Partis. Ceux qui veulent changer la gauche
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Le rassemblement de la gauche
démocratique (RGD) : un premier
pas vers le grand parti de
gauche de demain ? (AIC Press)
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De quoi sera fait lavenir dune gauche en perpétuelle reconstruction ? Des figures politiques se posent la question. Et apportent des réponses.
"Combien nous a coûté laffaire du Sahara, et quel est notre manque à gagner par rapport au chantier en constitution quest lAlgérie ?". Lhomme qui sinterroge est un cadre du PPS, réuni en comité réduit avec dautres figures de la gauche marocaine pour débattre, en milieu de semaine, du Sahara. Le ton est direct, les audaces ne manquent pas. Mais le Sahara nest |
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quun sujet - chaud - parmi dautres. Rétrospectivement, lexpérience de lAlternance, la montée de lislamisme, du terrorisme, ont eu un effet au moins aussi dévastateur que la chute du mur de Berlin en 1989. "Débattre de tous ces problèmes, et y trouver des solutions viables, suppose un préalable : que lon y aille ensemble, en fédérant le maximum de gens". Lhomme qui sexprime ainsi sappelle Ahmed Herzenni, dirigeant de marque de la GSU. Il propose douvrir le débat à des sensibilités de tous les horizons : les classiques USFP et PPS bien sûr, mais aussi des figures du Badil hadari (parti islamiste " progressiste), des libéraux dADL et de FC, et des représentants de la société civile aussi divers que les Amazighs ou les féministes. En dautres termes, Herzenni propose lélaboration dun arc-en-ciel politico-social avec la gauche comme pivot. Un sacré programme. Il soumet également lidée de jeter les ponts avec ce quil appelle "laile modérée du système". Une proposition qui ne remporte pas ladhésion de tout le monde, loin sen faudrait. "Ce que nous propose concrètement Herzenni, nous répond ce membre de la GSU qui a requis lanonymat, cest de noyer le dernier rempart de socialisme et de progressisme qui court dans nos veines. Cela sappelle vendre son âme au diable". Herzenni sen défend : "Il faut savoir ce quon veut, à la fin. Depuis 1999, la scène politique sest ouverte sur de nouveaux horizons. Mais le temps passe, et les opportunités doccuper le terrain de manière significative sont déjà en train de se réduire. Cest toute la gauche réunie qui risque de rater le coche, peut-être définitivement, en se cantonnant à une frilosité et à un conservatisme dun autre âge". "Lépoque de la pensée unique et du centralisme démocratique est révolue, renchérit Herzenni. On ne peut plus camper sur des positions isolationnistes. Je le répète : la seule stratégie pour la lutte démocratique que nous avons engagée dans ce pays nest concevable que si on se dit quil y a possibilité de faire un bout de chemin avec les gens d'en face". Les "gens d'en face", on laura compris, représentent les hommes du roi
À sa manière, Herzenni revendique la prééminence du principe de la bonne foi. Mais jusquoù ses positions originales relèvent du droit à la différence sans mettre en équation la principale valeur de gauche : rester vigilant, voire critique, par rapport aux hommes du pouvoir ? À lintérieur comme à lextérieur de la GSU, les opinions sont partagées. Mais le fait est que Herzenni est à créditer dun précédent "historique" : la constitution dun courant (de pensée) différent au sein dun parti qui ne partage pas ses positions. Pour certains, cest le signe "dune démocratie interne qui respecte la majorité sans gommer les différences". Pour dautres, cest, au contraire, "semer les grains dune opposition interne, qui conduira à limplosion de la GSU, et dautres pans entiers de la gauche". Pour commencer, Herzenni, qui se définit comme un "unioniste", a déjà jeté les ponts, à loccasion dune journée de réflexion en octobre 2004, avec les bureaux politiques des deux principaux partis de gauche : lUSFP et le PPS. La prochaine étape devra être la proclamation officielle de son "courant", prévue pour lété 2005. Autant détapes qui peuvent préparer à la perspective dun large front de gauche
ou dune scission au sein de la GSU.
Dans un autre genre, Abdellah Saâf propose, à son tour, une relecture de la gauche, et de lexercice du pouvoir (et de la politique) au Maroc. Le parcours de lex-ministre de lÉducation nationale est à lui seul éloquent. Marxiste-léniniste de la première heure, ancien du 23 mars et de lOADP, il a rejoint les rangs du PSD, pour défendre les options "participationnistes" qui nont jamais eu la côte auprès de Bensaïd et des siens. Saâf était lun des principaux défenseurs de lexpérience de lAlternance, qui la dailleurs conduit au gouvernement. Lhomme, qui nest plus aux affaires, a abandonné le navire du PSD pour se lancer dans la société civile, via le réseau FNARIL (fédération pour les réformes et initiatives locales). Un signe qui ne trompe pas : Saâf parle toujours de "camarades" quand il évoque ses anciens amis de lOADP ou du PSD. "Jai juste pris du recul par rapport à lexercice direct de la politique, explique lintéressé. Je ne suis ni un blasé ni un nihiliste. Mais je resterai toujours à gauche". Avec près de 200 associations implantées dans diverses région sdu royaume, Saâf et ses amis exercent désormais ce quils appellent la "politique civile". "Lidée, renchérit Saâf, est damener un souffle de gauche dans larrière-pays, là où nos partis nont jamais eu de prise". Lex-ministre propose, en somme, un relooking de limage de la gauche. À défaut dune refonte dans le cadre dun seul et même parti. "Jai perdu mes illusions, mais pas mes rêves. Je veux bien dun grand parti de gauche, mais je ny crois plus depuis longtemps. Plutôt quà des unions, ou des alliances sans lendemain, le mieux est de penser à une formule moins ambitieuse, mais plus hospitalière : la coordination. Cest tout". Saâf, qui nest pas à une originalité près, propose de prendre exemple sur les islamistes : "Regardez ce quils ont fait : leur entrée en politique ne sest opérée que sur le tard, après un long travail sur le terrain où ils ont dabord existé en tant quassociations".
