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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB est crevé, KO debout et ce n’est pas du cinéma. Le ramadan lui coûte. Mais au fait, pourquoi jeûne-t-il ?

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Il est seize heures douze. Zakaria Boualem, ou plutôt ce qu’il en reste, gît sur un seddari. Il faut un examen des plus vigilants pour détecter un mouvement chez Zakaria Boualem. Ledit mouvement - qui concentre toute son énergie vitale - concerne son index droit : il appuie sur une télécommande, à intervalles réguliers. Il zappouille sans conviction, passant de Infosport à Eurosport, et de Eurosport à ESPN Sport, avec des incursions régulières sur Al Jazira Sport pour se changer les idées. Contrairement aux apparences, il n’attend pas le moghreb, cet appel à la prière interprété comme un appel à la harira. Non, il attend l’aïd, carrément. Dans son état, un repas de plus ou de moins ne change rien. Après le f’tour, sa situation générale passera de catastrophique à lamentable. Au lieu d’être fatigué parce qu’il a faim, il sera fatigué parce qu’il a trop mangé. Les deux sensations se ressemblent beaucoup.
En résumé, Zakaria Boualem, pendant le ramadan, souffre. À tel point que son ami Farid lui a fait un jour la remarque suivante : "Ya latif, mais mon pote, tu ne vis pas pendant le ramadan. C’est vrai, quoi, la prochaine fois qu’on te demande quel âge tu as, il faut que tu retranches tous les ramadans. En fait, tu n’as pas 28 ans, tu as vingt huit ans moins tous les ramadans ou tu n’as pas vécu". Ce à quoi Zakaria Boualem a répondu, avec une logique implacable : "Ouaakhaa, supposons que je doive enlever les ramadans pour calculer mon âge… À ce
moment là, mon anniversaire, il est plus le 28 avril, non. Il est calé sur la fin du ramadan, donc sur la lune et compagnie… Tu imagines un peu qu’il va falloir que j’appelle le ministère des Habous pour avoir la situation du hilal pour savoir si c’est mon anniversaire et donc faire un apéro ???". Farid n’a rien compris à cette démonstration logique, il s’est contenté de suggérer à Zakaria Boualem d’appeler son futur fils Hilal, comme ça il sera toujours content de le voir. Mais nous nous égarons. Zakaria Boualem est crevé, KO debout et ce n’est pas du cinéma. Le ramadan lui coûte. Mais au fait, pourquoi jeûne-t-il ? Le fait-il par conviction religieuse ou par pression sociale, pour reprendre une problématique dichotomique certes simpliste, mais si chère à ce périodique casablancais qui nous fait l’honneur de nous héberger, Zakaria et moi. Plongeons nous dans la tête du ZB pour tenter de répondre à la question officielle, telle quelle : pourquoi jeûner ? Il n’y a pas de réponse claire. En fait, notre homme, contrairement aux esprits brillants qui peuplent cette rédaction, ne fait pas bien la différence entre une conviction religieuse et une convention sociale. Disons qu’il se sent musulman, sans états d’âme. Musulman light, mais musulman. Ceci impacte un certain nombre de comportements, comme celui de jeûner durant le ramadan. Certes, il y a d’autres recommandations, comme celles de s’abstenir d’engloutir des Flag Speciale, qu’il n’a pas jugées utile d’appliquer, à part justement pendant le ramadan. En revanche, il lui est impossible de ne pas faire un tour à la mosquée pour la "nuit du 27ème jour" de ramadan. C’est comme ça. C’est incohérent, bien sûr, mais c’est sincère. Devant un tel panaché, les esprits rationnels ont beau jeu de hurler : Zakaria Boualem est illogique, absurde, dangereusement hypocrite ! Mais ce qu’ils oublient, ces tenants de la logique, c’est que l’immense majorité des comportements humains n’est pas dictée par la logique. Pire encore, il semble bien que la partie de la vie qui échappe à la logique soit la plus intéressante : l’amour, les passions, le Raja, etc. Pourquoi donc faudrait-il être soudain logique, pendant le ramadan ? D’ailleurs, en terme de religion, être cohérent revient à être un saint et Zakaria Boualem n’est pas un saint, sinon ça se saurait. Donc, Zakaria Boualem jeûne, il est incohérent, ou beeeekheeiiiir ! Au moment ou j’écris ces lignes, on m’explique que dans mon raisonnement, c’est le "beeeekheeiiiir" qui coince : la cohérence doit être un objectif, on ne peut pas se satisfaire d’être illogique. Pourtant, Zakaria Boualem, si. ça doit être ça, le génie…

 
 
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