenue. Cependant, le challenger reste confiant. Surtout qu’une connexion de l’actionnariat lui apporte un atout significatif. Notons, en effet, qu’avant la fusion de la BCM avec Wafabank, cette dernière avait une participation dans le capital de la société Space Com, un opérateur spécialisé dans les communications par satellite (technologie Vsat). Attajiwafabank, actuellement actionnaire de Maroc Connect et de Space Com peut favoriser au mieux un rapprochement entre les deux entités ou au pire un partenariat pour diversifier l’offre Internet. Méditelecom avait tenté de s’adjuger Space Com, car ce dernier lui permet de connecter les zones sud du Maroc à son réseau Mobile. Le rapprochement n’a pas eu lieu. La filiale de Telefonica n’y perd pas, mais Space Com avait besoin d’un partenaire de cette taille. Et la configuration de la libéralisation renforce ce besoin. L’ANRT envisage d’offrir d’autres licences de Vsat. Il en existe déjà trois sur le marché (Space Com, Nortis et GulfSat). Le régulateur y met une condition : il faut que les nouveaux entrants paient autant que ceux qui sont actuellement opérationnels. Ces derniers ont versé entre 14 et 40 millions de dirhams pour disposer de leurs licences Vsat. Les prochains postulants doivent se préparer à une fourchette similaire. Ce qui fait dire à un opérateur Vsat qu’à cette condition, "personne ne viendra".



Mobile. L’UMTS en 2005

L'Agence de régulation promet une licence UMTS (Universal Mobile Telecommunication System) en 2005. Il s’agit d’une technologie qui permet au téléphone portable de véhiculer le son, l’image et les données. Cette licence sera exclusivement destinée aux deux opérateurs mobiles, Maroc Telecom et Méditelecom. "Ce sont des opérateurs qui ont énormément investi et nous devons les soutenir en leur réservant un système à grande valeur ajoutée", explique Mohamed Benchaaboune. Dans la foulée, l’agence a pris soin de retarder l’attribution d’une troisième licence GSM. Le calendrier initial prévoyait l’ouverture de la téléphonie mobile à un troisième opérateur à partir de 2006, année de la fin de l’exclusivité accordée à Méditelecom. Le régulateur a estimé qu’il était encore trop tôt pour cette attribution. La troisième licence est donc repoussée à 2008.

 
 
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