Fidélité à la démocratie, justement, est une association à caractère politique. Ses principaux dirigeants ont au moins le mérite dêtre, dabord, des producteurs didées. Écoutons Najib Akesbi : "Un grand parti de gauche ? Mais nous en venons (ndlr : Fidélité est le produit dune scission au sein de lUSFP). La majorité des partis marocains sont dailleurs le résultat de fractures, autant personnelles que politiques, dans les partis existants". Akesbi met le doigt sur un point chaud, la différenciation idéologique : "Sans cela, les partis deviennent des boutiques et nexistent plus en tant quentités politiques". Le dirigeant de Fidélité fait allusion au nouveau discours officiel appelant "à abandonner la création de partis sur des bases idéologiques", une idée suggérée dans un discours royal, au cours de lété 2004. Il renvoie aussi en écho à cette phrase restée célèbre dAhmed Lahlimi, ancien numéro 2 (usfpéiste) du gouvernement de lAlternance : "Si je suis socialiste ? Mais je le suis autant que péjidiste, harakiste, istiqlalien, etc.". "Entendons-nous bien, reprend Akesbi, la gauche ne doit pas représenter une alternance, mais une alternative. Cest ce quelle était avant 1998, quand elle était encore dans lopposition. Depuis, il y a eu lalternance". Une alternance qui, daprès Akesbi et les siens, "a travesti la dynamique interne des partis de gauche (USFP et PPS), les figeant constamment dans des réflexes de suivisme et de participationnisme". Fidélité propose, dans un premier temps, de fédérer les adversaires de lAlternance : le RGD (Rassemblement démocratique de gauche), qui existe déjà, mais aussi des cadres recrutés au PPS et à lUSFP. "On ne peut rien construire ensemble, explique Akesbi, si on ne répond pas à deux conditions : être crédibles et peser suffisamment". La démarche qualité (et quantité) a connu un premier mini-succès : la création du RGD. Il lui en faut dautres pour prendre définitivement le bon train. "On positive, soutient cet autre dirigeant de Fidélité, en jetant les ponts vers nos voisins les moins éloignés. Et en croyant au principe dune construction à deux vitesses". La porte est ainsi ouverte aux composantes les plus "à gauche de la gauche", Annahj addimocrati et le PADS pour commencer. "La chute du mur de Berlin a mis à mal certaines terminologies, atteste Najib Akesbi. Les mots, mais aussi les idéologies doivent être recadrées, resserrées, pour espérer aller loin ensemble. Mais chacun y arrivera à son rythme. Après tout, lUnion européenne, qui me semble un repère valable, sest construite à plusieurs vitesses, nonobstant plusieurs différences".
Les nuances sont encore plus marquées chez les voisins dAnnahj Addimocrati. Abdallah El Harrif, son S.G, explique : "On peut changer les terminologies classiques du marxisme-léninisme. Cela ne changera rien au fond, qui reste le même : comment rallier les masses laborieuses au Maroc ? Aucun parti de gauche ny arrivera à lui seul. Pire, tant que la classe laborieuse est hors datteinte, les classes moyennes resteront à la merci du moindre appel venu du pouvoir". El Harrif et ses amis admettent quils se sont trompés sur un certain nombre de points par le passé, "mais pas sur la nature profonde du système". "On fait tout pour fédérer nos actions et crédibiliser lexercice de la politique, renchérit El Harif. Mais comment y arriver, même au sein dun grand parti de gauche, si la Constitution marocaine refuse de facto aux partis lexercice dun quelconque pouvoir ?"
"Ou on sunit intelligemment pour ouvrir le dialogue avec les plus intelligents den face, ou on se coupe de tout pour retourner aux illusions révolutionnaires"
Ahmed Herzenni, dirigeant de la GSU
"Ceux qui restent, aujourdhui, sont ceux qui ont dit non. Ils ne pèsent pas beaucoup et pèseront encore moins sils nabandonnent pas leur sectarisme pour arriver, tant bien que mal, à un seul et même grand parti de gauche"
Najib Akesbi, dirigeant de Fidélité à la démocratie
"La gauche ne se pratique pas seulement dans un cadre partisan. Les partis les plus forts sont ceux qui naissent den bas, du terrain. Et, le terrain, on peut y aller via les ONG et la société civile. Pour commencer
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Abdellah Saâf, ancien dirigeant de lOADP et du PSD
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