Sujet
Économie
Palestine. Après Arafat, le déluge ?
Naufragés de Tunis. Journal de bord d'un rescapé
Société. La maison des femmes battues
Mémoire. Chanter Hassan II
N° 151
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Le surprenant journal d’Abdelaziz Mouride

Abdelaziz Mouride (DR)
Lorsqu’il avait transformé, avec brio, son premier essai de dessinateur, On affame bien les rats (Tarik éditions), Abdelaziz Mouride en a surpris plus d’un. Les plus sceptiques ont cru que c’était tout juste le coup d’éclat d’un ex-prisonnier politique qui en avait gros sur le cœur. Ceux qui connaissent de près Mouride, l’artiste, sensible, affable, savaient que le dessinateur allait enfin sortir de sa coquille. Aujourd’hui, avec Le coiffeur, longtemps attendu et finalement achevé, avec le concours technique du plasticien Miloud Nouiga, il récidive en beauté.
La particularité, cette fois-ci, est que Mouride puise dans ses mémoires de jeune adolescent, à la conscience à peine éclose, confronté au milieu d’un salon grouillant de coiffure à la réalité
révolutionnaire et ordinaire des années 60. Retrouvant ses notes gardées intactes, le narrateur raconte à son fils les débats houleux du salon, et le dessinateur restitue par un trait fin et réaliste l'ambiance cacophonique de l’époque. Au gré des clients qui défilent, le jeune garçon coiffeur découvre les querelles entre un vieux réactionnaire et un enseignant marxiste, l’industrie qui écrase un ouvrier docile. Aux abords du salon, il apprend que Cheikh Al Arab est "wanted" et héroïsé, que le barbouze en bicyclette est hué et mal aimé et que les idylles ne courent pas les rues. Entre deux coups de ciseaux, il se retrouve au cœur d’un monde masculin, machiste, voire misogyne, où l’on dénigre autant les puceaux que les femmes libérées et belles.
Avec des fresques emplies de couleurs et de mouvements, Mouride nous invite plus tard aux soirées chaudes et mélodieuses, à la boucherie de mars 1965, vues à travers le derb, au commissariat flambant neuf du coin, puis des années plus tard, chez le coiffeur avec son fils, manière de boucler la boucle. Émouvant.

Le Coiffeur, de A. Mouride & M. Nouiga, éd. Nouiga (80 DH)



Mémoire. Monsieur télégrammes se souvient…

Nordine Ben Mansour - qui ne le sait pas ? - est l’auteur infatigable des télégrammes de L’Opinion. Puisant dans sa mémoire en lambeaux, il publie ses Chroniques des années de fraise. Manière de rappeler que les années 60 et 70 à Rabat ne se réduisaient pas au plomb, que ça suintait la vie, que ça grouillait à la Médina, que ça vibrait musique. Écrit dans un style moins télégraphique que d’habitude, le texte en fragments restitue une ambiance d’époque, avec les rumeurs, les impressions et les discussions de café qui vont avec. Et ce n’est pas fini. L’auteur promet un deuxième tome.

Éd. Skingbir (75 DH)



Essai. Le capitalisme alimentaire

Vandana Shiva est une physicienne, militante écologiste, altermondialiste, proche de Ralph Nader, connu pour des ouvrages polémiques, comme Le terrorisme alimentaire (Fayard). Son nouvel essai, La vie n’est pas une marchandise, paraît aujourd’hui au Maroc. Elle y décortique le mythe des brevets, les dangers contre la biodiversité, les appréhensions des pauvres par rapport aux contraintes pesant sur les génériques, etc. L’habillage qu’elle démantèle est celui du GATT et de l’OMC. Elle en vient à proposer une voie à suivre pour résister au diktat des multinationales, des OGM et autres dérivés du capitalisme alimentaire.

Éd. Tarik Editions (Enjeux planète)

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés