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Par Khalid Tritki
Endettement. Oualalou pris au piège
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Fathallah Oualalou nest pas sorti
de lauberge (AFP)
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Le budget 2005 prévoit 42 milliards de dirhams de dette intérieure et 7 milliards de dirhams de dette extérieure. Le passif pèse de tout son poids sur les ressources de lÉtat. Il est temps dimposer les fortunes et mettre fin à la rente.
La gestion de largent de lÉtat est comme celle dun ménage. Ayant un revenu faible, le ménage pompe sur le débit bancaire et sendette auprès des sociétés de crédit. In fine, il se retrouve avec un solde de 20 % de son revenu et zéro économies. Quand une catastrophe lui tombe sur la tête, il sendette |
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davantage. Petit à petit, il croule sous les échéances et hypothèque son avenir (annule le voyage dété, fait une croix sur le changement de meubles, classe définitivement loption des études à létranger pour les enfants
). LÉtat fait pratiquement la même chose, mais en milliards de dirhams. LÉtat, aussi puissant qu'il puisse paraître, croule sous la dette. Dans labsolu, celle-ci représente plus de 300 milliards de dirhams, alors que le PIB clôturera lannée 2004 à 421 milliards de dirhams. Et contrairement à des idées reçues pendant les années 80, cest la dette intérieure qui flambe. Elle représente à fin 2003 197 milliards de dirhams contre 126 milliards pour la dette extérieure. Pour le commun des mortel, vous comme moi, ces chiffres font peur. Pour les économistes, le jugement est plus nuancé.
Avant tout, il faut faire la distinction entre gestion de la dette dans sa technicité et les choix économiques de lendettement. Le premier renvoie à la gestion au jour le jour de la dette par des équipes qui ninterviennent pas dans la décision de sendetter. Le deuxième touche directement à la politique économique et budgétaire de lÉtat. Cest de la macroéconomie tout court. La responsabilité du gouvernement, tout particulièrement celle du ministre des Finances, est liée à cette problématique. Cest dire que Fathallah Oualalou nest pas sorti de lauberge. Pire encore, il senfonce. LÉtat envisage demprunter 49 milliards de dirhams rien que pour lannée 2005. 11 milliards serviront à éponger les arriérés de la caisse de retraite. Ce qui veut dire que les anciens ministres des Finances nous fournissaient de faux chiffres. Dans lillégalité totale, ils ne versaient pas la pension de retraite des employés du secteur public. Où partait cet argent, pourtant budgétisé dans les différentes lois des finances ? Personne ne le sait. En 2006, le problème de la caisse de retraite de lOffice chérifien de phosphate simposera. Il faut cette fois décaisser plus de 20 milliards de dirhams au meilleur des cas. Et ce nest pas fini. Jusquà présent, ce sont les privatisations qui sauvent les meubles. Une opération comme celle de Maroc Telecom est ponctuelle. Son effet jouera encore pour 2005. La convention signée en novembre 2004 avec Vivendi pour le rachat des 16 % du capital, offre à lÉtat une cagnotte de 12,4 milliards de dirhams. La moitié de cette somme doit revenir au Fonds Hassan II pour le développement économique et social. En théorie, le Trésor nencaissera que 6,2 milliards de dirhams. Or, le projet de loi des finances prévoit une recette de privatisation de 12 milliards de dirhams. Aucun autre bijou de famille ne peut, à lui seul, lui rapporter autant dargent. Le recours à lendettement devient inévitable.
Le spectre des années 80
Selon des cadres de la direction du Trésor, la gestion de la dette a connu un tremplin qualitatif. Rappelons que les années 80 ont été marquées par le Plan dajustement structurel (PAS). Grosso modo, cétait une thérapie clinique appliquée à un Maroc malade pour le sortir de la crise financière. Le poids de la dette à cette époque flirtait avec près de 25 milliards de dollars. Limpact de cette dette apparaissait clairement quand on la ramenait au PIB. Pour simplifier, une personne ne tiendra pas le coup si elle cumule des crédits qui engloutissent 80 % de son salaire. Le Maroc était pratiquement à ce stade. Il lui fallait un plan de crise. Et comme un malheur ne vient jamais seul, la thérapie préconisait de stopper les dépenses non stratégiques, surtout les dépenses sociales. La construction dune école rurale ou dun hôpital peut toujours attendre la sortie de crise, pas les dépenses de larmée ni le train de vie des hauts fonctionnaires de lÉtat. Pendant cette période qui sest étalée de 1983 à 1992, le Maroc a obtenu un rééchelonnement de la dette. LÉtat ne payait que les intérêts sur les crédits et pas le capital. À partir de 1992, les finances publiques ont entamé une autre étape. Elle ont ouvert le bal des remboursements du principal. Depuis, la flèche de la dette extérieure a baissé graduellement pour atteindre aujourdhui 13,8 milliards de dollars. Cest un exploit, il faut le dire. Mais il reste à relativiser. Lendettement extérieur a baissé, car lÉtat puisait, et puise toujours sur le marché intérieur. Les banques, les assureurs et les fonds de placement lui avancent de largent moyennant un taux dintérêt quil fixe lui-même et que le marché régule en fonction de loffre et de la demande. Ce qui explique que le montant de la dette intérieure a connu une hausse considérable. Pour léconomiste, Ahmed Zbadi, "les effets de lendettement externe et interne ne sont pas les mêmes. Dans le premier, on transmet le fardeau du remboursement aux générations futures. Pour le second, on lègue un capital et une charge qui, tous les deux, profitent à léconomie". Le fait que lemprunteur et le créancier soient tous les deux au Maroc, crée un effet de rotation. LÉtat paie des intérêts à des créanciers marocains qui, eux, le lui rendent en impôts (notamment TVA sur les intérêts ou encore la taxe sur le produit du capital, sans oublier limpôt sur les sociétés).
Deux problèmes demeurent cependant. En théorie économique, les analystes avancent le cas de léviction et de lutilisation de la dette. Par éviction, il faut entendre le prélèvement massif sur le marché dargent qui devait en principe servir au financement des entreprises privées. Dans cette optique, quand la banque emprunte à lÉtat, elle le fait au détriment de lentreprise. Sur le plan empirique, Zbadi reconnaît leffet de léviction. Mais il la rejette dans le cas marocain. "La surliquidité du marché fait que même sil y a un déficit à financer par endettement, cela na pas dimpact sur linvestissement privé", soutient-il. Et il a raison. Emprunt de lÉtat ou pas, labondance de largent sur le marché persiste et les concours à léconomie ne peuvent en être affectés. En revanche, Zbadi reste sceptique sur lutilisation de la dette. Pour lui, si lÉtat sendette pour investir dans des secteurs productifs, la dette peut jouer un rôle moteur pour léconomie. Or, ce nest pas le cas. "La croissance ne suit pas, la création demploi est faible et ce sont les deux paramètres les plus pertinents pour juger la politique économique du gouvernement", conclut-il. Là encore, le poids de la dette rattrape les plans de développement pour les freiner.
Quelle dette pour quel budget ?
Il est vrai que la dette globale est en baisse depuis pratiquement 12 ans. Mais, dès que le rapport est établi entre le service de la dette et le budget de lÉtat, on prend conscience que la charge a de lourdes conséquences. La politique économique du gouvernement se décline à travers la loi des finances. Dans un monde idéal, largentier du pays doit disposer de ressources pour faire des arbitrages, encourager un secteur, faire un investissement productif, renforcer le rôle social de lÉtat
Ces ressources sont connues sous le nom de dépenses dinvestissement.
Dans le projet de loi des finances 2005, le budget général du Trésor représente 160 milliards de dirhams. Les dépenses de fonctionnement saccaparent 101,6 milliards de dirhams. Il reste seulement 19 milliards de dirhams pour linvestissement. Le service de la dette représente 39 milliards de dirhams, soit deux fois lenveloppe allouée à linvestissement. "La pression sur le budget de lÉtat est forte dans ce cas et lindicateur le plus juste est celui du taux de couverture des dépenses de lÉtat par les recettes fiscales. Dans notre cas, nous arrivons à peine à 60 %. Ce qui veut dire que 40 % des dépenses de lÉtat dépendent de lendettement et des recettes exceptionnelles", déplore léconomiste Najib Akesbi. Et dajouter : "L'investissement de lÉtat est, depuis 20 ans, considéré comme des dépenses résiduelles. On règle la facture du fonctionnement et de la dette et ce qui reste tombe dans la rubrique investissement. À ce rythme, on ne peut pas faire une politique volontariste". Lalternative est daméliorer significativement la ressource. La recette fiscale surtout. Khalid El Hariry, député Usfpéiste, le reconnaît : "Les ressources sont rares et le passif est lourd. Nous sommes arrivés à un point où il faut vraiment faire fi des jeux de lobbyistes pour ouvrir des dossiers brûlants". Référence est faite à limposition des fortunes ou encore à la taxation de la transmission de patrimoine et à la fiscalisation, voire à la redistribution des licences de pêche, des carrières et des agréments de transport. Akesbi renforce cette tendance en militant pour la refonte du système dimposition des revenus et surtout dexploiter les pistes pour revoir la politique des salaires dans ladministration. Najib Akesbi milite également pour la reconversion de la dette intérieure en investissement. "Lidée est de grouper 15 grands créanciers de lÉtat autour dune table et de discuter sérieusement de la possibilité de reconvertir la dette en investissement productif. Je suis sûr que léventualité du gain, surtout dans des projets bien ciblés et faisant lobjet de cahier de charges, séduira les institutionnels", explique-t-il. Ce schéma aurait pu démontrer sa pertinence si les banques et les assureurs avaient été associés à la réalisation du port de Tanger Med. La CDG, qui saccapare 16 % de la dette intérieure, est déjà partie prenante dans ce projet, mais sans le mécanisme de conversion. |
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