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Politique. Loi sur les partis : étude de texte
Droits de l'homme. L'ONU entend les ONG
Partis. Ceux qui veulent changer la gauche
Abdelkébir Alaoui M'Daghri. "J'ai gagné la confiance des islamistes"
Télévision. Le marketing du sacré
N° 150
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Politique. Loi sur les partis : étude de texte
Droits de l'homme. L'ONU entend les ONG
Partis. Ceux qui veulent changer la gauche
Interview-vérité. Abdelkébir Alaoui M’Daghri, "J’ai gagné la confiance des islamistes"
Télévision. Le marketing du sacré

Par Karim Boukhari

Partis. Ceux qui veulent changer la gauche

Le rassemblement de la gauche
démocratique (RGD) : un premier
pas vers le grand parti de
gauche de demain ? (AIC Press)
De quoi sera fait l’avenir d’une gauche en perpétuelle reconstruction ? Des figures politiques se posent la question. Et apportent des réponses.


"Combien nous a coûté l’affaire du Sahara, et quel est notre manque à gagner par rapport au chantier en constitution qu’est l’Algérie ?". L’homme qui s’interroge est un cadre du PPS, réuni en comité réduit avec d’autres figures de la gauche marocaine pour débattre, en milieu de semaine, du Sahara. Le ton est direct, les audaces ne manquent pas. Mais le Sahara n’est
qu’un sujet - chaud - parmi d’autres. Rétrospectivement, l’expérience de l’Alternance, la montée de l’islamisme, du terrorisme, ont eu un effet au moins aussi dévastateur que la chute du mur de Berlin en 1989. "Débattre de tous ces problèmes, et y trouver des solutions viables, suppose un préalable : que l’on y aille ensemble, en fédérant le maximum de gens". L’homme qui s’exprime ainsi s’appelle Ahmed Herzenni, dirigeant de marque de la GSU. Il propose d’ouvrir le débat à des sensibilités de tous les horizons : les classiques USFP et PPS bien sûr, mais aussi des figures du Badil hadari (parti islamiste " progressiste), des libéraux d’ADL et de FC, et des représentants de la société civile aussi divers que les Amazighs ou les féministes. En d’autres termes, Herzenni propose l’élaboration d’un arc-en-ciel politico-social avec la gauche comme pivot. Un sacré programme. Il soumet également l’idée de jeter les ponts avec ce qu’il appelle "l’aile modérée du système". Une proposition qui ne remporte pas l’adhésion de tout le monde, loin s’en faudrait. "Ce que nous propose concrètement Herzenni, nous répond ce membre de la GSU qui a requis l’anonymat, c’est de noyer le dernier rempart de socialisme et de progressisme qui court dans nos veines. Cela s’appelle vendre son âme au diable". Herzenni s’en défend : "Il faut savoir ce qu’on veut, à la fin. Depuis 1999, la scène politique s’est ouverte sur de nouveaux horizons. Mais le temps passe, et les opportunités d’occuper le terrain de manière significative sont déjà en train de se réduire. C’est toute la gauche réunie qui risque de rater le coche, peut-être définitivement, en se cantonnant à une frilosité et à un conservatisme d’un autre âge". "L’époque de la pensée unique et du centralisme démocratique est révolue, renchérit Herzenni. On ne peut plus camper sur des positions isolationnistes. Je le répète : la seule stratégie pour la lutte démocratique que nous avons engagée dans ce pays n’est concevable que si on se dit qu’il y a possibilité de faire un bout de chemin avec les gens d'en face". Les "gens d'en face", on l’aura compris, représentent les hommes du roi…
À sa manière, Herzenni revendique la prééminence du principe de la bonne foi. Mais jusqu’où ses positions originales relèvent du droit à la différence sans mettre en équation la principale valeur de gauche : rester vigilant, voire critique, par rapport aux hommes du pouvoir ? À l’intérieur comme à l’extérieur de la GSU, les opinions sont partagées. Mais le fait est que Herzenni est à créditer d’un précédent "historique" : la constitution d’un courant (de pensée) différent au sein d’un parti qui ne partage pas ses positions. Pour certains, c’est le signe "d’une démocratie interne qui respecte la majorité sans gommer les différences". Pour d’autres, c’est, au contraire, "semer les grains d’une opposition interne, qui conduira à l’implosion de la GSU, et d’autres pans entiers de la gauche". Pour commencer, Herzenni, qui se définit comme un "unioniste", a déjà jeté les ponts, à l’occasion d’une journée de réflexion en octobre 2004, avec les bureaux politiques des deux principaux partis de gauche : l’USFP et le PPS. La prochaine étape devra être la proclamation officielle de son "courant", prévue pour l’été 2005. Autant d’étapes qui peuvent préparer à la perspective d’un large front de gauche… ou d’une scission au sein de la GSU.
Dans un autre genre, Abdellah Saâf propose, à son tour, une relecture de la gauche, et de l’exercice du pouvoir (et de la politique) au Maroc. Le parcours de l’ex-ministre de l’Éducation nationale est à lui seul éloquent. Marxiste-léniniste de la première heure, ancien du 23 mars et de l’OADP, il a rejoint les rangs du PSD, pour défendre les options "participationnistes" qui n’ont jamais eu la côte auprès de Bensaïd et des siens. Saâf était l’un des principaux défenseurs de l’expérience de l’Alternance, qui l’a d’ailleurs conduit au gouvernement. L’homme, qui n’est plus aux affaires, a abandonné le navire du PSD pour se lancer dans la société civile, via le réseau FNARIL (fédération pour les réformes et initiatives locales). Un signe qui ne trompe pas : Saâf parle toujours de "camarades" quand il évoque ses anciens amis de l’OADP ou du PSD. "J’ai juste pris du recul par rapport à l’exercice direct de la politique, explique l’intéressé. Je ne suis ni un blasé ni un nihiliste. Mais je resterai toujours à gauche". Avec près de 200 associations implantées dans diverses région sdu royaume, Saâf et ses amis exercent désormais ce qu’ils appellent la "politique civile". "L’idée, renchérit Saâf, est d’amener un souffle de gauche dans l’arrière-pays, là où nos partis n’ont jamais eu de prise". L’ex-ministre propose, en somme, un relooking de l’image de la gauche. À défaut d’une refonte dans le cadre d’un seul et même parti. "J’ai perdu mes illusions, mais pas mes rêves. Je veux bien d’un grand parti de gauche, mais je n’y crois plus depuis longtemps. Plutôt qu’à des unions, ou des alliances sans lendemain, le mieux est de penser à une formule moins ambitieuse, mais plus hospitalière : la coordination. C’est tout". Saâf, qui n’est pas à une originalité près, propose de prendre exemple sur les islamistes : "Regardez ce qu’ils ont fait : leur entrée en politique ne s’est opérée que sur le tard, après un long travail sur le terrain où ils ont d’abord existé en tant qu’associations".
Fidélité à la démocratie, justement, est une association à caractère politique. Ses principaux dirigeants ont au moins le mérite d’être, d’abord, des producteurs d’idées. Écoutons Najib Akesbi : "Un grand parti de gauche ? Mais nous en venons (ndlr : Fidélité est le produit d’une scission au sein de l’USFP). La majorité des partis marocains sont d’ailleurs le résultat de fractures, autant personnelles que politiques, dans les partis existants". Akesbi met le doigt sur un point chaud, la différenciation idéologique : "Sans cela, les partis deviennent des boutiques et n’existent plus en tant qu’entités politiques". Le dirigeant de Fidélité fait allusion au nouveau discours officiel appelant "à abandonner la création de partis sur des bases idéologiques", une idée suggérée dans un discours royal, au cours de l’été 2004. Il renvoie aussi en écho à cette phrase restée célèbre d’Ahmed Lahlimi, ancien numéro 2 (usfpéiste) du gouvernement de l’Alternance : "Si je suis socialiste ? Mais je le suis autant que péjidiste, harakiste, istiqlalien, etc.". "Entendons-nous bien, reprend Akesbi, la gauche ne doit pas représenter une alternance, mais une alternative. C’est ce qu’elle était avant 1998, quand elle était encore dans l’opposition. Depuis, il y a eu l’alternance". Une alternance qui, d’après Akesbi et les siens, "a travesti la dynamique interne des partis de gauche (USFP et PPS), les figeant constamment dans des réflexes de suivisme et de participationnisme". Fidélité propose, dans un premier temps, de fédérer les adversaires de l’Alternance : le RGD (Rassemblement démocratique de gauche), qui existe déjà, mais aussi des cadres recrutés au PPS et à l’USFP. "On ne peut rien construire ensemble, explique Akesbi, si on ne répond pas à deux conditions : être crédibles et peser suffisamment". La démarche qualité (et quantité) a connu un premier mini-succès : la création du RGD. Il lui en faut d’autres pour prendre définitivement le bon train. "On positive, soutient cet autre dirigeant de Fidélité, en jetant les ponts vers nos voisins les moins éloignés. Et en croyant au principe d’une construction à deux vitesses". La porte est ainsi ouverte aux composantes les plus "à gauche de la gauche", Annahj addimocrati et le PADS pour commencer. "La chute du mur de Berlin a mis à mal certaines terminologies, atteste Najib Akesbi. Les mots, mais aussi les idéologies doivent être recadrées, resserrées, pour espérer aller loin ensemble. Mais chacun y arrivera à son rythme. Après tout, l’Union européenne, qui me semble un repère valable, s’est construite à plusieurs vitesses, nonobstant plusieurs différences".
Les nuances sont encore plus marquées chez les voisins d’Annahj Addimocrati. Abdallah El Harrif, son S.G, explique : "On peut changer les terminologies classiques du marxisme-léninisme. Cela ne changera rien au fond, qui reste le même : comment rallier les masses laborieuses au Maroc ? Aucun parti de gauche n’y arrivera à lui seul. Pire, tant que la classe laborieuse est hors d’atteinte, les classes moyennes resteront à la merci du moindre appel venu du pouvoir". El Harrif et ses amis admettent qu’ils se sont trompés sur un certain nombre de points par le passé, "mais pas sur la nature profonde du système". "On fait tout pour fédérer nos actions et crédibiliser l’exercice de la politique, renchérit El Harif. Mais comment y arriver, même au sein d’un grand parti de gauche, si la Constitution marocaine refuse de facto aux partis l’exercice d’un quelconque pouvoir ?"


"Ou on s’unit intelligemment pour ouvrir le dialogue avec les plus intelligents d’en face, ou on se coupe de tout pour retourner aux illusions révolutionnaires"

Ahmed Herzenni, dirigeant de la GSU

"Ceux qui restent, aujourd’hui, sont ceux qui ont dit non. Ils ne pèsent pas beaucoup et pèseront encore moins s’ils n’abandonnent pas leur sectarisme pour arriver, tant bien que mal, à un seul et même grand parti de gauche"

Najib Akesbi, dirigeant de Fidélité à la démocratie

"La gauche ne se pratique pas seulement dans un cadre partisan. Les partis les plus forts sont ceux qui naissent d’en bas, du terrain. Et, le terrain, on peut y aller via les ONG et la société civile. Pour commencer…"

Abdellah Saâf, ancien dirigeant de l’OADP et du PSD

 
 
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