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N° 150
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Cherchez la lune
(Pourquoi pas un système unifié, unissant astronomie et fiqh, permettant de célébrer les mêmes fêtes
religieuses partout au même moment ?)

Si vous lisez ces lignes, c’est que nous sommes (au moins) samedi. Donc que vous savez si l’aïd sghir est tombé samedi ou dimanche. Cette année, ça n’aura pas déclenché les folles spéculations habituelles, parce que l’enjeu n’était pas si important. Juste le vague espoir que l’aïd tomberait dimanche, donc que lundi serait férié. Pas grand chose… Le jackpot, c’est quand l’aïd tombe un mercredi, donc que jeudi est thani aïd, et que l’État, dans un accès de mansuétude, accorde aussi le vendredi. Ce qui fait une semaine ouvrable fériée à 60 %. Tant pis pour le travail, et vive les vacances !
Mais là n’est pas le propos. Ce qu’il faut relever, dans tout cela, c’est qu’on ne sait jamais à l’avance quand "tombent" les jours fériés religieux. Pourtant l’apparition du croissant, qui marque ces fêtes, a une signification astronomique précise : ça marque le moment où la terre n’est plus exactement située dans l’axe lune-soleil. Ce phénomène se reproduit tous les 29 ou 30 jours que Dieu fait. Il est parfaitement faisable de calculer à l’avance quels mois comportent 29 jours et quels mois en comportent 30, et ce pour les vingt siècles à venir - un ouvrage scientifique vient de le prouver encore une fois (Calendrier lunaire islamique unifié, par Jamal Edine Abderrazik, éditions Marsam, 2004). Mais non. Nous continuons à scruter le ciel, les fonctionnaires continuent à tirer des plans sur la comète, et l’économie nationale, avec tout ce quelle requiert comme planification, continue à vivre sur des pronostics.
Ce n’est pas une question d’astronomie, argue-t-on, mais une question de fiqh. Soit. Creusons donc. Le hadith ad hoc prescrit aux croyants : "Jeûnez à sa vue (celle du croissant de lune) et rompez le jeûne à sa vue". Voilà pourquoi, à l’approche du début ou de la fin de chaque ramadan, les autorités lancent un appel à scruter le ciel. On peut tout à fait prévoir à l’avance le soir où il y aura quelque chose à scruter, et scruter de tout son soûl ce soir venu. Aucun risque de se tromper, l’astronomie étant une science exacte. Ne serait-ce pas un Ijtihad acceptable, qui aurait de surcroît l’avantage de réduire l’incertitude économique ?
Mieux : la Oumma islamique est désunie, nul ne l’ignore. Un des symboles de cette désunion est le décalage des fêtes religieuses. L’ouvrage cité plus haut propose un système unifié, unissant astronomie et fiqh, permettant de célébrer les mêmes fêtes religieuses partout au même moment. Quel superbe Ijtihad en perspective ! Pourtant, il a très peu de chances d’être appliqué, pour des raisons qui n’ont rien d’islamique. Encore une fois, la religion est instrumentalisée par la politique. La victime est toujours la même : les peuples, maintenus dans l’ignorance au nom d’une religion à laquelle on refuse le droit d’évoluer. Elle aurait, pourtant, tout à y gagner. Et nous avec.

 
 
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